Arrivé à Hong Kong en 1977 comme policier, le Scot Andy Neilson n’imaginait sans doute pas qu’il deviendrait l’une des références mondiales de la figurine historique. Fondateur de King & Country, entreprise créée en 1984 à Hong Kong, il transforme depuis plus de quarante ans les grands épisodes de l’histoire mondiale en figurines historiques peintes à la main. Des plages du Débarquement aux rues du vieux Hong Kong, en passant par les armées napoléoniennes, son entreprise est devenue une référence auprès des collectionneurs du monde entier. Rencontre avec un passionné qui continue de dessiner lui-même chacune de ses créations.


J’ai toujours été fasciné par les soldats miniatures
Présentez-vous. Qui est Andy Neilson ?
Je suis né en Écosse, dans une petite ville près de Glasgow. Depuis mon enfance, j’ai toujours été passionné par l’histoire militaire et les soldats miniatures. À chaque anniversaire ou Noël, je demandais des figurines. À l’adolescence, cette passion s’est un peu effacée, puis elle est revenue lorsque mon frère m’a offert une boîte de figurines des Royal Marines.
Avant cela, j’avais étudié le graphisme et l’illustration à la Glasgow School of Art, puis servi cinq ans chez les Royal Marines. En 1977, je suis arrivé à Hong Kong pour rejoindre la Royal Hong Kong Police. Après trois années de service, je suis revenu à mon métier de graphiste indépendant, sans imaginer que cette vieille passion allait devenir mon activité principale.
Hong Kong était la capitale mondiale du jouet
Comment avez-vous démarré King & Country ?
Tout est parti d’une réflexion très simple de ma première épouse. Je commandais des figurines en métal auprès de petits fabricants britanniques et il fallait parfois attendre plusieurs mois avant de les recevoir. Elle m’a dit : « Nous sommes à Hong Kong, la capitale mondiale du jouet. Pourquoi ne fabriquerais-tu pas tes propres figurines ? »
Cette phrase a tout déclenché. J’ai contacté le Hong Kong Trade Development Council qui m’a mis en relation avec le dernier fabricant hongkongais capable de produire des figurines entièrement métalliques, peintes à la main. Nous avons lancé la société en 1984. Quelques années plus tard, lorsque la Chine s’est ouverte à la production industrielle, nous avons déplacé notre fabrication de l’autre côté de la frontière. Les coûts étaient alors extrêmement faibles et la qualité ne cessait de progresser.
En parallèle, je parcourais l’Europe et les États-Unis pour rencontrer des distributeurs spécialisés. L’arrivée d’Internet nous a ensuite permis de toucher des collectionneurs partout dans le monde.
Pendant douze ans, nous n’avons gagné aucun argent
Depuis 1984, vous n’avez jamais perdu cet enthousiasme. Pourquoi ?
Parce que je fais toujours aujourd’hui ce que j’aimais faire lorsque j’étais enfant : raconter l’histoire en miniature.
Les douze premières années ont pourtant été difficiles. Nous survivions grâce à mon activité de graphiste et à nos pubs de Hong Kong, notamment Joe Bananas et Mad Dogs. Nous fabriquions de belles figurines, mais nous suivions simplement ce que faisaient les autres.
Le véritable tournant est arrivé au milieu des années 1990 lorsque nous avons décidé de créer nos propres séries consacrées à la Seconde Guerre mondiale. Nous avons également abandonné la peinture brillante traditionnelle au profit d’une finition mate beaucoup plus réaliste.
Puis est arrivé Saving Private Ryan. Nous étions les seuls à proposer immédiatement des figurines inspirées du Débarquement. Le succès a été extraordinaire.
Les rues du vieux Hong Kong sont l’une de nos plus belles réussites
Quelles sont aujourd’hui les séries les plus populaires ?
La Seconde Guerre mondiale reste notre plus grand succès. Les collectionneurs apprécient le niveau de détail, les véhicules, les bâtiments et les dioramas complets.
Mais l’une de mes plus grandes surprises a été la série Streets of Old Hong Kong. À l’origine, je souhaitais créer quelque chose qui plaise davantage aux femmes qui accompagnaient leurs maris dans notre boutique. Je pensais aussi que les touristes étrangers seraient les principaux acheteurs.
Je me suis trompé. Les Hongkongais eux-mêmes ont commencé à collectionner ces scènes représentant la vie quotidienne de la ville au tournant du XXᵉ siècle : les boutiques traditionnelles, les marchands ambulants, les familles et les rues animées. Aujourd’hui encore, cette collection figure parmi nos meilleures ventes.
Nous avons ensuite développé Imperial China, consacré à la dynastie Qing, puis plus récemment Hong Kong – All Our Yesterdays, qui fait revivre le Hong Kong des années 1960 et 1970. Nous vendons finalement beaucoup de nostalgie. Notre devise résume parfaitement notre philosophie : « Authentic Handmade History ».
Une figurine demande jusqu’à huit mois de travail
Comment créez-vous une nouvelle scène ou une nouvelle série ?
Tout commence par la recherche historique. Je possède une immense bibliothèque et je consulte également des milliers de photographies d’archives.
Je réalise ensuite moi-même les croquis de chaque personnage. Chaque posture, chaque uniforme, chaque équipement doit être historiquement exact. Une fois le dessin validé viennent la sculpture, les premiers moulages en résine, la fabrication en métal, la peinture du prototype puis enfin la production.
Entre l’idée initiale et la commercialisation, il faut généralement entre six et huit mois. Nous lançons rarement une seule figurine : nous développons plutôt une douzaine de personnages afin de créer une véritable scène vivante.
Le succès reste toujours difficile à prévoir. C’est un peu comme produire un film. Certaines séries deviennent immédiatement des best-sellers, d’autres rencontrent un succès beaucoup plus limité.
L’intelligence artificielle nous fait gagner un temps précieux
Les nouvelles technologies changent-elles votre manière de travailler ?
Oui, énormément. Autrefois, je passais parfois une demi-journée à réaliser une seule illustration préparatoire. Aujourd’hui, je réalise un premier croquis puis j’utilise l’intelligence artificielle pour générer rapidement différentes vues du personnage.
Il faut naturellement tout vérifier, car l’IA invente parfois des détails historiques inexacts. Mais elle accélère considérablement notre travail et aide aussi les peintres qui réalisent les figurines finales.
Comme dans beaucoup de métiers créatifs, elle ne remplace pas l’expérience ; elle permet simplement de travailler plus efficacement.
Nos figurines sont faites pour durer
Vous utilisez toujours le métal alors que la plupart des jouets sont aujourd’hui en plastique. Pourquoi ?
J’ai toujours préféré le métal au plastique. Nos figurines sont réalisées en white metal, un alliage traditionnel composé principalement d’étain, auquel sont ajoutés du plomb et de l’antimoine dans des proportions qui le rendent stable et sûr pour ce type d’objet de collection.
Ce ne sont pas des jouets destinés aux enfants, mais des pièces de collection fabriquées à la main. Les collectionneurs recherchent le poids, le rendu, la finesse des détails et la qualité de la peinture, des caractéristiques que le métal permet d’obtenir bien mieux que le plastique.
L’Histoire offre une infinité de sujets
Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Nous travaillons toujours avec plusieurs mois d’avance. Les séries actuellement en développement sortiront probablement à la fin de l’année.
Je continue notamment à développer des collections autour de la guerre des Malouines, de la Seconde Guerre mondiale ou encore de campagnes napoléoniennes moins connues, comme l’expédition d’Égypte.
Nous poursuivons également nos collections consacrées au vieux Hong Kong et à la Chine impériale, qui rencontrent toujours un vif succès.
Ce qui me passionne, c’est justement d’explorer des sujets que les autres fabricants n’abordent pas. Tout le monde produit Waterloo. Nous préférons parfois raconter une campagne oubliée, un épisode méconnu ou une scène de la vie quotidienne.
Après plus de quarante ans, je n’ai toujours pas le sentiment d’avoir épuisé les possibilités. L’Histoire est infinie… et nos figurines ne sont finalement qu’une autre manière de la raconter.









