Pour sa 55e édition, le Festival du Film Français de Hong Kong mise sur des nouveautés, des avant-premières, des rencontres avec de grands noms du cinéma et une programmation qui fait dialoguer 7e art et éducation. Julia Liotard-Vogt, directrice générale de l'Alliance Française de Hong Kong, revient sur la programmation, ses coups de cœur, la venue de Jean-Pierre Jeunet et l’arrivée de la Quinzaine des Cinéastes à Hong Kong.


Des films en avant-première
Y a-t-il un thème qui relie toute la programmation cette année ?
Sans thème unique mais articulé en plusieurs grands volets, le festival met en avant le meilleur des nouveautés françaises. Le public pourra y découvrir les films de l'année ainsi que des avant-premières inédites, comme Changer l’eau des fleurs, de Jean-Pierre Jeunet et Peau d’Homme réalisé par Léa Domenach qui seront présentés en avant-première.
Au total, nous présentons une soixantaine de films et plus de 120 séances dans huit lieux différents.
La rétrospective réunit deux propositions. Avec French Frames in Hong Kong, nous avons choisi des films français tournés intégralement ou en partie à Hong Kong. C’est un clin d’œil à la ville et à notre rôle de pont entre les cultures française et hongkongaise.
Nous rendons aussi hommage à Brigitte Bardot et Nathalie Baye. Nous projetons Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963) et Et Dieu créa la femme de Roger Vadim (1956). Pour Nathalie Baye, La Balance de Bob Swaim (1982), qui lui a valu le César de la meilleure actrice.
Enfin, deux grandes nouveautés viennent compléter la programmation : la Quinzaine des Cinéastes et Let’s Go to the Movies, notre programme à destination des écoles et des universités locales.
Le festival s'ouvre aussi à toute la francophonie, avec deux films belges et un film suisse, et à d'autres festivals de Hong Kong (le Hong Kong Lesbian and Gay Film Festival et le Hong Kong Jewish Film Festival).
La Quinzaine des Cinéastes vient pour la première fois à Hong Kong. Qu’est-ce qui vous a mener à ce partenariat ?
L’idée est née d’une discussion avec Clarence Tsui, critique de cinéma hongkongais et ancien directeur de la Broadway Cinematheque. Il connaît le directeur artistique de la Quinzaine, Julien Rejl, et, au fil de leurs échanges, nous nous sommes dit que ce serait formidable d'amener cette sélection à Hong Kong.
La Quinzaine met souvent en avant des films audacieux, de jeunes talents et des acteurs ou actrices encore peu connus. Elle permet de montrer au public un autre pan du cinéma français. Julien Rejl sera à Hong Kong du 27 novembre au 1er décembre et animera notamment une conférence le 29 novembre pour parler notamment de sa vision, de la façon dont on construit une sélection parallèle à un grand festival comme Cannes, la recherche de nouveaux talents.
À Hong Kong, la Quinzaine propose 4 films de la sélection 2026, Carmen, l'oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach (animation), Shana de Lila Pinell, L'Espèce explosive de Sarah Arnold et Gabin, et deux classiques, dont Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman (1975), élu meilleur film de tous les temps par la revue Sight and Sound en 2022.

Des oeuvres historiques, des comédies...
La sélection française de cette édition vous semble-t-elle refléter les préoccupations du moment ?
Absolument, et c’est ce qui rend le travail de curation si intéressant. En regardant les films reçus, on voit apparaître des sujets qui traversent la société française. Cette année, les récits historiques et de mémoire sont très présents, tout comme les récits de femmes.
De L’Affaire Marie Claire à L'Abandon, et de Mémoire de Fille à Garance ou Enjoy your Stay, la sélection questionne les changements dans la société, met en évidence la difficulté de faire évoluer les mentalités, et souligne le poids de l’inertie. Il a fallu de nombreuses années pour que les femmes puissent jouir de leur corps comme elles l’entendent et on voit resurgir des voix pour limiter ce droit, contraindre les choix, et forcer la main. Le cinéma se doit - à son tour - de s'approprier ces thèmes et de porter, le plus loin possible, un message d’égalité entre les genres, un message de tolérance et de bienveillance envers autrui. Annie Ernaux est d'ailleurs présente deux fois : Mémoire de fille est adapté de son récit, et le documentaire de Claire Simon Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens sera présenté aux enseignants dans le cadre de Let's Go to the Movies.
Le premier volet du diptyque consacré à De Gaulle ouvrira le festival. Qu’est-ce qui vous a convaincue de le choisir pour lancer cette 55e édition ?
Quand j’ai découvert le premier volet, je l’ai trouvé extraordinaire. J’ai eu envie de voir le deuxième tout de suite. La réalisation m’a impressionnée, et le film propose un portrait du Général de Gaulle différent de celui que l’on connaît souvent à travers de nos livres d’Histoire. Il aborde la Seconde Guerre mondiale depuis l’Afrique du Nord, ce qui lui donne une perspective singulière.
Les sujets historiques ont leur place dans la programmation, mais ce n’est pas ce qui nous a décidés à choisir le film. C’est d’abord un coup de cœur pour l’œuvre et sa richesse.
Le premier volet, La Bataille de Gaulle : l'âge de fer, sera projeté le 11 novembre au City Hall, et le second, La Bataille de Gaulle : J'écris ton nom, le 13 novembre. Simon Abkarian incarne le général, aux côtés de Benoît Magimel, Niels Schneider et Anamaria Vartolomei.
Le programme Let’s Go to the Movies s’adresse aux élèves du primaire jusqu’à l’université. Comment avez-vous adapté les projections à ces publics ?
Nous avons réparti les films par tranche d’âge. Clarence Tsui a choisi quatre films dont trois de Claire Simon, chacun pensé pour un public différent.
Les élèves du primaire verront Petit Vampire, le film d'animation de Joann Sfar (2020).
Le film destiné aux élèves du secondaire porte sur le concours de la Fémis, l’école française de cinéma (Le Concours, 2017). Celui destiné aux étudiants aborde des sujets comme la contraception et l’avortement, Les Bureaux de Dieu, 2008, avec Nathalie Baye, Nicole Garcia et Isabelle Carré.
Enfin, les enseignants découvriront Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens, le nouveau documentaire de Claire Simon (2026).
L’idée est de donner aux élèves des outils pour parler des films en classe, avant ou après la séance. Nous avons préparé des ressources pédagogiques pour les enseignants. Les projections auront lieu au City Hall les 11, 12 et 13 novembre, et la session pour les enseignants est prévue le 14 novembre à l’Alliance française de Jordan.
On est heureux d’aller vers ce public qui a peu souvent l’occasion de voir des films étrangers dans une langue autre que l’anglais. On ne s’adresse pas encore à des cinéphiles mais on espère planter la petite graine qui, au fil des ans, leur redonnera envie de se plonger dans la découverte du cinéma français. La réponse est déjà très encourageante : plus de 400 élèves et étudiants et une cinquantaine d'enseignants sont inscrits, venus d'écoles locales et internationales, d'universités comme HKUST, HKBU ou HKMU.

Jean-Pierre Jeunet vient à Hong Kong
Jean-Pierre Jeunet sera à Hong Kong les 17 et 18 novembre. Que pourra découvrir le public ?
Le 17 novembre, nous projetterons Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, connu ici sous le titre Amélie, avec un échange avec le réalisateur après la séance. Le lendemain, le public pourra découvrir son nouveau film, Changer l’eau des fleurs, également suivi d’un échange avec le public. Changer l'eau des fleurs, porté par Leïla Bekhti, Matthias Schoenaerts et Sergio Castellitto, est adapté du best-seller de Valérie Perrin, vendu à plus de 3 millions d'exemplaires, et co-écrit avec Guillaume Laurant, déjà co-scénariste du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Hong Kong le découvrira avant la France, où il sort le 9 décembre. Jean-Pierre Jeunet rencontrera aussi des étudiants en cinéma lors d'ateliers.
Je ne mesurais pas à quel point Amélie avait marqué le public hongkongais. Le film a rencontré un très grand succès ici, et Jean-Pierre Jeunet est très attendu. Les places partent très vite !
Quel est votre souhait pour la suite du festival ?
Pour cette édition, la priorité est que les projections et les rencontres se passent très bien, et que le public soit heureux de ce qu’il découvre. Nous aimerions aussi faire rayonner le festival dans la région. Les échanges avec Shenzhen, par exemple, sont importants : les allers-retours entre les deux villes sont faciles, et nous aimerions que le public puisse venir découvrir les films à Hong Kong.
J'aimerais aussi que le public profite de toutes les rencontres prévues, avec Jean-Pierre Jeunet, Julien Rejl, l'autrice Alma Brami après la projection d'Un jeu dangereux, adapté de son roman Qui ne dit mot consent.

Un coup de cœur personnel dans cette programmation que vous recommanderiez à nos lecteurs ?
Le Corset, film d’animation de Louis Clichy ! Je l’ai découvert cet été et j’ai été conquise. Le scénario est très beau, la musique magnifique, et l’animation, avec ses dessins à l’aquarelle, est superbe.
Il y a aussi quelque chose de très personnel dans le film : le corset a réellement fait partie de la vie du réalisateur. Mais il représente aussi les blocages que l’on peut ressentir en devenant adolescent. Un film poignant que je vous recommande vivement de voir !
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