Hong Kong en convalescence au festival de Cannes

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 29/05/2022 à 14:39 | Mis à jour le 30/05/2022 à 03:36
Photo : Hong Kong ville de cinéma - Avenue of Stars (Crédit: Wikimedia K.C. Tang)
Le cinéma hongkongais à Cannes 2022

Après la quasi-annulation du festival en 2020 (seuls quelques films avaient été projetés en octobre), la reprogrammation de l’édition de mai 2021 en juillet, l’édition 2022 a pu se dérouler du 17 au 28 mai avec le grand retour de nombreuses stars sur le tapis rouge, pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Quelle place le cinéma hongkongais a-t-il eu cette année sur la croisette ?

Un retour à la normale pour le cinéma international… ou presque

Côté compétition de cette 75è édition, c’est l’acteur Vincent Lindon qui officiait cette année comme Président du jury, épaulé de 8 pointures de l’industrie cinématographique mondiale. Toutes les catégories ont eu leur sélection, leurs stars, leurs surprises et leur lot de paillettes. Le palmarès est disponible ici.

Hors compétition, après deux années de distanciation sociale, c’est 90% des participants qui étaient attendus sur place pour la face cachée mais ô combien importante du commerce cinématographique : producteurs, distributeurs et toute l’économie du cinéma réalisent en effet chaque année à l’occasion du festival le plus important volume de tractations dans le secteur. C’est le Marché du film. À cette occasion, Cannes a accueilli cette année 12 500 professionnels, projeté plus de 4000 films et projets, et organisé plus de 100 conférences. Des 121 pays représentés, c’est l’Inde qui était le pays d’honneur.

Côté spectateurs et fans, le festival a pu cette année retourner à sa capacité normale.

 

 

 

En salle pourtant, et c’était un des thèmes récurrents des conférences cette année, plus rien n’est comme avant la pandémie. L'enjeu du retour du public en salle, qui concerne toute la chaîne de l'industrie indépendante, était en effet au centre du débat organisé par le CNC le 19 mai. La fréquentation en salles a repris, mais pas à la hauteur des chiffres de 2019, notamment en Asie. En France, si les comédies et films familiaux français ont retrouvé leurs distributeurs et publics, le cinéma d’auteurs et de festivals, apprécié des spectateurs plus âgés, est à la peine.

Le volume des tractations est aussi loin d’avoir retrouvé son niveau. Et les ventes aux plateformes de streaming, en expansion depuis la pandémie, ne compensent pas cette baisse de la distribution en salle. L’épouvantail de l’inflation va encore empirer cette tendance. Le cinéma, malgré le retour des paillettes, est en convalescence.

 

Le cinéma hongkongais à Cannes 2022
Un cinéma en souffrance à Hong Kong, MCL Pop Corn TKO (Crédit: Wikimedia Mk2010)

 

Où étaient les Hongkongais et Chinois ?

L’Inde était en majesté à Cannes cette année. Avec une délégation de 400 participants, les services des visas français en Inde ont marché à plein régime en amont du festival. C’est ainsi l’Inde qui a sponsorisé le gala d’ouverture, après plusieurs années de sponsoring chinois. La Corée était de retour avec de nombreux films et participants en présentiel, ce qui représentait pour beaucoup d’entre eux la première sortie depuis deux ans. Le directeur du Busan International Film festival, Huh Moon-yung, était ainsi membre du jury de la semaine de la critique. À contre-courant, la Mongolie a choisi d’envoyer sa première délégation cette année.

Côté Chine et Hong Kong, les restrictions liées à la mobilité ont privé le Marché du film d’acheteurs auparavant impliqués dans des deals importants et des productions à gros budget. La tendance était en fait récemment baissière : box-office déprimé en Chine, et surtout recentrage sur les productions locales. Rappelons que les autorisations et canaux de distribution ne sont pas les mêmes en Chine et à Hong Kong.

 

Le cinéma hongkongais à Cannes 2022
Le red carpet sans star (Crédit: Wikimedia Horizon06)

 

Aucun Hongkongais ou Chinois n’a siégé dans les différents jurys, aucun film produit par Hong Kong ou la Chine n’a été sélectionné dans les différentes compétitions pour les longs métrages. On notera seulement un court métrage, Melancholy of my Mother's Lullabies, dirigé par Abinash Bikram Shah et co-produit par le Népal et Hong Kong, sélectionné parmi les 3507 court-métrage reçus. Deux autres courts-métrages chinois ont aussi été sélectionnés. Dans la Cinefondation, qui présente des films de réalisateurs encore en école, le film Somewhere du Chinois Li Jiahe a été sélectionné. Aucun film chinois ou hongkongais classique restauré, ni documentaire, n’a été présenté. La Chine et Hong Kong ont aussi été absents de la Quinzaine des réalisateurs.

En 2021, à rebours, la Hongkongaise Tang Yi avait obtenu le prix du meilleur court-métrage pour All the crows in the world.

Que penser de ce bilan 2022 apparemment déprimant ?

16 exposants au pavillon de Hong Kong

Cette année, il faut plutôt noter la motivation de ceux qui ont choisi de faire le déplacement. Ainsi, des professionnels hongkongais et chinois ont bravé quarantaine et autres joyeusetés. Albert Lee, directeur du Hong Kong International Film Festival, interviewé le 6 avril dernier par Deadline, exprimait que « l’appétit d’être à Cannes pour les acteurs du marché asiatique était palpable ». Lee affirmait que son équipe serait présente physiquement à Cannes et que tout le monde était « très impatient ». En tout, ce sont 16 exposants hongkongais qui ont fait le déplacement, et 12 Chinois.

 

Le cinema hongkongais Cannes 2022
Cannes 2002 (Crédit: https://www.youtube.com/watch?v=AYQPtNi5CZo)

 

Le pavillon de Hong Kong présentait ainsi un catalogue très varié. Le documentaire sur Siu-Fung, un body-builder professionnel et transgenre Hongkongais, cohabitait ainsi avec Prison Flowers, une fiction centrée sur une businesswoman piégée et emprisonnée, des films de kung-fu, les portraits de Hongkongais d’aujourd’hui dans Look up, un film féministe dans la mouvance MeToo (PTGF)… Notons enfin la grande nouvelle que le film tant attendu Kowloon Walled City renommé Walled In: Twilight of the Warriors, tiré du manga hongkongais à succès (manhua) de Andy Seto City of Darkness, et avec Sammo Hung, est finalisé et en phase commerciale.

 

 

Rappelons qu’en 2021, Cannes avait présenté en première la chronique de Kiwi Chow « Revolution of Our Times », sur les mouvements sociaux de 2019 à Hong Kong, faisant beaucoup réagir. La surprise cinématographique de ce type cette année a été la vidéo live du Président Ukrainien Volodymyr Zelensky, ancien acteur professionnel, à la cérémonie d’ouverture. Qu’on se le dise, Cannes, c’est un peu plus que les paillettes.

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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Didier Pujol

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