Comment The Lingering a contourné la censure chinoise

Par Arnaud Lanuque | Publié le 03/10/2018 à 11:42 | Mis à jour le 03/10/2018 à 17:02
Photo : Une deuxième version de The Lingering permet d'accéder au marché chinois.
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Produire un film d’horreur commercialement viable n’est pas une partie de plaisir! Pour se garantir un succès conséquent, le marché chinois est impératif.

Mais la censure chinoise interdit les manifestations surnaturelles dans les films au nom de la lutte contre les superstitions. Cet état de fait a obligé les producteurs à se montrer créatifs. The Lingering est la dernière production de cette nature illustrant les trésors d’ingéniosité que les cinéastes Hong Kongais, ici les débutants Derrick Tao et Mak Ho Pong, doivent déployer pour être distribués en Chine.

Arnaud Lanuque : Comment est né le projet The Lingering
Mak Ho Pong :
A l’origine, il y a des nouvelles écrites par Chen Tung. C’étaient des histoires courtes publiées sur internet. L’idée était de faire un film omnibus, un peu comme la série des Troublesome Night. Edmond Wong et Raymond Wong, les scénaristes, ont choisi trois histoires. Mais ils ont réalisé que c’était trop long alors ils en ont laissé tomber une. Durant l’écriture du script, ils se sont rendu compte que les deux intrigues pouvaient être liées. Les thèmes étaient similaires et tout se passait dans le même lieu. Alors, c’est devenu une seule histoire. 

Derrick Tao : A l’époque, je travaillais sur un autre projet. Mais mon script a été refusé par le bureau de censure chinois. Alors, Edmond m’a proposé réaliser The Lingering à la place. Le script avait déjà été validé par la censure. J’ai proposé à Ho Pong, qui était un bon ami, de le co-réaliser avec moi. 
 

Le film est sorti en Chine mais pourtant, vous avez une histoire de fantôme, un sujet interdit. Comment avez-vous fait ?
MHP:
Comme vous avez pu le voir, il n’y a pas de problème avec la seconde partie du film. Pour la première moitié, nous avons deux versions différentes: une hongkongaise et une chinoise. Dans cette dernière, ce que Qingyi prend pour un fantôme est en fait le patron de l’usine. Dans la version hongkongaise, c’est le mari de Qingyi qui a fait une erreur et a causé la mort de ses collègues. Dans la version chinoise, le patron de l’usine est rongé par le remord et veut donner de l’argent aux familles des victimes. C’est pour cela qu’il va chez Qingyi dans la nuit. Mais à cause de la pluie, il est obligé de rester autour de la maison. Techniquement, nous ne sommes pas censés avoir deux versions différentes mais il s’agit que d’une poignée de plans et nous sommes une production de si petite envergure que nous pensons pouvoir passer entre les gouttes. 

Vous avez quelques plans très graphiques. Comment traitez-vous avec la censure par rapport à cela?
DT :
D’un point de vue thématique, nous le faisons quand les personnages rêvent. Mais, évidemment, on ne peut pas dire que tout le film est un rêve ! Donc, il faut doser ça avec attention.


MHP: Par rapport à la censure, c’est un processus en deux temps. Vous devez d’abord passer la censure du contenu, d’un point de vue visuel et des dialogues. Peu importe si vous n’avez pas terminé la musique ou la colorimétrie.  Mais une fois approuvé, vous ne pouvez plus changer le montage. Nous avons donc fait en sorte que les éléments les plus graphiques soient déjà finalisés quand nous leur avons soumis parce que nous savions que c’était un peu sensible et que nous ne pourrions pas les intégrer après. Après ça, vous devez passer une censure technique. C’était un test pour nous parce que nous pensions que certains effets étaient un peu trop agressifs mais c’est passé.

Pensez-vous que la jeune génération sera réceptive au message familial du film ?
DT :
Oui parce que c’est un thème universel. Tout le monde a une famille et peut se retrouver dans son sujet.  

MHP : Je pense que le sujet parle à beaucoup de Chinois, probablement plus qu’aux Hongkongais. Beaucoup d’entre eux se retrouvent dans le personnage de Louis Cheung. La plupart ont déménagé dans les grandes villes pour trouver du travail et ne retournent voir leur famille qu’une fois par an. L’histoire écrite par Chen Tung leur parle. 

DT : Et certains à Hong Kong peuvent également se sentir concernés. Je suis né ici mais mes parents et mes ancêtres viennent de chine et ils n’ont pas forcément eu beaucoup d’opportunités d’y retourner. 

Le film est un retour sur les grands écrans pour Athena Chu après une semi-retraite due à la naissance de sa fille.
DT :
Oui. Son nom a été suggéré par Raymond Wong et j’ai tout de suite pensé que ce serait une bonne idée. Elle a aimé le script et a rapidement dit oui. C’était un peu un défi pour elle, jouer un personnage de 20 à 70 ans.  Heureusement, elle aime les relever. Nous étions également inquiets qu’elle refuse de se soumettre aux séances de maquillages pour son apparence finale. Cela prenait 8 heures de préparation…   

MHP : La compagnie en charge a fait une partie des maquillages de Ghost in the Shell ou encore Shed Skin Papa. Nous étions donc confiants dans la qualité du maquillage. Mais cela peut abimer la peau et, pour une actrice, c’est quelque chose d’important.  

DT : Mais elle a été très professionnelle et s’y est pliée de bonne grâce. Elle a toujours suivi nos instructions. Après une journée de travail, elle emmenait ce qu’on avait tourné chez elle pour le revoir et réfléchir à ce qu’elle pouvait améliorer. 


Remerciements : Win, Iris et Wan Yeung. 

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Arnaud Lanuque

Arnaud Lanuque

Couvre l’actualité du cinéma de Hong Kong depuis plus de 15 ans. Il a participé à de nombreux sites (HKCinemagic, Asialyst...) et magazines (So Films, L'Ecran Fantastique...) et a écrit le livre Police Vs Syndicats du Crime
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Didier Pujol

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