Édition internationale

Avec AFRICAN JACQUARD, Christine DARON tisse des liens entre l’Afrique et la France

African Jacquard, crée et produit des textiles d’intérieur haut de gamme, tissés au Cap et commercialisés en Afrique du Sud et dans plusieurs pays d'Afrique anglophone. L’entreprise de Christine DARON est aujourd’hui reconnue pour ses créations de grande qualité, principalement en Afrique.

Christine Daron Christine Daron
Écrit par Philippe Petit
Publié le 16 mars 2026, mis à jour le 19 mars 2026

Photos : courtoisie d'AFRICAN JACQUARD

Lors de l’entretien avec « Lepetitjournal.com », Christine DARON est tranquillement installée chez elle, dans sa maison située sur la péninsule du Cap, d’où elle peut observer la beauté de la plage et l’immensité de l’Océan.

Pour elle, son mari et sa famille, la proximité de la mer est un élément essentiel.

Ses dernières semaines ont été chargées et actives avec le réaménagement de son établissement de Cape Town et la grande vente promotionnelle qui a attiré des centaines de clients.

 

African Jacquard Cape Town

 

De plus, elle a livré récemment d’importantes commandes à des clients prestigieux tels que le Club Med dans le Kwazulu Natal, Le Table Bay Hôtel, le Cape Grace et le futur Quay7 au Waterfront.

Ce moment de calme face à la mer, après l’effervescence des derniers jours, est bienvenu.

Propos recueillis par Philippe PETIT

Lepetitjournal.com : Vous êtes originaire de France, et vous vivez depuis plusieurs années au Cap. Quel a été votre parcours avant de vous installer dans cette ville ?

Christine DARON : Après avoir passé dix ans au Gabon, nous nous sommes installés au Cap en famille en 1997, avec nos trois enfants. J’étais enceinte de 8 mois, et j’ai donné naissance à notre dernier enfant ici dès notre arrivée au Cap.  Nous sommes venus en Afrique du Sud pour lancer TRISTAN EXPORT PROCUREMENT, une entreprise d’approvisionnement ayant des liens avec les sociétés SAM Congo, et SAM Gabon, sociétés familiales dont l’aventure a commencé en 1959 à Pointe Noire.

Aujourd’hui, toutes les entités sont regroupées au sein de DARON GROUP, entreprise de 300 personnes, dirigé par notre fils ainé Thibaud.

 

Après toutes ces années passées en Afrique, vous sentez-vous encore expatriée ?

Aujourd’hui, je ne me considère pas comme une expatriée de passage dans un pays.

Je suis profondément enracinée en Afrique du Sud, même si j’ai gardé des liens avec la France. Nous sommes restés des Français vivant à l’étranger. Nous parlons français à la maison, nos repas sont encore bien inspirés de la cuisine française. Nos amis sont des Français, des européens, des entrepreneurs installés ici. Ils sont nombreux au Cap.  

Nos enfants ont fait leurs études primaires à l’école française du Cap, puis secondaires en école Sud-Africaine jusqu’à l’équivalent du Baccalauréat, afin qu’ils maitrisent bien à la fois le français et l’anglais, avec un peu d’Afrikaans et de Xhosa. Ils ont tous poursuivi leurs études supérieures en France.

Mais ma vie est ici, depuis près de trente ans. Notre maison est ici, notre quatrième enfant est né ici. Après le départ de nos enfants, nous avons choisi un nouvel endroit au bord de la mer pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent s’y retrouver.

 

Selon plusieurs classements mondiaux, Le Cap fait partie des quelques villes du monde où il fait bon vivre ? Est-ce votre sentiment ?

Notre venue dans cette ville a été liée au travail de mon mari, avitailleur maritime, donc il fallait évidemment être dans un port.

A notre arrivée, en 1997, c’était  compliqué, juste après la fin de l’apartheid, à la différence de blancs Sud-Africains qui fuyaient la ville et le pays, nous, nous installions. Les Sud-Africains que nous côtoyions alors ne nous comprenaient pas: pourquoi y  créer notre entreprise ? Ayant longtemps vécu en Afrique, nous ne craignions pas de vivre ici...nous étions même très enthousiastes!

Aujourd’hui, Le Cap et sa région sont des endroits passionnants et effectivement, il y fait bon vivre… surtout en restant à l’écart du centre-ville régulièrement embouteillé.

 

Cape Town Jörg Hamel
Cape Town - Photo Jörg Hamel

 

C’est une ville où il est possible de vivre des choses très différentes et très contrastées tous les jours. J’apprécie l’ouverture, les évènements multiples; tout est possible et accessible, c’est une ville extraordinairement variée. Et la nature dans les environs est superbe.

 

Qu’est-ce qui vous a inspirée et incitée à créer African Jacquard ?

Tout vient d’une idée que j’ai trouvée en France, en visitant l’Usine Moutet Tissage à Orthez, entre Pau et Bayonne, où j’ai vu des centaines de torchons illustrant tant de thèmes différents. Cela a été un véritable coup de cœur : pourquoi ne pas créer aussi des torchons aux couleurs d’Afrique ?

 

Torchons African Jacquard

 

J’ai passé plusieurs mois à apprendre la technique du Jacquard, et c’est devenu ensuite la spécialité de l’entreprise. J’ai ainsi fusionné une technique traditionnelle venue de France avec des design typiquement africains.

Comme j’avais commencé en 2005 une activité « déco » de logements pour le monde pétrolier en Angola, Tanzanie, Congo et ailleurs, je connaissais assez bien les expats là pour les avoir côtoyés plus de 10 ans au Gabon. Je savais qu’ils seraient heureux de rapporter des torchons de type Jacquard, c’est-à-dire des torchons qui essuient bien et qui leur rappellent des souvenirs des endroits où ils sont allés. Je sentais qu’il y avait un marché potentiel.

C’est ainsi que m’est venue l’idée de créer « African Jacquard ». J’ai consacré tout mon temps entre 2012 et 2019 à développer et créer une collection, des matières où j’entremêle  diverses fibres:  lin, coton, mohair, bambou, algues… 

Donna DALLIN est venue fin 2020 m’accompagner pour mieux structurer la société après la COVID, en apportant ses grandes compétences en management et marketing.

 

Christine DARON et Donna DALLIN
Dona Dallin et Christine Daron

 

Qu’est- ce que le jacquard ? Quel lien cette technique de tissage a avec l’Afrique, et comment cette idée d’associer ces deux termes dans « African Jacquard » a-t-elle pris forme ?

La technique du Jacquard vient de France. Elle a été créée au début du XIXème siècle à Lyon. Elle permet d’intégrer directement des motifs ou des reliefs dans l’étoffe grâce à un mécanisme intégré au métier à tisser. Les motifs sont variés et tissés dans la matière : paysages, fleurs, écriture, personnages, monuments… Ils ne sont pas simplement imprimés sur une face, ils sont visibles des deux côtés de l’étoffe.

Il était naturel de lier ces deux mots "African / Jacquard" puisque les métiers à tisser Jacquard se trouvaient en Afrique du Sud. C'était aussi un peu pour répondre au nom "Le Jacquard Français".

 

Jacquard

 

Quel est l’esprit d’African Jacquard ?

J’ai gardé l’esprit de nos débuts, à l’époque où je travaillais dans la société de « procurement » : l’esprit de service pour répondre aux demandes des clients. Nous adaptons donc nos produits à leurs besoins, nous « customisons » en fonction des demandes. Nous personnalisons le plus possible. Et nous renouvelons régulièrement les gammes.

Et c’est possible parce que nous produisons tout ici, en Afrique du Sud. Cela donne une grande souplesse, y compris pour des petites quantités.

 

Catalogue African Jacqiuard

Voir aussi : Le catalogue d'African Jacquard

 

Quels types de motifs, quel style de design caractérisent vos créations ?

Tout est lié à mon histoire africaine. Mon inspiration vient de ce que je vis, ce que je vois et ce qui m’entoure. Ou de mes voyages en Afrique avec notre Pumba (Toyota Land Cruiser aménagée) . Le meilleur exemple est notre collection de l’an dernier où nous avons intégré de grandes algues -les laminaires ou Kelp en anglais- au dessin de la toile. On voit cette forêt de kelp dans le film « My Octopus teacher » (La Sagesse de la Pieuvre), un documentaire tourné tout près du Cap de Bonne Esperance.

Nous venons de créer plusieurs torchons inspirés du fynbos, le maquis unique de la région du Cap.

L’art africain exposé dans les musées, les traditions, l’architecture des villes… tout ce qui m’entoure est une source d’inspiration.

Les plaids, les torchons, les coussins, les nappes ou les jetés de lit d’African Jacquard racontent mon histoire.

 

African Jacquard

 

Formez-vous vous-même les artisans locaux qui produisent vos créations ?

Une couturière professionnelle a formé nos employés, et m’a permis de créer notre propre atelier de couture et de finition. Il existait d’ailleurs une tradition de travail de couture à Cape Town, mais en 2004, la production textile a subi de plein fouet la concurrence asiatique qui a mis des milliers de gens au chômage.

Il existe une main d’œuvre disponible, ayant des compétences et nous travaillons avec des organismes tels que la Fondation Desmond Tutu ainsi que les Salésiens du Cap qui forment des jeunes à la couture.

Je suis très fière de contribuer à très petite échelle à la revitalisation de l'activité textile du Cap, afin d'offrir à nos visiteurs un produit de grande qualité tissé et fabriqué localement, grâce à la technique du Jacquard qui nous est propre. 

 

Quelle est la clientèle d’African Jacquard ?

Les touristes qui passent dans notre Stand du Watershed, le grand marché de design du V&A Waterfront, où se côtoient des artisans et des créateurs venus de toute l’Afrique.

Les décorateurs de partout en Afrique anglophone (peu ou pas de l’Afrique de l’Ouest) nous écrivent ou viennent à notre head office de Woodstock à Cape Town où ils peuvent voir tous nos développements en plus de ce que l’on voit sur notre site qui présente notre collection. 

Ainsi nous pouvons adapter notre collection aux besoins spécifiques des lodges, tous plus prestigieux les uns que les autres (Singita, &Beyond, Angama)

Les fermes autour du Cap, pour qui nous produisons beaucoup de torchons complètement personnalisés avec leur nom écrit dessus, afin que leur clientèle rapporte chez elle, où que ce soit dans le monde, un torchon à leur effigie. C’est un cadeau simple, facile à transporter, cela se glisse aisément dans une valise et c’est un joli produit local.

Notre client le plus prestigieux dans la région est Babylonstoren. Nous sommes très fières de compter parmi leurs fournisseurs.

 

BabylonStoren

 

Nous proposons aussi nos produits dans de nombreuses boutiques en Afrique du Sud et ailleurs, dans 25 pays. J'ai d'ailleurs une bonne nouvelle de dernière minute: ce produit tissé par nos soins pour Babylonstoren est vendu au Bon Marché jusqu'à fin avril 2026 !

 

Que diriez-vous à un(e) français(e) qui veut entreprendre en Afrique du Sud ?

Tout est possible ici !  Et c’est ce que j’adore !

« Will make a plan ! » est une grande expression très utilisée en Afrique du Sud. Et si le plan A ne marche pas, il y aura un plan B !

Il faut avoir l’envie de se lancer, des fonds pour tenir, se connaitre pour savoir quels sont nos points forts et nos points faibles, ne pas hésiter à demander, à se faire bien conseiller, et en même temps suivre son instinct.

 

Amélia LKRAFI, députée, avec Christine DARON à African Jacquard
Madame Amélia LAKRAFI, députée des Français de l'étranger avec Christine DARON
 

 

Quelle est votre vision pour l’avenir de votre entreprise ?

Devenir une marque de référence : que les touristes puissent rapporter un torchon African Jacquard chez eux, quelque soit l'endroit où ils viennent en Afrique; qu’ils nous trouvent dans les boutiques d’Aéroport, des hôtels/lodges, et les belles boutiques de chaque ville !

J’imagine des torchons dans chaque pays, personnalisés aux couleurs de chacun d'eux!

 

Coussins African Jacquard

 

De tout ce que vous avez déjà réalisé, quelle est votre plus grande fierté ?

Aujourd’hui, ma grande fierté est d’avoir réussi à créer et développer cette entreprise à partir de zéro. D’avoir concrétisé cette idée qui était la mienne et que j’ai eu grand plaisir de commencer à 50 ans, d’avoir rencontré des gens formidable et divers, grâce au soutien de ma famille et d’un bel organisme sud-africain : le « Craft Design Institute ».

J’étais aussi très fière pendant cette grande vente, il y a quelques jours, où nous avons vendu plus de trois mille produits à notre clientèle fidèle, venue en nombre dans notre espace situé à Woodstock à proximité du centre-ville du Cap. C’est un ancien bâtiment de stockage de bois.

J’ai eu le sentiment d’être reconnue, d’être experte dans un domaine que je maîtrise bien après des années d’un travail exigeant.

J’ai éprouvé de la reconnaissance pour le travail accompli ! J’ai réalisé que toutes ces années de travail étaient là, et quelle joie de voir que son travail est apprécié. J’ai goûté ce moment heureux, après avoir consacré du temps à l’éducation de nos enfants, à notre vie de famille, à créer notre entreprise de procurement en Afrique du Sud.

J’ai réellement trouvé ma place et en même temps, tout ce que j’ai fait avant a contribué à cette création, à 50 ans, le mois où je devenais grand-mère !

Concrètement, cela représente aujourd'hui un emploi pour une vingtaine de femmes. C'est ma contribution à la société dans laquelle je vis, en apportant du beau dans la vie de tous les jours, et j'espère un certain bien-être aussi.

Il faut oser avoir des rêves et les réaliser.

 

INFORMATIONS

 

 

ADRESSE :  Siège & Showroom - 7 Woodlands Road, Woodstock, 7925, Cape Town

Téléphone :  (+27) 83797 21 98

Email : bonjour@africanjacquard.com et retail@africanjacquard.com

Site internet:  https://africanjacquard.com/

Réseaux sociaux : FBK, Instagram, Linkedin,

 

Lepetitjournal.com /Johannesburg & Capetown

Pour nous suivre sur Facebook :  Lepetitjournal.com de Johannesburg

Pour l'actualité, bons plans et évènements :  https://lepetitjournal.com/johannesburg

Pour nous contacter :  philippe.petit@petitjournal.onmicrosoft.com

Pour vous abonner à la Newsletter : Newsletter

 

Abonnez-vous à la newsletter

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos