À quelques heures de Hong Kong, Chaozhou offre un changement de rythme radical. Dans cette ancienne cité marchande du Guangdong, on délaisse volontiers les grandes artères pour les ruelles piétonnes, les maisons basses et les échoppes où le thé se prépare sans regarder l’heure. Patrimoine, cuisine teochew et architecture à taille humaine : une destination idéale pour ralentir le temps le temps d’un week-end prolongé.


Une ville faite pour marcher
Il y a des villes que l’on visite en cochant des monuments. Chaozhou, elle, se découvre davantage en marchant sans programme très précis.
Après Hong Kong et sa verticalité, le contraste est immédiat. Dans le cœur historique, l’horizon redescend au niveau des toits. Des maisons basses bordent des rues et ruelles que l’on parcourt facilement à pied. Derrière une façade, une cour apparaît ; un peu plus loin, une échoppe laisse échapper l'odeur du thé. Les scooters et les voitures n’ont pas complètement disparu, mais de larges portions du centre ancien privilégient la promenade et donnent envie de prendre son temps.
C’est sans doute le principal charme de Chaozhou : son patrimoine n’est pas enfermé dans un quartier-musée. La vieille ville elle-même fait figure de musée à ciel ouvert, avec ses rues pavées, ses maisons traditionnelles héritées notamment des périodes Ming et Qing et ses arches commémoratives. Paifang Jie en constitue l’artère la plus spectaculaire, tandis que les ruelles adjacentes permettent de retrouver une échelle beaucoup plus intime.
1 600 ans d’histoire
Cette douceur urbaine cache une histoire particulièrement dense. Chaozhou s'est développée comme centre politique, culturel et marchand de l'est du Guangdong pendant des siècles. Son histoire urbaine remonte à plus de 1 600 ans et la ville demeure aujourd'hui l'un des principaux foyers de la culture teochew.
Quelques monuments donnent des repères à la promenade. Le temple Kaiyuan remonte à la dynastie Tang. La porte Guangji ouvre la vieille ville sur la rivière Han, tandis que le pont Guangji, dont l'histoire remonte à l'époque Song, est devenu l'un des emblèmes de Chaozhou. Sa structure singulière associe parties maçonnées et section centrale constituée de bateaux.
Mais le plaisir vient autant des intervalles que des monuments : les façades, les petites boutiques, les ateliers, les cours intérieures et cette continuité architecturale qui donne au centre une rare cohérence. Ici, on peut passer une matinée entière à parcourir quelques rues.

Le thé comme horloge
À Chaozhou, ralentir n'est pas seulement une posture de voyageur. C'est presque un rituel quotidien, incarné par le gongfu cha, l'art local de préparer le thé.
La région est généralement considérée comme l'un des grands berceaux de cette pratique très codifiée. De minuscules théières et des tasses à peine plus grandes qu'un dé permettent d'enchaîner de courtes infusions particulièrement concentrées. Le thé emblématique est le Fenghuang Dancong, un oolong provenant des monts Phoenix voisins.
Sous ce nom se cache tout un univers aromatique. Certains Dancong sont associés à des parfums de magnolia (Yulan Xiang), de gardénia (Zhizhi Xiang) ou d'amande (Xingren Xiang). Il existe même le fameux Ya Shi Xiang, littéralement « parfum de crotte de canard », dont le nom peu engageant dissimule un thé réputé pour ses notes végétales et douces. Personnellement mon préféré !
Une destination à manger
Impossible, ensuite, de séparer Chaozhou de sa cuisine. La gastronomie teochew privilégie volontiers la fraîcheur des ingrédients, les produits de la mer, les bouillons clairs et les braisages. Parmi les classiques figurent l'oie braisée lu shui, les boulettes de poisson ou de bœuf servies dans un bouillon, l'omelette aux huîtres et le congee aux fruits de mer.
La reconnaissance dépasse largement les frontières du Guangdong : Chaozhou a rejoint en 2023 le Réseau des villes créatives de l'UNESCO dans la catégorie gastronomie. L'UNESCO souligne une tradition culinaire diffusée aujourd'hui dans plus de 130 pays et territoires, reflet de l'importance de la diaspora teochew.

Une culture bien vivante
Chaozhou n'est pas seulement une collection d'édifices anciens. La culture teochew continue de s'y exprimer par l'opéra Chaoju, la broderie, la porcelaine et les fêtes populaires.
À l'échelle de la région du Chaoshan, l'une des manifestations les plus spectaculaires est la danse Yingge. Cette danse collective associe arts martiaux, théâtre et mouvements chorégraphiques. Les danseurs, souvent maquillés en personnages héroïques, évoluent au son puissant des gongs et des tambours en frappant des bâtons et en changeant rapidement de formation. Inscrite en 2006 sur la première liste nationale chinoise du patrimoine culturel immatériel, elle est particulièrement associée aux festivités traditionnelles de la région.

« Dear You », un film teochew de 2026
Cette identité teochew a récemment trouvé un relais inattendu au cinéma avec Dear You (给阿嬷的情书), sorti en Chine en 2026. Tourné principalement en langue teochew et dans la région du Chaoshan, le film raconte une histoire familiale sur fond de migration vers l'Asie du Sud-Est.
Au cœur du récit se trouvent les qiaopi, ces lettres accompagnées de fonds que les émigrés chinois envoyaient à leurs familles restées au pays. Elles deviennent le fil conducteur d'une histoire de séparation, de mémoire et de transmission entre la Chine et la Thaïlande.
Et pousser jusqu'à Shantou
Un séjour à Chaozhou se combine facilement avec Shantou, ou Swatow, située à une soixantaine de kilomètres. Même culture teochew, mais autre histoire urbaine.
Shantou s'est officiellement ouverte au commerce extérieur en 1860, dans le contexte des traités imposés à la Chine à la suite de la seconde guerre de l'Opium. Son développement portuaire a profondément transformé la ville et attiré commerçants étrangers et Chinois revenus d'Asie du Sud-Est.
Cette histoire reste lisible dans l'architecture. Des photographies prises dès 1871 montrent des maisons européennes à vérandas dans l'ancien quartier étranger. Plus tard, le centre commercial autour de Small Park développera une architecture de qilou, ces immeubles à arcades caractéristiques des villes marchandes du sud de la Chine, mêlant influences locales, européennes et d'Asie du Sud-Est.
Le quartier historique conserve aujourd'hui un remarquable ensemble de bâtiments à arcades des années 1930 disposés autour d'un plan radial. Il offre un contrepoint intéressant à Chaozhou : à l'architecture basse et ancienne de la cité intérieure répond celle d'une ville portuaire tournée vers la mer, les migrations et le commerce international.







