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DESMOND TUTU - Un anniversaire et 84 bougies

Par Lepetitjournal Johannesbourg | Publié le 04/10/2015 à 22:50 | Mis à jour le 05/10/2015 à 09:25



Leader sud-africain parmi les plus connus au monde, après Nelson Mandela, l'archevêque Desmond Tutu reste très présent sur la scène politique de son pays dont il est souvent présenté comme la conscience morale. Récemment hospitalisé à plusieurs reprises pour une infection récidivante, le prix Nobel de la paix sera entouré de sa famille à l'occasion de son 84e anniversaire mercredi.


Jamais en reste quand il s'agit de dénoncer les injustices ou les errements des gouvernements, y compris celui de l'ANC, Tutu se décrit lui-même comme un grand timide à l'enfance docile. Retour sur huit décennies marquées par la détermination, la générosité et le courage.

« Les gens ne me croient pas, mais je suis en fait très timide. Je ne me rappelle pas avoir été rebelle mais plutôt un enfant sage », confiait-il dans une interview à Gothenburg, Suède, en 2007*. Né un 7 octobre 1931 à Klerksdorp, province du Nord-Ouest, Desmond Tutu rêvait de devenir médecin mais les frais de scolarité étaient trop élevés pour cette famille de trois enfants et il deviendra d'abord instituteur comme son père. Au moment où il prépare son diplôme de professeur et commence à enseigner, au début des années 1950, les premières lois de l'apartheid entrent en vigueur. Et très vite, il va démissionner en 1957 pour protester contre la mauvaise qualité de l'enseignement réservé à la majorité noire.



C'est aussi durant cette période qu'il épouse en 1955 Nomalizo Leah avec laquelle il a récemment célébré ses noces de diamant. Elle sera une figure forte et constante dans sa vie. La fondation Tutu créée pour prolonger le combat de sa vie en faveur de la dignité humaine et de la résolution des conflits porte d'ailleurs aussi son nom à elle: "Desmond & Leah Tutu Legacy Foundation".

Après sa démission, Desmond Tutu qui compte déjà dans sa famille un grand-père pasteur, va se tourner vers la théologie.
Il part étudier à l'université de Fort Hare dans la province du Cap oriental (sud), à l'époque, la seule université de qualité pour les noirs d'Afrique du Sud et d'Afrique australe et où de nombreux futurs leaders noirs ont étudié. 
Il achève sa formation en théologie au King's College à Londres en 1966, où il découvre avec ébahissement la liberté d'expression de tous. 
A son retour en Afrique du Sud, il revient enseigner la théologie à l'université de Fort Hare dont il sera aumônier, puis à l'université du Lesotho. Sa vie prend un tournant décisif dans les années 1970 quand il s'engage contre le système raciste de l'apartheid. Très engagé, il devient un porte-parole respecté des droits de la majorité noire.

Tutu Legacy Foundation teatime today_Benny GoolIl grimpe dans la hiérarchie ecclésiastique et devient le premier noir nommé doyen à la St Mary's Cathedral à Johannesburg en 1975, évêque du Lesotho en 1976 puis il prend la tête en 1978 du Conseil des églises sud-africaines (SACC) qui va jouer un rôle clé dans la lutte.
Aux obsèques du jeune martyr de la conscience noire Steve Biko, mort en détention en 1977, c'est lui qui officie.

On le voit aussi à la tête de nombreuses manifestations, ce qui entraine son arrestation et emprisonnement dans les années 1980. Malgré son rejet du système, il prêche la non-violence, contrairement à l'ANC qui a basculé dans la lutte armée dès 1961.
« Je suis devenu un leader dans la lutte contre l'apartheid par défaut, les leaders étaient soit en prison soit en exil », raconte souvent Desmond Tutu. « Je suis stupéfait par la façon dont Dieu utilise toutes sortes d'instruments. J'ai été l'un de ces instruments utilisé dans cette situation, c'est un grand privilège ».*

En 1984, il reçoit le prix Nobel de la paix. « La situation en Afrique du Sud était au pire. J'étais découragé. L'apartheid semblait ne jamais se terminer. Le prix Nobel m'a été remis à un moment opportun: il a permis au peuple sud-africain opprimé de se rassembler autour d'un même espoir, mais aussi de sensibiliser le monde entier à notre situation. Des portes se sont ouvertes, notamment celles de la Maison Blanche ».* A son retour d'Oslo, Tutu perçoit que le moment de la libération approche. Il prend alors très à c?ur sa nouvelle distinction qui, pour lui, implique désormais de « servir son peuple et le monde ». En 1986, Tutu est le premier noir nommé archevêque anglican du Cap.

A la fin de l'apartheid, Desmond Tutu sera le premier à parler de la « nation arc-en-ciel », en référence aux multiples communautés coexistant en Afrique du Sud et il va poursuivre son combat à travers la Commission vérité et réconciliation (TRC) mise en place en 1995 pour assurer une transition non violente vers la démocratie, puis au sein du Haut Conseil pour l'Alliance des civilisations de l'ONU à partir de 2005 avec toujours le même credo: pardonner et considérer l'espèce humaine « comme une famille ». « Nous ne prospèrerons jamais si nous ne sommes pas unis. Tout est dans le partage ».*

Bien qu'il ait annoncé son retrait de la vie publique après le succès de la coupe du monde de football en 2010, il n'a jamais vraiment quitté le devant de la scène. Depuis quelques années, il s'est montré particulièrement critique de l'ANC et de ses dirigeants, et ses relations conflictuelles avec le parti au pouvoir ont été médiatisées. En 2011, quand le gouvernement de Jacob Zuma refuse son visa au Dalaï Lama, pour ne pas se brouiller avec la Chine, Tutu qui avait personnellement invité le prix Nobel de la paix tibétain laisse bruyamment éclater sa colère : « Vous, Mr Zuma et votre gouvernement ne me représentez pas. Vous représentez vos intérêts personnels. Votre gouvernement est pire que celui de l'apartheid ! ».

Depuis, ses apparitions publiques sont plus rares, et c'est sa fille, la révérend Mpho qui semble avoir repris le flambeau.
www.lepetitjournal.com/johannesbourg Lundi 5 octobre 2015

* Interview de Desmond Tutu avec la journaliste Marika Griehsel à Gothenburg, Suède, le 28 septembre 2007. Credits: Ladda Productions AB (production) http://www.nobelprize.org/mediaplayer/index.php?id=753

Crédit photos de haut en bas : Page facebook Desmond Tutu Official; Visite de Desmond and Leah Tutu à la Legacy Foundation le 22 septembre / Benny Gool



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