Alors que les problématiques de santé mentale prennent une place croissante à Hong Kong, de nombreuses personnes continuent de souffrir en silence. Selon les données citées par l’association The New Normal, 61 % des habitants déclarent connaître un faible niveau de bien-être mental et près de trois quarts des personnes en détresse psychologique ne recherchent aucune aide. Face à cette réalité, The New Normal Hong Kong développe depuis 2022 des groupes de soutien gratuits entre pairs et des programmes de prévention du suicide. Sa présidente, Désirée Fong, explique au Petitjournal Hong Kong pourquoi la création de liens humains reste l’un des outils les plus efficaces pour lutter contre l’isolement et la détresse psychologique.


Les jeunes adultes souffrent à Hong Kong
La santé mentale est devenue un sujet de plus en plus visible à Hong Kong. Quel constat faites-vous aujourd’hui ?
Nous observons une augmentation importante des situations d’isolement et de détresse émotionnelle. Hong Kong est une ville très dynamique mais aussi extrêmement exigeante. Les attentes académiques, professionnelles et familiales y sont particulièrement fortes.
Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les jeunes adultes. Ils évoluent dans un monde où ils sont constamment connectés numériquement mais souvent déconnectés émotionnellement. Beaucoup ont du mal à trouver des espaces où ils peuvent parler librement de ce qu’ils ressentent sans être jugés.
Être connecté en permanence ne signifie pas être moins seul
Vous évoquez souvent une “pandémie de solitude”. Que voulez-vous dire ?
Nous constatons que de nombreuses personnes se sentent seules alors même qu’elles sont entourées ou très présentes sur les réseaux sociaux. Elles peuvent communiquer toute la journée sans pour autant créer de véritables connexions humaines.
Cette solitude peut ensuite alimenter l’anxiété, la dépression et d’autres difficultés psychologiques. Plus les personnes s’isolent, plus elles perdent confiance dans leur capacité à créer des liens. Cela devient un cercle vicieux.
Les jeunes générations sont particulièrement exposées à cette réalité. Elles doivent faire face à des pressions importantes tout en construisant leur identité dans un environnement beaucoup plus complexe que celui que nous avons connu.
Quels sont les sujets qui reviennent le plus souvent dans vos groupes de soutien ?
Le stress professionnel est très présent à Hong Kong. Nous accompagnons également des personnes confrontées à des ruptures sentimentales, à des difficultés familiales, à des problèmes de santé, à des questionnements identitaires ou encore à la perte d’un proche.
Mais au-delà de la situation elle-même, ce qui revient souvent est le sentiment de devoir tout affronter seul.
Nous ne remplaçons pas les psychologues, nous créons une communauté
Comment fonctionne concrètement The New Normal ?
Il est important de préciser que nous ne proposons ni diagnostic ni traitement clinique. Nous ne remplaçons pas les psychologues ou les psychiatres.
Notre rôle consiste à accompagner les personnes qui traversent une épreuve de vie et qui ont besoin d’un espace d’écoute avant d’accéder, si nécessaire, à un accompagnement professionnel.
Nous organisons des groupes de soutien entre pairs. Les participants rencontrent d’autres personnes qui ont vécu des expériences similaires et peuvent partager leurs difficultés dans un environnement sécurisé et bienveillant.
Depuis notre lancement à Hong Kong en 2022, plus de 2 100 personnes ont participé à nos activités. Nous avons organisé près de 250 groupes de soutien gratuits et offert plus de 22 000 minutes de soutien entre pairs.
Nous avons également mis en place des activités de bien-être et de mouvement qui ont bénéficié à plus de 840 participants.
Qui anime ces groupes ?
Notre organisation repose entièrement sur des bénévoles formés. Aujourd’hui, près d’une centaine de bénévoles ont suivi notre programme de formation afin d’animer ces groupes.
Ils apprennent à écouter, à accompagner les discussions et à identifier les situations qui nécessitent une orientation vers une aide professionnelle.
Nous accordons également beaucoup d’importance à leur propre bien-être. Accompagner les autres demande une préparation sérieuse et un suivi constant.
Trois quarts des personnes en détresse ne demandent aucune aide
La prévention du suicide fait partie de vos priorités. Pourquoi ?
Parce qu’il existe encore beaucoup de tabous autour de la santé mentale.
À Hong Kong, près de 74 % des personnes en difficulté psychologique ne recherchent pas d’aide. Plus préoccupant encore, une large majorité des personnes décédées par suicide n’avaient eu aucun contact avec un service de santé mentale dans l’année précédant leur décès.
Cela montre que nous devons intervenir plus tôt et créer davantage d’espaces où les personnes se sentent suffisamment en confiance pour parler.
Nous avons déjà organisé dix-neuf formations à la prévention du suicide et accueilli près de deux cents participants. Nous sommes aujourd’hui la seule association caritative à Hong Kong à proposer ces formations à la fois en anglais et en cantonais.
Notre objectif est de permettre à davantage de citoyens, d’entreprises et d’organisations d’identifier les signaux d’alerte et de savoir comment réagir lorsqu’une personne traverse une période de détresse.
Briser les tabous est notre plus grand défi
Quels obstacles rencontrez-vous encore aujourd’hui ?
La stigmatisation reste le principal obstacle.
Dans de nombreuses familles asiatiques, plusieurs générations cohabitent avec des perceptions très différentes de la santé mentale. Certaines personnes ont grandi dans un environnement où l’on ne parlait jamais d’anxiété ou de dépression.
Nous devons normaliser ces conversations. Demander de l’aide ne devrait jamais être perçu comme un signe de faiblesse.
Les résultats montrent d’ailleurs que cette approche fonctionne : 87 % des participants à nos programmes déclarent une amélioration de leur bien-être mental, tandis que 86 % affirment avoir développé de nouvelles stratégies pour faire face à leurs difficultés.
La prévention commence souvent par une simple conversation
Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté française de Hong Kong ?
La première chose est simplement de parler de ces sujets autour de soi. Plus nous rendons les conversations sur la santé mentale normales et accessibles, plus les personnes en difficulté oseront demander de l’aide.
Les dons nous permettent évidemment de maintenir nos services gratuits, mais chacun peut également contribuer en devenant bénévole, en participant à nos formations ou simplement en étant attentif aux personnes qui l’entourent.
Très souvent, la prévention commence par une simple conversation.













