Édition internationale

Catya Martin : « Notre priorité est simple : protéger nos concitoyens à l’étranger »

À la tête de la commission sécurité et risques sanitaires de l’Assemblée des Français de l’étranger, Catya Martin défend une conviction claire : la sécurité des Français hors de France repose d’abord sur l’anticipation, la coordination… et sur un réflexe encore trop peu adopté, l’inscription au registre consulaire et au Fil d’Ariane. Élue de terrain à Hong Kong, elle revient pour notre journal sur le rôle de l’AFE, les dossiers suivis par sa commission et les enseignements tirés des crises récentes.

catya martincatya martin
Écrit par Didier Pujol
Publié le 19 mars 2026

 

 

L’Assemblée des Français de l’étranger est une instance consultative

Vous êtes présidente de la commission sécurité et risques sanitaires de l’Assemblée des Français de l’étranger. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours jusqu’à ce poste, ainsi que le rôle de l’AFE ?

J’ai d’abord été élue en 2014 conseillère des Français de l’étranger pour Hong Kong et Macao. Ce mandat m’a ensuite permis de me présenter à l’Assemblée des Français de l’étranger pour représenter l’Asie-Océanie. J’ai été élue, puis réélue, et j’ai d’abord siégé au sein de la commission sécurité et risques sanitaires, où j’ai beaucoup appris, avant d’en prendre la présidence en 2023.

L’Assemblée des Français de l’étranger, elle, est une instance consultative. Elle n’est ni législative ni exécutive. En revanche, elle est consultée sur les sujets qui concernent les Français établis hors de France, que ce soit par le gouvernement, le Sénat ou l’Assemblée nationale. Elle rend des avis, adopte des résolutions et formule des recommandations, notamment sur les questions budgétaires, consulaires, scolaires ou de sécurité. L’AFE compte 90 élus, eux-mêmes élus par les conseillers des Français de l’étranger dans le monde.

Comment fonctionne concrètement cette assemblée ?

L’AFE travaille à travers plusieurs commissions thématiques. Chacune traite d’un grand champ de la vie des Français de l’étranger : les lois, les finances, l’enseignement, la protection sociale… et bien sûr la sécurité et les risques sanitaires. Ces commissions examinent les sujets, auditionnent les administrations, rédigent des rapports et portent des recommandations.

Ce qui est important de comprendre, c’est que les élus de l’AFE apportent aussi un regard de terrain. Les agents consulaires changent régulièrement de poste, tandis que les élus gardent une mémoire locale, une connaissance fine des communautés françaises, des réalités du pays, des points de fragilité et des difficultés récurrentes. C’est cette complémentarité qui donne du sens à notre travail.

 

Nous ne nous substituons pas aux autorités, nous sommes un relais

Commission sécurité et risques sanitaires : qu’est-ce que cela recouvre exactement ?

Notre commission s’occupe de la sécurité des Français dans le monde, sous toutes ses formes. Cela peut être une crise géopolitique, une catastrophe naturelle, une crise sanitaire, des violences urbaines, un risque climatique majeur ou encore un accident collectif. Notre angle est toujours le même : comment protéger concrètement les Français de l’étranger, comment mieux préparer les postes, les élus et les communautés à faire face.

Nous travaillons comme une interface entre les élus locaux, les postes diplomatiques et consulaires, et le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Nous auditionnons régulièrement ce centre, nous faisons des retours d’expérience de crises récentes, et nous essayons d’identifier ce qui a bien fonctionné, ce qui a moins bien marché, et comment améliorer les procédures.

Quel est précisément le rôle d’un élu dans une crise ?

Il est essentiel d’être très clair : les élus n’ont pas vocation à remplacer les autorités. Nous ne décidons pas d’une évacuation, nous n’organisons pas une opération de secours, nous ne nous improvisons pas services de sécurité ou de santé. Notre rôle, c’est d’être un relais de proximité : informer, orienter, faire remonter des besoins vérifiés et aider à structurer la solidarité locale.

Sur ce point, nous venons de terminer un guide des élus qui leur sera distribué prochainement qui le rappelle très bien : l’élu est un facilitateur, un coordinateur communautaire, un point d’appui. Il doit relayer les consignes officielles, aider à faire circuler l’information fiable, identifier les situations de vulnérabilité et contribuer à la cohésion de la communauté, sans jamais sortir de son périmètre. C’est une question d’efficacité, mais aussi de responsabilité.

 

Le premier maillon de la sécurité, c’est le terrain

Quels sont aujourd’hui les grands dossiers suivis par votre commission ?

Sur cette mandature, nous avons beaucoup travaillé sur les violences intrafamiliales, sous l’angle de la sécurité. À l’étranger, ces situations sont souvent encore plus complexes à traiter qu’en France, à cause de l’isolement, de la langue, du statut administratif ou de l’éloignement des structures d’aide. L’un des progrès concrets a été de recommander qu’au sein de chaque poste, un agent soit formé à l’écoute et à l’orientation dans ce type de situation. C’est déjà en place dans plusieurs postes consulaires.

Nous avons également beaucoup travaillé sur les crises géopolitiques récentes, avec des retours d’expérience au Venezuela, au Mexique ou encore plus récemment au Moyen-Orient. À chaque fois, notre méthode est la même : auditionner les élus concernés, comprendre comment la crise a été gérée, voir si les canaux d’alerte ont fonctionné, si les élus ont été associés, si les communautés françaises ont reçu une information claire et si les personnes vulnérables ont été identifiées à temps. 

Qu’avez-vous observé de récurrent dans ces crises ?

Le premier enseignement, c’est que les dispositifs existent, mais qu’ils doivent être entretenus. On retrouve souvent les mêmes failles : des listes d’îlotiers pas assez actualisées, une dépendance excessive à certains outils de messagerie, des ruptures d’information, ou un manque de coordination entre les relais locaux.

Or, en temps de crise, tout se joue dans les premières heures. Si les relais ne sont pas identifiés, si les contacts ne sont pas à jour, si les messages n’arrivent pas aux bonnes personnes, on perd un temps précieux. C’est pour cela que nous avons insisté sur la mise à jour régulière du réseau d’îlotage, sur la formalisation d’un élu référent et d’un suppléant, sur les exercices annuels et sur l’importance d’un retour d’expérience systématique après chaque crise.

Justement, le réseau d’îlotiers reste assez méconnu. Pourquoi est-il si important ?

Parce qu’il constitue le maillage de base. Les chefs d’îlots et leurs relais sont là pour permettre la diffusion rapide des consignes officielles, au plus près du terrain. En cas de crise majeure, ce sont eux qui permettent de transmettre l’information, d’identifier les personnes fragiles, de faire remonter les besoins et de maintenir un lien de proximité avec la communauté.

Mais ce réseau n’est utile que s’il est tenu à jour. Un îlotier qui a déménagé, qui n’est plus disponible ou dont les coordonnées n’ont pas été actualisées, c’est une faille dans la chaîne. C’est pour cela que nous plaidons pour une vérification régulière des listes, au minimum une à deux fois par an, ainsi que pour des exercices concrets. La sécurité ne se décrète pas au moment de la crise, elle se prépare bien en amont.

 

Anticiper, c’est déjà protéger

Votre commission vient de porter un guide à destination des élus. Pourquoi était-ce important ?

Parce qu’il y avait un vrai besoin d’outillage. Beaucoup d’élus sont en première ligne lorsque survient une crise, mais sans toujours disposer d’un cadre commun, de fiches pratiques, de procédures claires ou de modèles de communication. Nous avons voulu proposer un document simple, concret, opérationnel, qui dise quoi faire avant, pendant et après une crise.

Ce guide rappelle les rôles de chacun, propose une méthode de préparation, recommande une cartographie des risques, la désignation de relais, la création de chaînes d’alerte multicanaux, la tenue d’exercices annuels, la mise en place de mécanismes de “check-in” pour signaler qu’on est en sécurité ou qu’on a besoin d’aide, et insiste aussi beaucoup sur la lutte contre la désinformation. Parce qu’en période de crise, une rumeur peut faire presque autant de dégâts qu’un mauvais dispositif.

Qu’est-ce que ce guide change, très concrètement ?

Il permet de clarifier les responsabilités et d’éviter l’improvisation. Un élu sait mieux ce qu’il peut faire, ce qu’il ne doit pas faire, comment s’organiser avec le poste, comment structurer un réseau de solidarité, comment protéger les données personnelles, comment communiquer sans alimenter les rumeurs.

Il rappelle aussi une chose essentielle : la priorité absolue, ce sont les personnes. Avant toute considération logistique ou administrative, il faut sécuriser, informer, orienter et identifier les plus vulnérables. Ce guide, c’est finalement une boîte à outils de résilience collective.

 

S’inscrire au registre et au Fil d’Ariane, c’est un réflexe de sécurité

Quel message souhaitez-vous faire passer aux Français de l’étranger et à ceux qui voyagent ?

Le message est très simple : quand on vit à l’étranger, la sécurité commence par l’inscription. Être inscrit au registre des Français établis hors de France, avec des coordonnées à jour, ce n’est pas une formalité secondaire. C’est ce qui permet aux autorités françaises de savoir que vous êtes là, de vous joindre, de vous transmettre des consignes, et de mieux vous accompagner si une crise survient.

Et pour les voyageurs, il y a un autre réflexe indispensable : le Fil d’Ariane. Dès que l’on part dans un autre pays, même pour quelques jours, il faut se signaler. Trop de gens pensent encore que cela ne sert qu’aux touristes de passage dans des zones à risque. En réalité, c’est un outil précieux pour tous les Français qui se déplacent à l’étranger. Il permet au ministère de diffuser rapidement des alertes et des recommandations adaptées en cas de dégradation de la situation.

Pourquoi insistez-vous autant sur ce point ?

Parce que c’est la base de tout le reste. On peut avoir les meilleurs élus, les meilleurs postes, les meilleurs dispositifs du monde, mais si les personnes ne sont pas identifiables ou joignables, l’efficacité collective est forcément réduite.

Il ne faut pas attendre qu’une crise éclate pour se demander comment on sera contacté. C’est valable à Hong Kong, à Macao, en Asie, partout. On vit dans un monde où les crises peuvent sanitaires, climatiques ou géopolitiques sont de plus en plus fréquentes comme le démontre l’actualité des dernières années. Mieux vaut donc être préparé que surpris. Et cette préparation passe d’abord par des outils très simples : une inscription consulaire à jour, des coordonnées vérifiées, et le Fil d’Ariane activé lorsqu’on voyage.

 

La sécurité des Français de l’étranger repose sur la proximité, la préparation et la coordination

À l’approche des échéances consulaires, quel rappel vous semble important ?

Il faut d’abord vérifier son inscription sur la liste électorale consulaire, car l’inscription au registre n’emporte pas automatiquement l’inscription sur cette liste. Beaucoup de Français de l’étranger pensent être en règle alors qu’ils ne le sont pas forcément.

Mais au-delà du vote, cette période est aussi l’occasion de rappeler le rôle des élus de proximité. Les conseillers des Français de l’étranger ne sont pas seulement là pour porter des dossiers administratifs ou des questions de représentation : ils jouent aussi un rôle précieux de relais communautaire, y compris dans la préparation et l’accompagnement des crises. Le lien entre élus, postes consulaires, chefs d’îlots et communautés françaises est un maillon essentiel de notre sécurité collective.

En un mot, quelle est votre priorité ?

Protéger nos concitoyens à l’étranger. Et pour cela, il faut combiner trois choses : la proximité, la préparation et la coordination institutionnelle. La sécurité des Français de l’étranger n’est pas un sujet abstrait. C’est une réalité très concrète, qui concerne la vie quotidienne, les crises, les déplacements, les familles et les situations de vulnérabilité. Plus nous serons préparés, mieux nous protégerons nos communautés.

 

  • Vérifier ou procéder à son inscription sur les listes consulaires : ici 
  • S’inscrire sur le Fil d’Ariane en cas de déplacement à l’étranger : ici 

 

Didier Pujol
Publié le 19 mars 2026, mis à jour le 19 mars 2026
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos