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LE CHIFFRE DE LA SEMAINE - 6 millions de fidèles

Écrit par Lepetitjournal Johannesbourg
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 février 2018

Des milliers de pèlerins de la Zion Christian Church (ZCC) s’acheminent ce weekend vers Moria dans le Limpopo pour célébrer Pâques. Quelles sont les croyances de cette congrégation en pleine expansion ? Enquête sur la première communauté religieuse d’Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud est avant tout chrétienne : d’influence protestante ou anglicane par son ascendance anglaise, calviniste de l’église hollandaise réformée ou méthodiste par les Afrikaners. Le catholicisme s’est propagé par la présence de colons irlandais et portugais. Au total, près de 80% des Sud-Africains se déclarent Chrétiens. Les églises évangélistes se multiplient depuis la fin de l’apartheid. Le pays compterait aujourd’hui quelques 4000 congrégations différentes. Moins de 4% de la population se dit d’une autre confession: Musulmans de Malaisie, amenés au Cap en tant qu’esclaves par les Hollandais, Juifs immigrés pour la plupart de Lituanie à la fin du 19ème siècle, Hindous ou Bouddhistes venus par l’immigration indienne et chinoise. Enfin, 15% des habitants se déclarent sans religion.

Qu’en est-il des traditions africaines?

A l’origine, dans le sud de l’Afrique, les croyances des différents peuples reposent sur le culte des ancêtres. Les défunts intercèdent pour les vivants, afin que ceux-ci puissent atteindre l’Etre suprême, créateur du monde. Les mythes fondateurs et les traditions sont transmis oralement de génération en génération. A l’arrivée des colons, certains Africains se convertissent au Christianisme au contact de missionnaires qui essaiment le pays. Mais l’évangélisation reste limitée. La plupart des Africains d’origine privilégient leurs guérisseurs et leurs sorciers.

Historique de la ZCC

En 1910, Engenas Lekganyane, un jeune fermier du Limpopo reçoit une vision: Dieu l’appelle à fonder une église. Eduqué par une mission d’Ecossais presbytériens, il en garde les principes fondateurs. Lekganyane sent qu’il existe un terrain fertile pour croiser les croyances africaines avec le monothéisme soutenu par la Bible. Il choisit d’adapter cette nouvelle religion pour mieux la faire sienne plutôt que de se voir forcer à adopter un culte étranger, et fonde l’église chrétienne Sioniste, du nom du mont Sion, la colline symbole de Jérusalem - indépendante des autres églises chrétienne ou juive dites Sionistes.

Pendant l’Apartheid, une loi contre la sorcellerie, le Witchcraft Suppression Act (actuellement sous révision) interdit certains rites africains qui échappent à la maitrise des Blancs. La ZCC, reconnue officiellement dès 1942, séduit de nombreux Africains jusque là attachés au culte de leurs ancêtres. Les Sionistes prônent la non-violence et encouragent la confession. Ce qui fait le jeu des autorités. Suite à des conflits de succession, l’église se scinde en deux : Zion Star (la principale), et Saint Engenas ZCC (représenté par une colombe).

Les croyances de l’église

Aujourd’hui, entre 5 et 6 millions de Sud-Africains se déclarent Sionistes. Ils portent l’uniforme vert et jaune, abolissant les classes sociales, et un badge à la boutonnière (photo) pour la messe du dimanche. Le Limpopo rassemble la plus forte concentration d’adeptes, mais ceux-ci se retrouvent à travers 4000 paroisses dans tout le pays, aussi bien dans les zones rurales, que dans les townships des zones urbaines. Comme dans d’autres églises de type pentecôtiste, la ZCC guérit ses fidèles à travers divers rituels. Au sein de la ZCC, opèrent des prophètes, des personnes aux superpouvoirs: le prophète peut voir quel mal atteint le fidèle, pour quelle raison, et sait comment le guérir! Parfois en conflit avec des guérisseurs traditionnels, les sangomas, la ZCC vend des crèmes, des parfums et du thé à ses adeptes comme « médicaments ». Certains témoignages rapportent que les fidèles doivent vénérer des objets à l’effigie d’un des évêques. D’autres affirment que ceux qui veulent quitter l’église sont menacés de mauvais sort... Autant de pratiques plus païennes que chrétiennes.

Un rôle social prépondérant

L’église sioniste a un rôle actif dans les affaires publiques et assume une responsabilité économique et sociale. Elle soutient les plus pauvres, participe à la réinsertion des exclus, encourage les enfants à fréquenter à l’école. L’église sioniste proscrit la consommation d’alcool, de tabac et de porc. Elle condamne la violence et la promiscuité sexuelle. Malheureusement la ZCC n’est pas franchement progressiste en matière d’égalité des genres : l’église accepte, voire encourage la polygamie! Les femmes assistent à une messe différente de celle des hommes.

La célébration de la résurrection du Christ est le moment fort de l’année, des pèlerins venus de tout le pays sont attendus à Moria (aussi connue sous le nom de Zion City). En avril dernier, les candidats Jacob Zuma et Julius Malema se sont rendus sur place pour célébrer Pâques juste avant les élections présidentielles. « Je voudrais réaffirmer le rôle critique que continue à jouer la ZCC dans notre société, tandis que nous faisons avancer ensemble ce pays. L’église est un pilier important pour soutenir le renouveau, la reconstruction et le développement de notre pays » déclare le Président Zuma dans un récent discours. Nul doute que la ZCC constitue un formidable réservoir de votes sensibles à l’opinion de son chef spirituel.

Lisa Binet (www.lepetitjournal.com/lecap.htmlJeudi 2 avril 2015

Sources
http://www.sahistory.org.za/people/joseph-engenas-lekganyane

 

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Publié le 1 avril 2015, mis à jour le 9 février 2018

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