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Expatriés & fêtes de fin d’année :  Comment en profiter malgré la distance ?

Par Alea | Publié le 09/12/2021 à 12:49 | Mis à jour le 09/12/2021 à 12:49
Photo : @Jonathan Borba
famille celebrant Noel devant un sapin

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Restrictions de voyage, fermeture des frontières, distanciation sociale … Le COVID-19 vient encore jouer les trouble-fêtes cette année ! 

Mais comment entretenir la magie de Noël malgré la distance avec nos proches ?

L’équipe Alea a interviewé le Dr Quratulain Zaidi, psychologue clinicienne originaire du Royaume-Uni et installée à Hong Kong. Dr Zaidi travaille depuis plus de 10 ans auprès d’enfants, d’adultes, de familles et de couples et s’est spécialisée en santé mentale et gestion des troubles socio-émotionnels, comportementaux et relationnels.

En tant qu'expatriée, Dr Zaidi nous partage aujourd’hui ses conseils pour faire face au mal du pays, à la solitude et aux émotions négatives que vous pouvez ressentir à l’approche des fêtes de Noël, alors que vous êtes loin de votre famille. 

Comment la crise du COVID-19 a impacté la vie des expatriés ?

‘’La pandémie a amené la plupart des expatriés à repenser leur mode de vie. 

Dans une étude intitulée COVID-19 & Mental Health for Expats Research (2021), l’assureur William Russell a interrogé plus de 1 100 expatriés en Australie, à Hong Kong, aux Émirats Arabes Unis, au Royaume-Uni et aux États-Unis et a analysé l’impact du COVID-19 sur leur bien-être mental.

D’après ce rapport, 

  • 38% des expatriés estiment que leur santé mentale s'est détériorée pendant la pandémie ;
  • 44% disent qu'ils préféreraient être dans leur pays d'origine pendant la pandémie ; 
  • 24 % pensent que leurs relations avec les personnes de leur pays d'origine se sont détériorées, et 18 % pensent au contraire que la pandémie les a améliorées.’’

Quels sont les nouveaux défis des expatriés à Hong Kong ?

‘’Je dois dire que Hong Kong a plutôt bien géré la pandémie du coronavirus. Aujourd’hui, nous enregistrons un peu plus de 200 décès dû à la COVID-19 et le personnel de santé n’a pas subi le traumatisme que peut engendrer la perte de milliers de vie, comme au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou ailleurs. 

Cependant, se rendre à Hong Kong est devenu très compliqué, et même en temps que résident. Dans le but de maintenir une stratégie ‘’Zéro COVID’’, tous les arrivants doivent compléter une période de quarantaine de 21 jours, soit la plus longue au monde !

À court terme, tout le monde peut faire face à la fermeture des frontières. La majorité des expatriés ne sont pas rentrés dans leur pays d’origine pour les fêtes de Noël en 2020, pensant que les frontières allaient réouvrir à l’été 2021. Néanmoins, avec la prolongation des mesures, cela va faire presque 2 ans que beaucoup d’expatriés n’ont pas vu leurs proches ! 

Bien que le coût financier de la crise sanitaire ait été maîtrisé, l’impact émotionnel et psychologique, lui, n’a pas été épargné !  Notamment pour les personnes qui ont dû faire face à des problèmes familiaux et qui étaient isolées à Hong Kong. D’ailleurs, de plus en plus de patients viennent me voir pour des troubles liés à cet isolement.’’

Quel est l’impact psychologique de cet isolement ? 

‘’Pour les personnes qui vivent à Hong Kong, les deux dernières années ont été marquées par l’angoisse et l’incertitude. Malheureusement, l'incertitude à long terme entraîne la souffrance, et nous sommes tous confrontés, que ce soit à Hong Kong ou ailleurs, à un sentiment de ‘’perte ambiguë’’.

Le terme de ‘’perte ambiguë’’ a été utilisé pour la première fois par Pauline Boss, enseignante et chercheuse américaine, pour décrire les situations de deuil non résolu. Pauline Boss identifie deux types de perte "ambiguë" : le premier est celui où une personne est physiquement présente mais psychologiquement absente - ce qui peut être le cas pour des personnes qui souffrent de démence, par exemple. Le second désigne une absence physique mais une présence psychologique (émotionnelle).

C'est ainsi que j'ai mis des mots sur ce que je ressens personnellement : un sentiment constant de chagrin et de deuil ; cela fait partie de la perte ambiguë que nous vivons tous en ce moment. Nous vivons dans un monde qui est encore un peu présent physiquement mais qui ne ressemble plus à celui qu’on a connu. Les projets que nous avions prévus ont été mis en suspens, les mariages ont été annulés, les anniversaires n'ont pas été célébrés … Il y a également ceux qui ont remué ciel et terre pour pouvoir se rendre aux funérailles d'un être cher, pour ensuite revenir dans une chambre d'hôtel, isolés, à un moment où ils avaient le plus besoin de leur famille et leurs proches. 

Évidemment, ce sentiment d’isolement a entraîné une augmentation des problèmes de santé mentale dans le monde entier. Les cas de dépression ont bondi et représentent 28% des troubles mentaux. Ici, à Hong Kong, j’ai constaté une augmentation des problèmes mentaux et émotionnels, qui se manifestent de différentes manières : problèmes de sommeil, d’anxiété, peur de l’abandon, dépression .. et qui vont jusqu’à la détresse psychologique extrême.’’

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui sont coincés à des kilomètres de leur famille ? Avez-vous des conseils pour gérer la solitude, le mal du pays et l'anxiété ?

Ce à quoi nous sommes actuellement confrontés depuis deux ans risque de continuer et avec, pour le moment, aucune date de fin. Néanmoins, l’être humain a la chance d’être doté d’un ‘’optimisme tragique’’, ce qui lui donne la capacité à garder espoir et à créer un sens malgré la souffrance, la perte ou la douleur. 

Voici mes petites astuces : 

  • Prenez soin de vous : impliquez-vous dans des activités qui pourraient améliorer votre mode de vie et votre santé physique, mentale, sociale et émotionnelle. Vous pouvez par exemple réduire votre utilisation des réseaux sociaux, mettre en place une routine physique avec des exercices quotidiens, passer une bonne nuit de sommeil, passer du temps avec vos amis …
  • Adoptez une routine et prenez de nouvelles habitudes : vous pouvez par exemple lire un livre avant d’aller vous coucher, prendre une tasse de café tous les matins, regarder des photos de vos proches etc. Mettre en place une routine quotidienne permet de créer une continuité qui rompt avec le sentiment d’isolement.
  • Parlez aux personnes autour de vous : posez des questions aux personnes autour de vous, à vos amis, vos collègues …  essayez d’en savoir plus sur ce qu’ils font, ce qu’ils vivent. Comprendre ce que vit et ressent votre entourage renforce le bien-être émotionnelle et relationnel, et cultive le sentiment d’appartenance à une communauté et la confiance en soi et envers les autres.’’

Comment se changer les idées lorsque nos proches nous manquent ?

‘’La solitude est un état dans lequel notre besoin de lien avec l’humain n’est pas comblé. La solitude est un état psychologique, on peut par exemple être à une fête et entouré de monde, et se sentir seul si on se sent incompris ou délaissé. Le sentiment de solitude peut nuire à la santé mentale et entraîner des troubles bien plus graves comme la dépression ou l’anxiété. Si vous vous sentez seul, il est particulièrement important de s’entourer de personnes qui puissent vous soutenir et vous rattraper avant que vous ne tombiez dans le désespoir.

Même s’il n’est jamais facile de sortir de sa zone de confort, il est conseillé de développer sa flexibilité comportementale. Autrement dit, soyez ouvert à l’idée de créer ou de vivre de nouvelles expériences, à créer du lien avec les personnes. Même si le résultat ne sera pas immédiat ou différent de celui désiré,  vous aurez au moins essayé et appris de nouvelles choses.’’

Comment rester positif face au chaos que la COVID-19 a apporté ?

‘’Concentrons-nous sur ce que nous avons plutôt que sur ce que nous n'avons pas ! Hong Kong a très bien géré la crise sanitaire par rapport à d’autres pays dans le monde. Oui, nous devons supporter les restrictions de voyage, mais l'impact du coronavirus sur notre vie quotidienne reste assez limité. Nous n'avons pas connu l'horreur des milliers et des millions de personnes qui ont perdu la vie à cause de la pandémie à Hong Kong.

Nous avons appris à nous adapter à ce que l'on appelle le "new normal" en digitalisant certaines de nos activités sur Zoom, Microsoft Team ou d'autres plateformes, en faisant l'école à la maison, en travaillant à distance, etc. Nous avons eu un nombre minime de cas importés par jour, sans parler du nombre de cas locaux qui est nul depuis plusieurs mois. Grâce à tous ces efforts, nous avons repris la plupart de nos activités normalement et maintenons le contact social.

Il y a également des choses positives que nous pouvons tirer de cette crise. Acceptez la situation pour ce qu'elle est et adaptez-vous-y de la meilleure façon possible. Vous pouvez par exemple noter les choses positives que cette situation a fait ressortir en vous ou chez les autres.

Vivez, rigolez, partagez avec votre famille, vos collègues, votre entourage. Partagez les choses positives comme les bons restaurants où vous avez dîné récemment, les belles randonnées que vous avez faites, les expositions que vous avez vues … Vous renforcez ainsi votre appartenance à une communauté et le soutien mutuel.’’

Les fêtes de Noël approchent à grands pas. Quels sont vos conseils pour passer des fêtes de fin d’année réussies à l’étranger ?

‘’Surtout, ne passez pas les fêtes de fin d’année seul ! Au contraire, sortez et faites de ces fêtes atypiques une expérience positive. Pour en revenir à ce que j'ai dit avant, faites appel à votre optimisme tragique, à votre capacité à garder espoir et à trouver un sens malgré les circonstances.

Réunissez-vous avec les personnes qui vous ont soutenu et sur lesquelles vous vous êtes appuyé au cours des 18 derniers mois. C'est ce que je vais faire cette année avec mes collègues à Hong Kong - ce sont les personnes parfaites pour partager les fêtes de fin d’année !’’

 

Alea

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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'éditon Hong Kong.

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