Édition internationale

Le chiffre de la semaine – 250.000 circoncisions par an.

Écrit par Lepetitjournal Johannesbourg
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 février 2018


Motivées par les rites d’initiations traditionnels, ou par une politique de santé publique, les circoncisions sont très fréquentes en Afrique du Sud. Certaines, pratiquées en milieu non-médical, tournent à la catastrophe. C’est le cas de ce jeune homme, resté anonyme, qui a reçu la première greffe de pénis réussie dans le monde, à l’hôpital Tygerberg au Cap.

Près d’un Sud-Africain sur deux âgé de plus de 15 ans est circoncis.

A travers l’Afrique, la circoncision est un rite qui connaît une forte disparité : très répandu au Congo, Nigéria, Angola (plus de 80% de la population), ce taux descend autour de 10% au Swaziland ou au Zimbabwe. A l’image du continent, l’Afrique du Sud connaît une forte variation d’une ethnie à l’autre. Particulièrement importante chez les Xhosa, la coutume a été rendue célèbre par l’autobiographie de Nelson Mandela, lui-même initié à 16 ans dans le village de Qunu dans le Cap Oriental.

Symbole de passage à l’âge adulte, le rite est confié à une «école» que le « Abakhwetha », le jeune initié, intègre en juin-juillet, pour l’initiation d’hiver, ou en décembre, à la saison estivale. Couverts d’argile blanche en signe de pureté et d’une couverture, les jeunes prétendants au titre « d’homme » sont soumis durant trois semaines à des traitements qui restent confidentiels. Brimades, marches forcées, ils seraient parfois roués de coups. Le point culminant de l’initiation, la circoncision, est effectuée par le "ingcibi", un chirurgien traditionnel. Confinés dans une case avec d’autres initiés pendant la cicatrisation, ils se laveront à la sortie et brûleront leur hutte d’accueil, quittant symboliquement le corps de leur enfance. Au retour chez eux, ils se recouvriront d’une terre rouge, signalant la réussite de leur parcours à leur famille et instituant leurs nouvelles responsabilités.

La pratique de la circoncision d’initiation se retrouve chez les Tsongas, Vendas, et Sothos et plus minoritairement dans d’autres ethnies. Longtemps abandonnée chez les Zulus, elle reviendrait actuellement au goût du jour.

Le gouvernement soutient ces traditions, et en particulier la circoncision.

Contrairement à l’excision des jeunes filles, une pratique abandonnée et pénalisée, la circoncision à des arguments en sa faveur. Les études montrent qu’elle permet de baisser de 60% le taux de transmission du Sida. Le gouvernement Zuma depuis 2010, soutient des campagnes de communication massives à ce sujet. En conséquence, la circoncision est largement acceptée au niveau social et politique. L’urbanisation et le niveau d’éducation tendent à diminuer le nombre de circoncisions traditionnelles, qui représentent encore la majorité (60%) d’entre elles, en faveur des actes médicaux. Le taux de Sud-Africains circoncis a nettement augmenté depuis 2002, quand il était de 35%. Avec actuellement 48% des hommes en âge d’avoir des rapport sexuels circoncis, le pays est encore loin du taux cible de 80%, prescrit par les organisations mondiales de santé.

En juin dernier, le ministre de la Santé Dr Aaron Motsoaledi a annoncé qu’il consacrerait un budget de 385millions de rands pour financer la circoncision, dont la moitié pour celles qui ont lieu dans les écoles d’initiations. Le ministre cherche à développer l’hygiène et le savoir-faire dans des écoles agissant légalement et leur distribue du matériel adapté.

Au bout de l’initiation, le drame.

Depuis plusieurs années, de nombreuses écoles illégales s’improvisent à travers le pays. Attirés par l’appât du gain, des leaders traditionnalistes peu scrupuleux persuadent les parents de leur confier la vie de leurs fils – et à prix d’or ! A travers le Cap Oriental, plus de 12.000 écoles reconnues coexistent quelques 300 écoles clandestines. Bien que le gouvernement invite à dénoncer ces écoles, peu de poursuites sont engagées. Les garrots mal faits, les bistouris utilisés sur plusieurs personnes sont causes d’infections et de gangrènes. Les conditions difficiles, la privation de nourriture, de sommeil, d’eau (pour éviter d’uriner) aggravent la situation au point que des centaines de garçons sont hospitalisés chaque année. Parmi eux, une centaine rentreront avec un pénis amputé. D’autres meurent : 114 seulement dans le Cap oriental et le Mpumalana en 2013, selon les autorités sanitaires provinciales. Certains se donnent la mort ne pouvant surmonter la honte et le désespoir de ne jamais vivre une vie d’homme.

Le 13 mars dernier, un jeune homme de 21 ans, sur la table d’opération de André Van der Merwe a reçu un nouveau pénis. Le sien était réduit à un centimètre, après sa circoncision ratée 3 ans auparavant. On imagine avec peine la violence et le traumatisme que représente l’opération elle-même.

Comme l’écrit la journaliste Verashni Pillay du Mail&Guardian, « en 1967, quand Christiaan Barnard effectuait la première transplantation cardiaque en Afrique du Sud, nous avions symboliquement besoin d’un nouveau coeur». Cette « greffe » était nécessaire pour lutter contre l’indifférence et la haine inspirée par le régime politique de l’apartheid. 20 ans après sa nouvelle Constitution, l’organe transplanté aujourd’hui évoque le besoin actuel de l’Afrique du Sud. En pleine transformation, la jeune démocratie chercherait les sources de sa puissance pour atteindre l’âge adulte.

Lisa Binet (www.lepetitjournal.com/lecap.htmlmecredi 17 mars 2015

Sources

http://www.dailymaverick.co.za/article/2014-07-07-eight-numbers-you-need-to-know-this-initiation-season/#.VQg0-YsRm8U
http://mg.co.za/article/2015-03-17-why-are-botched-circumcisions-not-being-addressed
http://www.theguardian.com/world/2014/aug/28/south-africa-circumcision
http://www.ajol.info/index.php/ajtcam/article/view/106381
http://www.malecircumcision.org/programs/documents/South_Africa11209.pdf

Voir aussi les statistiques du HSRC

Photo MediaClubSA. Un jeune Xhosa à Qunu, en rite d’initiation.

 

 

 

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Publié le 17 mars 2015, mis à jour le 9 février 2018

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