A la veille de la Coupe du monde 2015, tous les regards sont fixés sur la très emblématique équipe sud-africaine de rugby. Politiquement chargé, soumis à de vives critiques, vont-ils réussir leur évolution vers une composition multiraciale gagnante? Cette sélection de 31 joueurs marque un nouvel essai vers une « transformation » qui se fait attendre.
Le ballon ovale a été introduit à la fin du 19ème siècle au Cap par les Anglais sujets de sa majesté. Le jeu s’est vite popularisé aussi bien parmi les Boers d’origine hollandaise que parmi la population locale de la province du Cap, les « coloured ». Malgré les affrontements anglo-boers, le rugby est resté un sport partagé au sein la nation naissante, se propageant d’ouest en est à mesure du Grand Trek. Mais la population noire - très fortement majoritaire en dehors de la province du Cap - reste à l’écart du jeu. Et pour cause : dès les années 20, lors des premières compétitions internationales, l’équipe des Springboks ne comporte que des joueurs « blancs ». Tandis que les Néo-Zélandais à la même époque composent des équipes mixtes, les Springboks se veulent une équipe de ‘gentlemen’ issus des écoles traditionnelles. Dans les années 70, la communauté internationale se sensibilise au traitement ségrégationniste intolérable de l’Afrique du Sud. Le pays se voit interdit de diverses compétitions sportives, et le comité international de rugby exclut l’Afrique du Sud en 1981 de toute compétition jusqu’à ce que celle-ci mette fin à l’apartheid.

Le rugby peut-il devenir le sport de tous les Sud-Africains ?
Depuis 1995, l’Afrique du Sud a gagné une deuxième coupe du monde en 2007. Son niveau reste au firmament. Le nombre de joueurs noirs a lentement augmenté pour atteindre 8 joueurs ‘non blancs’. Toujours pas assez selon certains, qui voudraient voir l’équipe refléter de façon représentative les couleurs du pays. L’entraineur doit aussi sélectionner 7 joueurs « non blancs » sur les 23 que comporte la feuille de chaque match, dont 2 au moins noirs. Autant de complications selon les critiques d’un autre bord, qui risquent de faire prévaloir la couleur de peau sur la qualité de jeu.
D’après les commentateurs sportifs, le coach Heyneke Meyer préfère choisir des joueurs qu’il connaît et en qui il a confiance. « Dans d’autres démocraties, cela s’appelle du corporatisme. Ou plus communément, l’attirance pour ce qui me ressemble » décrit le journaliste Bryan Rostron dans Business Day.
Les efforts de communications commerciales ne manquent pas pour donner l’illusion que le mouvement est inclusif « Habashwe, Let’s do this » clame SABC, qui espère rentabiliser le paiement de ses droits de diffusion. Le marketing qu’accompagne un sport devenu professionnel nous le martèle : « one team, one nation ». Or la pratique du rugby compte seulement 650.000 licenciés dans le pays – bien peu comparé aux 1,5 millions de licenciés au football. Selon Oregan Haskins, président de la SARU, « seulement 10% des garçons dans le primaire (jusqu’à 14 ans) jouent au rugby. » Ce qui selon lui serait l’explication de la difficulté à trouver des joueurs noirs. Les disparités régionales sont fortes, « Dans le Kwazulu-Natal, ce sont 97% des garçons du primaire qui n’ont jamais touché un ballon ovale. Alors que dans le Cap Occidental, 46% des écoles offrent la possibilité de jouer au rugby. » Encore faudrait-il que les meilleures écoles, celles qui offrent des terrains adéquats et des activités sportives, s’imposent elles aussi un quota pour éviter que la ségrégation se reproduise d’une génération à l’autre. Ce qui est loin d’être le cas.
Malgré ses tourments politiques souhaitons à l’équipe de se rapprocher du cœur des Sud-Africains. Car la victoire a le don d’effacer le blanc et le noir - à la faveur du vert et or.
Lisa Binet www.lepetitjournal.com/johannesburg vendredi 18 septembre 2015
A NE PAS MANQUER
Les rendez-vous de l’Afrique du Sud à la coupe du monde 2015
A suivre en direct sur SABC2 ou SuperSport à 17h45.
- Samedi 19 septembre : Afrique du Sud - Japon
- Samedi 26 septembre : Afrique du Sud - Samoa
- Samedi 3 octobre : Afrique du Sud - Ecosse
- Mercredi 7 octobre : Afrique du Sud - Etats-Unis
Opération Frenchboks lancée par Les Frenchies
en association avec Faircity Falstaff Hotel et Coco Reinharz
The Faircity Falstaff Hotel, Longdon Road (Off Outspan), Morningside
Tenue de supporter
Confirmez votre présence au plus tard la veille du match à lesfrenchiesjobourg@gmail.com
- Samedi 19 septembre à 17h45 : Afrique du Sud - Japon
- Samedi 19 septembre à 21h00 : France - Italie
- Mercredi 23 septembre à 21h00 : France - Roumanie
- Samedi 26 septembre à 17h45 : Afrique du Sud - Samoa
- Jeudi 1er octobre à 21h00 : France - Canada
- Samedi 3 octobre à 17h45 : Afrique du Sud - Ecosse
- Mercredi 7 octobre à 17h45 : Afrique du Sud - USA
- Dimanche 11 octobre à 17h45 : France - Irelande
EN SAVOIR PLUS
- Un film à voir ou revoir : Invictus de Clint Eastwood, 2009, avec Morgan Freeman et Matt Damon.
- Un musée à visiter : le Springbok Experience, V&A Waterfront, Le Cap. www.sarugby.co.za/content.aspx?contentid=113444
Crédit photo (haut) : le 11 septembre à Montecasino, Johannesburg, Afrique du Sud, les Springboks disent aurevoir à leurs fans avant de quitter l’Afrique du Sud pour le mondial de rugby. Photo by Lee Warren / Gallo Images.
La coupe du monde 2015 s’annonce la plus profitable de toutes avec un milliard de dollars engrangés et 20% de profits ! Les places pour la finale, vendues entre 150 et 725 pounds (205 à 975 euros) en font l’événement sportif le plus cher auquel on puisse assister de l’histoire.
Crédit photo (bas) : Sculpture de Nelson Mandela remettant la Coupe du monde de rugby à François Pienaar, capitaine des Springboks en 1995. Crédit photo : Springbok Experience Museum



