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ECO - L'histoire unique de Hong Kong a conduit à l'émergence de quelques grandes corporations

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 28 février 2015

Le paysage économique de Hong Kong est unique au monde. Son économie est définie comme l'une des plus libres par la Banque Mondiale. Ses actifs sont principalement détenus par quelques grandes sociétés, elles-mêmes entre les mains de quelques familles puissantes. Afin de mieux comprendre cette réalité, Jean-François Huchet, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine, donne son opinion sur l'histoire économique de la ville et sur l'influence que les "tycoons" y exercent toujours sur l'avenir 

Jean-François Huchet, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC)

Pourriez-vous nous donner une vue d'ensemble du paysage économique de Hong Kong aujourd'hui, ainsi qu'un aperçu de l'histoire qui explique son succès ?
Le point important à mettre en exergue est le rôle joué par le secteur des services. Depuis le milieu des années 1980, les services dominent complètement l'économie du territoire, particulièrement dans les domaines suivants : l'immobilier, les banques, la logistique & les transports, la finance et ses activités annexes. Ce dernier secteur permet aux sociétés d'effectuer des opérations financières complexes à Hong Kong et reste essentiel à sa compétitivité. L'immobilier constitue également un domaine d'activité primordial pour les conglomérats et les grandes familles de Hong Kong. Chacun d'entre eux a investi dans la pierre à un moment ou à un autre, et pour certains, l'immobilier reste une partie extrêmement importante de leur activité. Cette situation ne s'est pas faite en un jour : les Britanniques, puis le gouvernement chinois,   ont misé sur l'immobilier qui a été reconnu au début des années 1980 comme un secteur clé du développement de la ville. Le gouvernement britannique a alors décidé de limiter les ventes de terrains, ce qui a provoqué une hausse des prix. Cette mesure a profité à quelques familles qui avaient les moyens d'acheter de la terre et de financer des projets immobiliers. En échange, le gouvernement a perçu de gros revenus fiscaux sur la vente des terrains et sur leur développement.

Une structure oligopolistique dans une ville-état
Quelques familles détiennent le contrôle des activités stratégiques de Hong Kong. Il s'agit d'une structure oligopolistique plutôt que de concurrence. Carrefour, et son incapacité à pénétrer sur le marché de Hong Kong parce que le terrain et la distribution sont aux mains de grosses sociétés comme Swire et Cheung Kong, en constitue un exemple frappant. L'enseigne n'a eu  aucune difficulté à ouvrir des magasins en Chine, à Taiwan ou même au Japon. L'identité de ville-état de Hong Kong, avec ses spécificités telles que le manque d'espace et de terrain, revêt également une importance critique. Historiquement, le gouvernement britannique a longtemps adopté une approche non interventionniste en termes d'activité économique. Il ne pouvait pas se permettre une politique mercantile à Hong Kong, mais avait besoin d'une monnaie convertible et d'une bureaucratie restreinte.

Comment expliquez-vous l'émergence de quelques grosses sociétés à Hong Kong? Quels sont les facteurs qui ont créé cette situation?
Quelques familles influentes des secteurs du commerce et de l'industrie ont consolidé leurs positions dominantes durant la première moitié du 20è siècle en investissant dans l'immobilier avec l'appui des banques. Si l'on se penche sur l'histoire de Li Ka-Shing, le soutien de la HSBC a été crucial dans le développement de ses activités. C'est un cercle vertueux, ces familles ont réalisé d'importants retours sur investissements, elles ont géré intelligemment leurs affaires et se sont agrandies dans divers secteurs tels que les télécommunications ou la logistique. En près de 35 ans, elles ont construit des empires, des conglomérats, etc.

Une rencontre bien à propos
La Chine a-t-elle joué un rôle important dans la consolidation du succès des « tycoons »?

L'histoire de Hong Kong et celle de la Chine se confondent. Ceci dit, à la fin des années 1970, lorsque la Chine s'est ouverte au monde, le milieu des affaires de Hong Kong était prêt à y investir. À cette époque, le prix des terrains et les salaires augmentaient sur le territoire, juste au moment où Deng Xiaoping annonçait la création des quatre zones économiques spéciales chinoises. Ce fut une rencontre bien à propos entre un régime communiste qui désirait acquérir du capital et des technologies, et le territoire de Hong Kong, arrivé à une autre étape de son développement économique, et qui accédait ainsi à des opportunités de l'autre côté de la frontière, avec des gens qu'il connaissait bien. Il fut relativement facile aux hommes d'affaires de Hong Kong de monter des sociétés et d'investir dans le Guangdong. Ils ont bien sûr eu l'intelligence de saisir ces opportunités, et de les consolider tout en poursuivant d'autres activités lucratives sur le territoire, une success story qui dure depuis 25 ans.

Pensez-vous que les Britanniques ont eu un impact dès le début, en laissant les gens de Hong Kong créer des entreprises sans s'en mêler, contrairement à ce qui se passait à cette époque dans d'autres "colonies"?
Les autorités coloniales avaient le pouvoir économique, très puissant à Hong Kong, mais il y avait de la place pour que les familles locales développent leurs affaires. Il était également dans l'intérêt des Britanniques de laisser l'économie ouverte et que des sociétés locales et étrangères puissent y opérer en toute liberté. En vérité, seules quelques familles ont accédé à une grande prospérité.

Que se passera-t-il à la prochaine génération? Les "tycoons" vieillissent, pensez-vous que leurs sociétés pourraient échapper à leurs familles?
C'est difficile à prévoir. Un point de vue consiste à regarder notre propre histoire. Au 19è siècle, les entreprises en Europe et en Amérique étaient dirigées par de grandes familles. Certaines sont encore contrôlées par leurs descendants. Mais la majorité ont dû céder leur direction à des personnes externes à la famille pour pouvoir rester à flot ou s'agrandir. C'est un processus naturel dans l'histoire des grandes corporations. À Hong Kong, ces sociétés sont encore jeunes, surtout en termes de succession, étant encore à la première, seconde ou troisième génération. En Occident, les corporations ont une longue histoire alors qu'à Hong Kong, elles sont toutes nouvelles et ont encore un long avenir devant elles, trop complexe pour laisser place à toute prédiction.

Julie Pourtois (www.lepetitjournal/hongkong.html) lundi 28 février 2011

Hong Kong Echo ? Winter 2010
© Copyright December 2010 by the French Chamber of Commerce and Industry in Hong Kong

Jean-François Huchet, Directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC), est interviewé par Julie Pourtois, Head of Publications, à la Chambre de Commerce et d'Industrie Française à Hong Kong (FCCIHK).

lpj 20
Publié le 28 février 2011, mis à jour le 28 février 2015
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