Édition internationale

Youn Sun Nah à Hong Kong: "Je suis une chanteuse coréenne made in France"

À l’occasion de sa venue à Hong Kong pour le French May, la chanteuse de jazz Youn Sun Nah se produira en duo avec le pianiste Bojan Z dans un format intime piano-voix. Rencontre avec une artiste à l’identité cosmopolite, pour qui la musique reste avant tout un espace de dialogue entre les cultures et les émotions.

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Écrit par Marion Burlaud
Publié le 18 avril 2026, mis à jour le 20 avril 2026

Le jazz est un langage universel

Vous vous produisez à Hong Kong dans le cadre du French May, un festival qui célèbre le dialogue culturel entre la France et l’Asie. Ce contexte international influence-t-il votre manière d’aborder ce concert ?

Je suis très heureuse de participer au French May, qui offre cette belle opportunité de dialogue. Cette dimension me tient particulièrement à cœur : je suis coréenne, mais j’ai eu la chance de collaborer avec des musiciens du monde entier, et en particulier avec des artistes français. Cet esprit cosmopolite est profondément ancré dans le jazz et constitue même, à mes yeux, l’une de ses caractéristiques essentielles. À New York, on peut rencontrer des musiciens qui viennent de tous les pays, mais c’est aussi le cas à Paris et dans d’autres villes en Europe. Le jazz reste un langage universel, capable de réunir et de faire dialoguer des musiciens du monde entier, sans pour autant qu’ils parlent la même langue.

 

Votre collaboration avec Bojan Z repose sur un format très épuré, piano-voix. Comment décririez-vous le dialogue musical qui se crée entre vous sur scène ?

J’adore les petites formations comme le duo, je m’y sens un peu plus libre et en quelque sorte un peu plus en confiance. Avec Bojan Z, nous sommes sur une même longueur d’onde, le dialogue entre nous est permanent et, à chaque concert, nous avons de nouvelles histoires et de nouvelles émotions à partager. Nous ne sommes que deux sur scène, mais toutes les personnes qui nous entourent participent pleinement au spectacle : que ce soient les équipes du festival ou le public, chacun contribue à ce moment.

 

Je me suis construite en France

Vous avez tous les deux quitté votre pays d’origine pour construire votre carrière musicale en France. Quelle influence cela a-t-il produit sur votre manière de façonner votre identité artistique ?

Bojan Z et moi partageons, d’une certaine manière, une histoire commune. Il s’est installé en France à la fin des années 80, tandis que, de mon côté, je n’ai jamais vraiment quitté la Corée, à l’exception des années 90, durant lesquelles je suis venue étudier la musique à Paris. Comme j’aime le dire : « Je suis une chanteuse coréenne made in France ». Mon identité artistique s’est construite en France, même si je n’ai jamais cessé d’être coréenne. La France a toujours été, et demeure, ma fenêtre ouverte sur le monde : elle m’a permis de m’ouvrir, tant à travers des rencontres humaines que des découvertes artistiques, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs.

 

Votre répertoire et l’un de vos derniers albums « Elles » rendent hommage à de grandes voix féminines de différentes générations. Qu’avez-vous découvert sur votre propre musique en revisitant ces artistes ?

« Elles » est en effet mon avant-dernier album, mais ce sera bien le programme que nous allons présenter avec Bojan Z à Hong Kong. Les chanteuses m’ont accompagnée et continuent de le faire depuis que j’ai commencé à étudier la musique. Bjork, Edith Piaf, Nina Simone... elles sont bien plus que des sources d’inspiration ou des modèles : ce sont des présences qui m’ont guidée et encouragée à trouver ma propre voix. J’ai toujours été consciente de l’importance qu’elles ont eue dans mon parcours, mais en préparant « Elles », j’ai pris pleinement la mesure de leur influence et de leur nombre, même si je n’en ai évoqué que quelques-unes dans l’album. Elles habitent toutes mon esprit et j’ai été marquée par la personnalité de chacune d’elles.

 

La composition me permet de me retrouver

Vous avez souvent expliqué que vous vous considérez d’abord comme interprète plutôt que compositrice, même après avoir écrit un album entier pendant le Covid. Est-ce que cette distinction est encore importante pour vous aujourd’hui ?

Avec le temps, je prends de plus en plus de plaisir à composer, mais j’ai toujours autant de plaisir à interpréter des chansons écrites par d’autres ! La composition me permet, d’une certaine manière, de me retrouver, tandis que l’interprétation m’invite, en quelque sorte, à m’oublier. J’aime ces deux sensations, qui sont les deux faces d’une même pièce, qui se complètent et se répondent naturellement.

 

Vous avez dit qu’il y a dix ans, vous n’auriez pas été prête à enregistrer un projet comme « Elles ». Qu’est-ce qui a changé en vous, techniquement ou émotionnellement, pour que ce projet devienne possible aujourd’hui ?

Peut-être le temps et l’âge (rires). Je crois simplement que c’était le moment. Je n’ai pas le sentiment que quelque chose ait changé en moi. Je suis toujours la même qu’il y a dix ans.

 

Nos émotions sont universelles

Vous avez déjà joué dans de nombreux pays en Asie. Ressentez-vous des différences dans l’écoute ou la sensibilité du public asiatique par rapport au public européen ?

Oui et non. L’écoute et les sensibilités sont certainement différentes selon les continents, les pays et les cultures, mais je ne peux pas vraiment détailler ou les expliquer. Au fond, même si nous vivons et exprimons nos émotions de manières différentes, elles sont universelles.

 

Si vous deviez résumer en une phrase ce que vous souhaitez que le public hongkongais retienne de votre concert, que diriez-vous ?

J’aimerais que le public retienne les émotions que nous aurons partagées ensemble le temps de ce concert !

Youn Sun Nah feat. Bojan Z
Concert Hall, Hong Kong City Hall - 1er Mai 2026
Billeterie

 

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