Édition internationale

MARGAUX DESTREMAU - Une artiste française tombée sous le charme de Hong Kong

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 16 juillet 2014

 

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Margaux Destremau a posé ses valises à Hong Kong en février 2012, un peu sur un coup de tête. Graphiste freelance à Paris, à la recherche d’un environnement plus cosmopolite, elle a trouvé ici une énergie et une facilité de vie qui l’enthousiasment chaque jour. Lepetitjournal.com lui a demandé ce qui lui plaît tant dans cette ville et de nous faire partager son regard sur l’art visuel à Hong Kong.

LPJHK : Qu’est-ce qui vous a amené à Hong Kong ?

Margaux : Après avoir obtenu un master de direction artistique à Paris, j’ai commencé en tant que graphiste indépendante. Et un jour une amie m’a dit "il paraît qu’à Hong Kong ça bouge beaucoup pour les Français en ce moment, viens avec moi, on tente". On y est allé, on a créé notre société de communication visuelle. En fait la vie à Hong Kong n’a pas du tout plu à mon amie qui est repartie. Alors que moi, je suis vraiment tombée amoureuse de la ville, de l’énergie, de l’aspect international. C’est le côté être à l’étranger sans perdre tous ses repères qui m’a conquis. Je voulais me mettre en danger, ne plus être attendue sur des choses que je suis habituée à faire et ça a bien marché. J’ai continué en freelance après le départ de mon associée ; je pensais perdre tous mes clients français en étant à l’étranger à cause de la distance. En fait, non seulement je n’en ai pas perdus mais j’en ai eu des nouveaux en France étonnamment. J’ai réalisé que dire aux gens que je suis basée à Hong Kong est un vrai plus. Peut-être parce que ça donne une indication sur ma personnalité, que je sais prendre des risques, en étant loin de mes habitudes et de mon réseau.

LPJHK : Comment décrire votre activité?

Margaux : Je suis graphiste-illustratrice. En termes de graphisme, je fais du logo, du catalogue, une publicité ou alors une impression textile, tout ce qui est visuel dans des domaines variés. Selon la demande du client, je peux m’occuper du concept jusqu’à l’exécution d’un projet. En parallèle, avec mon associée qui est artiste-peintre, on a essayé de développer un réseau pour notre activité artistique. On a notamment exposé ensemble dans un bar-lounge à Central.

LPJHK : Vous tenez également un blog intitulé "Mango And Clo". Quelle est la genèse de ce blog et que vous apporte-t-il ?

Margaux : J’aime dans mes dessins tourner les choses en dérision, faire des sketch, raconter une petite histoire. Lorsque j’ai rencontré Clo, qui est devenue ma colocataire et une très bonne amie, j’ai immédiatement imaginé nos deux personnages. Elle, d’origine martiniquaise, moi la petite française, toutes les deux parisiennes, je trouvais que visuellement il y avait quelque chose, on faisait protagonistes de bande dessinée. Après, ce sont des histoires de filles à Hong Kong, des voyages, des fêtes et pleins de petites anecdotes qui viennent alimenter le blog. C’est une manière de parler de Hong Kong en racontant ma vie ; mais j’avais besoin d’un écho, que l’on soit deux à se renvoyer la balle, pour partager ces tranches de vie. Clo a quitté Hong Kong cet été mais je continue le blog, ce sont toujours nos deux histoires. Il y a beaucoup de jeunes femmes qui arrivent seules à Hong Kong, françaises ou pas (NDLR : le blog est bilingue français-anglais) et on a les mêmes préoccupations. Je reçois parfois des courriels de lectrices vivant à Hong Kong ou ailleurs qui me disent "c’est drôle, je me reconnais, c’est aussi ce qui m’est arrivé". Parmi mes nombreux projets, j’aimerais un jour publier un guide pour aider les filles qui débarquent seules dans un pays. On est de plus en plus nombreuses à partir à l’aventure, sans suivre quelqu’un, ni forcément pour un travail, et ça étonne beaucoup.

LPJHK : Pour vous, quels sont les avantages et intérêts d’être basée à Hong Kong ?

Margaux : Tout d’abord, la proximité avec les fournisseurs chinois pour tout ce qui touche à la production est un gros avantage. Mais surtout, c’est le sentiment que tout est faisable ici ; l’esprit entrepreneurial des gens, la qualité et la simplicité des services, pour créer une entreprise par exemple. Globalement développer un projet est facile, les réseaux fonctionnent très bien, c’est ce qui m’a marqué quand je suis arrivée. C’est moins flagrant à Paris où après 18 heures, on ne peut plus tellement parler du travail parce que ça ne se fait pas, il faut "décompresser". Or, quand on est indépendant, le travail c’est jour et nuit et le réseau se développe beaucoup le soir. Ici les gens pensent tout de suite business quelque soit le moment de la journée et donnent immédiatement leur carte de visite. En tant qu’entrepreneur, c’est un vrai bonheur.

LPJHK : Et du côté du coût de la vie ? Être artiste à Hong Kong, est-ce difficile?

Margaux : Pour ma part, j’ai une vraie vie de bohème, j’habite au 8ème étage sans ascenseur par choix, je passe beaucoup de temps sur mon toit avec mes voisins dont certains sont artistes également. A part le loyer, le reste est beaucoup moins cher qu’à Paris pour moi. Cela dit, j’ai rencontré beaucoup de français graphistes qui sont venus pour chercher du boulot, avec l’idée que ça allait marcher pour eux en capitalisant sur la French touch, qui est reconnue en général dans le graphisme. Mais c’est plus compliqué que cela et j’en ai vu beaucoup repartir. Les Hongkongais sont également talentueux et beaucoup moins chers.

LPJHK : Quel est votre facteur clé de succès alors ?

Margaux : Mon réseau que j’avais créé en France sur lequel j’ai pu m’appuyer. Le système D, la motivation. Et j’ai réussi à éviter de travailler gratuitement trop longtemps, ce qu’on est malheureusement poussé à faire en France pour lancer sa carrière. Alors qu’à Hong Kong, demander à quelqu’un de travailler gratuitement ne vient pas à l’esprit des gens.

LPJHK : Quels sont les lieux, les situations qui vous inspirent à Hong Kong ?

Margaux : L’énergie de la ville, je ne pourrais pas la décrire, mais je sens qu’il y a quelque chose qui se passe. Ce qui m’émerveille, c’est d’aller courir le long du port et de voir la vue sur Kowloon. Il y a un côté complètement magique, la nuit c’est superbe. Cette verticalité, on se sent tout petit mais en même temps on fait intégralement partie de la fourmilière. Et la proximité avec la nature, on prend un ferry, on est sur une plage, une demi-heure plus tard on est en forêt. Même simplement au pic, on a une vue sur une ville gigantesque tout en étant en nature, c’est complètement surréaliste ! Ce mélange de nature et d’hyper-construit est impressionnant.

LPJHK : Mais sur votre blog, les illustrations représentent majoritairement des personnages et non des paysages ?

Depuis que je suis toute petite, j’adore dessiner des corps humains. Je ne sais pas pourquoi mais ça me fascine: un corps est à la fois très beau et très moche. On a plein d’extrémités au bout des extrémités, c’est bizarre et très mal foutu mais en même temps je trouve ça drôle. Et puis, ça va avec les histoires que je raconte. Mais si j’avais plus de temps, j’accentuerais les décors.

LPJHK : Que pensez-vous du rapport à l’art des hongkongais ?

Margaux : Je pense qu’il manque une structure publique de base, type un grand musée d’art contemporain –qui va bientôt arriver paraît-il. Cela créerait une émulation. Un musée permet de développer l’esprit artistique des visiteurs. Personnellement quand je sors d’un musée, j’ai tout de suite envie de dessiner, de peindre et je ne pense pas être la seule. Les personnes tournées vers l’art ont besoin d’espaces pour s’inspirer.

LPJHK : Comment expliquer qu’un tel musée n’a toujours pas été créé ? Est-ce par manque d’intérêt des locaux pour l’art contemporain ?

Margaux : Non je pense que c’est plus un problème d’offre ; s’il y avait une offre suffisante, le public suivrait. Et je pense que les Français peuvent contribuer à faire évoluer l’intérêt des Hongkongais pour l’art. Il y le French May et le Clockenflap que j’adore, mais pour une ville de cette taille, c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de festivals artistiques. Je trouve que l’art visuel manque énormément ; il est important d’offrir des lieux aux artistes pour montrer leurs œuvres.   

LPJHK : Quel est votre point de vue sur les galeries d’art à Hong Kong ? Quels sont les lieux à conseiller aux lecteurs du petitjournal.com ?

Il y a quelques grosses galeries à Hong Kong présentant des artistes cotés mais ce qui manque, ce sont des endroits un peu underground, comme le XXX. C’est une salle à Sai Yin Pun qui organise des concerts, des performances et expos. Il y a aussi Asia Art Archiv qui recense tout l’art contemporain asiatique, des années 60 à nos jours ; l’ensemble de leurs recherches sont présentées sur un site Internet. Un autre espace à visiter est Above Second qui réunit des collectifs d’artistes et organise de nombreux événements.

Elodie Airieau (http://www.lepetitjournal.com/hong-kong/) reprise du mardi 7 janvier 2014

Crédits photos Margaux Destremau

Liens utiles :

Le blog de Margaux : http://mangoandclo.blogspot.hk/
La fin du post “L’interview” sur http://mangoandclo.blogspot.hk/2013/09/the-interview.html

Adresses des lieux cités:

Galerie XXX -  B/F, 353-363 Des Voeux Road West, Sai Wan -  http://xxxgallery.hk/
Asia Art Archiv - 11/F Hollywood Centre, 233 Hollywood Road, Sheung Wan - http://www.aaa.org.hk/
Galerie Above Second - 31 Eastern Street, Sheung Wan - http://blog.above-second

 

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lpj 20
Publié le 29 juillet 2014, mis à jour le 16 juillet 2014
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