Michelin et son projet novateur de plantation d’hévéas éco-durable

Par Valérie Pivon | Publié le 11/03/2018 à 23:30 | Mis à jour le 12/02/2020 à 01:46
Photo : @Michelin
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Le groupe Michelin s’associe sous forme de joint-venture au consortium indonésien Barito Pacific Group et se lance dans la production de caoutchouc naturel éco-responsable.

Constat :

Malgré l’avènement des caoutchoucs synthétiques, l’industrie du pneumatique ne peut se passer d’hévéa naturel dans la fabrication des pneus. Cette matière apporte élasticité, résistance, faible échauffement et amortissement des vibrations et du bruit. L’hévéa naturel rentre pour 20% dans la composition d’un pneu de voiture et jusqu'à 40% pour la composition d’un pneu de camion. L’Indonésie est le 2ème producteur mondial de caoutchouc naturel derrière la Thaïlande.

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signee pour récolter le latex 

L’hévéa a été importé en Indonésie au XXe siècle pour remplacer les plantations de café qui étaient en perte de vitesse. L’arbre produit au bout de 7 ans et à une durée de vie de 30 ans. À la différence des autres cultures cet arbre stabilise les sols et présente un autre aspect non négligeable, il est un puits de carbone considérable. En fin de vie de production, l’hévéa peut être recyclé en bois de menuiserie allant des planches de chantier aux meubles ou comme biomasse. Le produit de ses ventes est une source de revenu importante pour le propriétaire.

Le marché mondial de l’hévéa est complexe. La culture du caoutchouc naturel fait vivre quelques 6 millions de foyers soit 30 millions de personnes  et pour 85% dans des exploitations de très petites tailles soit quelques hectares.

Les forêts de l’archipel sont aujourd’hui fortement endommagées par la production d’huile de palme et les monocultures d’arbres fournissant la pâte à papier.

Fort de ce constat, Luc Minguet un des responsables de Michelin nous explique que le groupe a décidé des 2010 de promouvoir les plantations d’hévéa durable au niveau mondial. Ce projet a pour ambition de stopper le grignotage et la dégradation des forêts, de restaurer les forêts dégradées, d’assurer le développement économique et social des populations ainsi que d’atténuer les confits homme-éléphants.

Le projet : production de caoutchouc éco-responsable

En Indonésie, cet engagement s’est traduit en 2015 par un joint-venture avec le groupe Barito Pacific. Le projet porte sur la reforestation de 90.000 hectares dégradés situés dans la région de Jambi à Sumatra dans le parc national de Bukit Tiga Puluh et au nord-est de Bornéo. Depuis 2015 en partenariat World Wild Fund -WWF 18.000 hectares d’hévéas ont été plantés en respectant la toponymie du terrain. On plante au sommet des collines et le bas du terrain est conservé afin de conserver un habitat naturel à la faune et la flore. Les tourbières et la faune ont été respectées. Une partie des parcelles est destinée à la plantation de cultures vivrières pour la population locale. Ce projet devrait à terme créer 16.000 emplois. Sur le site de Jambi, les villages, écoles, centres médicaux ont été construits récemment.

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Plantation hévéa éco-durable

Les premiers résultats :

A ce jour 6 villages sont rattachés à ce programme. Un impact réel est visible sur les communautés, les écoles, autorités locales et entreprises. Des espaces de dialogues et outils pédagogiques ont été mis en place. Des patrouilles pour le respect des espèces et de la forêt sont déployées afin de faire un travail d’information au niveau de la population locale.

Michelin a réalisé la cartographie de sa chaine d’approvisionnement de caoutchouc naturel permettant ainsi de mettre en lumière les zones à risques sociaux et environnementaux. Après avoir défini ce qu’est le caoutchouc naturel durable et les pratiques qui doivent évoluer dans la chaine d’approvisionnement, il a été décidé d’évaluer le respect de ces règles. Une application Rubberway conçue par le groupe permet de collecter les informations provenant des grandes exploitations, des petits producteurs et des intermédiaires afin de contrôler la chaîne de production de bout en bout. Néanmoins Luc Minguet précise que gérer 10.000 fermiers par usine ne se fait pas sans peine.

Une des prochaines étapes est la mise en place d’un corridor permettant aux animaux de circuler en sécurité sur le territoire car plus de 200 éléphants vivent sur la zone.

En étant initiateur d’un tel projet nous espérons que les instances internationales représentatives de la profession suivront et que les plantations de caoutchouc durable seront la norme. Nous sommes fiers de ce projet tant sur le point de la protection des parcs, de l’activité économique de la région, mais aussi fiers de ce que nous faisons pour la planète et de ce que nous laisserons à nos enfants , précise Luc Minguet.

 

 

 

Valerie Pivon

Valérie Pivon

Responsable éditoriale, expatriée depuis 16 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
4 Commentaire (s) Réagir
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plinio lun 12/03/2018 - 18:00

J'aimerais souligner que la zone plantée en hévéa arbre importé d'Amazonie à la fin du 19ième siècle était couverte dans le passé d'une des plus belle et luxuriante forêt à Dipterocarpacées, forêt qui a été exploitée et dégradée par le même groupe Barito qui gérait la concession et qui aujourd'hui prétend la "restaurer"! Il n'y a donc aucune différence avec les autres plantations que ce soit de palmier à huile ou d'arbres pour la production de pâte à papier. Il ne s'agit ni de reforestation ni de restauration mais simplement de plantation car c'est une monoculture intensive (plantation d'une seule espèce, de surcroit exotique voir d'un seul clone!) qui n'a aucune vocation à remplacer la forêt originale qui abritait plus de 200 espèces d'arbre à l'ha. Certes l'hévea comme n'importe quel arbre stocke du Carbone, au même titre que les arbres produisant la pâte à paier ! mais en aucun cas il ne pourra restaurer la biodiversité ni même le stock de carbone d'une forêt naturelle, même dégradée! Ce projet est comme beaucoup d'autres, le résultat de la triste stratégie de forestiers non responsables qui après avoir exploité la forêt pour son bois de façon non durable, la remplace par des plantations monospécifiques, première cause de déforestation en Indonésie. Il serait donc plus correct de dénoncer cette déforestation (votre photo en est d'ailleurs une parfaite illustration) plutôt que de présenter ce projet comme un projet de restauration forestière.

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Melindez ven 30/04/2021 - 10:35

Je partage un peu ton point de vue. Cependant, une question me taraude l'esprit. Celle de savoir la différence entre une forêt en plantation d'arbre ?

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Human Doc sam 22/02/2020 - 01:55

FIER de faire partie de cette famille d'aventuriers,de visionnaires et surtout de Chrétiens qui changent chaque jour avec beaucoup de douceur et de respect le visage de la Planéte en remettant l'HUMAIN à sa vraie place c'est à dire partout!!! HEUREUX les DOUX REVEURS car ils auront la terre en HERITAGE!!! Human Doc

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pierrot ven 21/05/2021 - 05:47

bonne initiative seulement les pays africains doivent suivre ce programme de conservation des écosystèmes

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