Mardi 1 décembre 2020
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Les sauts inter-espèces du coronavirus

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 20/05/2020 à 15:10 | Mis à jour le 21/05/2020 à 03:33
Photo : Les chiens domestiques à risque? Vente de masques pour animaux sur Taobao en Chine @Zhou Tianxiao
Les animaux et le coronavirus

De nombreuses équipes scientifiques travaillent sur les traitements de Covid-19, dont l'université de Hong Kong qui vient de prouver l'efficacité du masque chez les hommes grâce à des hamsters ou les programmes sur l'origine animale de SARS-Cov-2. Point sur les sauts et liens entre homme et animal face au coronavirus. 

Une origine qui reste mystérieuse

Les gouvernements se jettent des noms d’oiseaux dès qu’on aborde le sujet de l’origine géographique du virus. Les scientifiques, quand ils ne sont pas occupés à chercher un traitement contre Covid-19, s’intéressent eux aussi fortement à celle-ci. L’Institut Pasteur fait partie des organismes à la pointe de la recherche sur le réservoir du virus, probablement animal. 

SARS-Cov-2 est très proche d’un virus détecté chez une chauve-souris. Les chauves-souris sont en effet porteuses d’une quarantaine de types de coronavirus.

 

Les animaux et le coronavirus
Une porteuse du virus? (Crédit: Ronan Nedelec)

 

Cependant, les contacts humains avec les chauves-souris semblent trop distants et le patrimoine génétique trop différent pour qu’un saut d’espèce soit possible. On évoque donc depuis des mois un hôte intermédiaire dans la chaîne de transmission virale, probablement dans une relation alimentaire: mangeant la chauve-souris, mangé par l’homme. Plusieurs publications suggèrent le pangolin, petit mammifère consommé dans le sud de la Chine, qui pourrait être impliqué comme hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’homme.

Ceci a attiré l’attention sur des habitudes alimentaires liées à la pharmacopée chinoise, alors même que le pangolin est un animal protégé. Il faut savoir que le pangolin est aussi consommé dans certains pays africains et qu’il y est l’animal le plus braconné.

 

Les animaux et le coronavirus
Le pangolin, sauveur inattendu des animaux

 

Mais les choses sont toujours plus compliquées qu’elles ne paraissent: pour la peste, on avait identifié le rat comme annonceur d’épidémie. Mais c’était en fait la tique, piquant le rat puis l’homme, qui véhiculait le virus. Est-ce qu’un animal moins voyant que le pangolin a permis le saut d’espèce?

Le pangolin, en nous condamnant tous au confinement, a donné aux animaux sauvages un nouvel espace de liberté. Pour Catherine et Liliane, ce petit animal est plus fort que le grand requin blanc et le tigre!

https://www.facebook.com/watch/?v=319542059010015

L’arche de Noé en liberté

Ainsi libérés, les animaux sauvages ont revu leur carte de la peur et commencé à s’aventurer dans les espaces soudain vidés de leurs habitants. Chacun s’extasie devant les renards, rhinocéros, chèvres sauvages, sangliers, éléphants, pumas, cerfs, bernaches, perdrix, pingouins qui déambulent là où nous faisons habituellement nos courses.

 

 

 

On ne se lasse pas de voir ainsi l’arche de Noé défiler devant nos yeux.

 

Des animaux en danger

Mais si la vie sauvage profite de quelques semaines de répit, la vie domestique court des risques: des chats et des chiens domestiques ont déjà été contaminés par cette maladie désormais humaine, en de nouveaux sauts inter-espèces. Deux chiens à Hong Kong, un chat domestique en Belgique, deux chats domestiques dans l’état de New York, sont des cas avérés.

La vie sauvage emprisonnée aussi est en danger, à cause de sa proximité avec nous. 5 tigres, 3 lions, sont malades de Covid-19 dans le zoo du Bronx à New York. Il est avéré que les animaux ont été infectés par un gardien de zoo, malade asymptomatique.

 

Les animaux et le coronavirus
Un tigre au Bronx zoo de New York

 

Les symptômes de ces animaux, enfermés et que l’homme peut donc étudier, sont similaires à ceux des humains: une toux causée par une infection pulmonaire de type pneumonie. La bonne nouvelle est qu’on peut leur appliquer des mesures de distanciation sociale et les soigner.

D’autres espèces proches de l’homme sont en danger, à qui on ne peut malheureusement pas imposer de distanciation sociale: les grands singes, hyper-sociaux. Avec 98% de leur ADN identique au nôtre, ils sont vulnérables à de nombreuses maladies humaines. Depuis 30 ans, on estime que un tiers des gorilles morts en liberté ont succombé à Ebola, une maladie transmise par l’homme. Jane Goodall, qui vit et étudie les chimpanzés depuis 60 ans en Tanzanie, a tiré la sonnette d’alerte: il n’y a pas de confinement dans les villages adjacents aux grandes réserves et le virus peut circuler.

 

Les animaux et le coronavirus
Des rhésus macaque au travail... (Crédit: Wikipedia Commons)

 

La solidarité inter-espèces

Pour les sauver, la recherche utilise d’autres animaux: des singes rhésus macaques par exemple à qui une équipe chinoise a inoculé le virus, ont guéri dans le cadre d’études sur un vaccin.

Des hamsters ont permis à l’équipe du Dr. Yuen Kwok-yung de Hong Kong University de prouver la protection apportée par le masque dans le cas de ce coronavirus. Non, les hamsters n’ont pas porté de masque, mais on a séparé les cages entre des hamsters malades et des hamsters sains par l’équivalent d’un masque chirurgical dans un cas, le témoin ne bénéficiant pas de cette protection. Les résultats sont sans équivoque, avec une transmission réduite de 50%.

 

Les animaux et le coronavirus
Le hamster ne télétravaille pas

 

On parle beaucoup de solidarité, mais n’oublions pas les animaux dans cette pandémie: désignés coupables tel le pangolin, en une nouvelle version de la fable de La Fontaine "les Animaux malades de la peste", hamster sauveteur du roi des animaux le lion, en une nouvelle version du "Rat et du lion", les animaux peuvent nous rendre malades mais peuvent aussi nous sauver.

 

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et pratique la randonnée. Elle contribue au Petit Journal sur le volet culturel, entre autres...
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