Édition internationale

ECO - Coup de projecteur sur l’économie de Macao

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Macao est une île inclassable, à mi-chemin entre les ruelles d'un autre temps rappelant l'ancienne colonie portugaise et le capitalisme débridé avec ses casinos géants. Sa situation géographique, entre Hong Kong et la Chine continentale, sa situation de zone franche économique, son calme face à l'excitation hongkongaise, sont des facteurs de diversité et d'attrait, et pas seulement pour les touristes de passage. Les enjeux commerciaux, liés au développement spectaculaire de Macao depuis la rétrocession du Portugal à la Chine, justifient un intérêt accru des entreprises françaises

Macao, perçu par la France comme un partenaire important
La France compte renforcer sa présence actuelle, tant dans les domaines culturels, artistiques et linguistiques, que dans les domaines technologiques et des infrastructures. Le Consul général de France à Hong Kong et Macao, Arnaud Barthélémy, s'est déjà rendu cinq fois à Macao depuis son arrivée.  « La présence française, positionnée sur des secteurs stratégiques de l'économie (eau, électricité, déchets, affichage urbain, construction, restauration, biens de consommation de luxe), se développe rapidement pour tirer partie des formidables opportunités liées à l'explosion de l'économie macanaise. » déclare Arnaud Barthélémy. « A Macao, nous sommes passés de 50 à 150 Français en 2005, à près de 350 en 2010, la croissance est donc supérieure à celle de Hong Kong ! » précise-t-il. Arnaud Barthélémy affiche clairement les objectifs de la France : « Il s'agit de conforter l'existant, organiser encore davantage d'événements culturels dans le cadre du French May à Macao, développer la coopération universitaire, notamment par le renforcement de nos programmes de bourses, et enfin promouvoir Macao auprès de nos entreprises. »

Economie de petite taille, mais parmi les plus développées d'Asie
Macao offre un cadre des affaires propice à l'investissement, qui n'a pas été altéré par sa rétrocession à la Chine en décembre 1999. Le Territoire bénéficie en effet, au même titre que Hong Kong, du statut de Région Administrative Spéciale (RAS), qui lui garantit notamment une large autonomie et le maintien pendant 50 ans du cadre existant avant la rétrocession, conformément au principe « un pays, deux systèmes ». Son économie repose largement sur le tourisme, grâce aux casinos, qui contribue à près de la moitié de son PIB. D'après le Consul Arnaud Barthélémy « la croissance économique pour les entreprises françaises suit la croissance de l'économie macanaise. La France est le 3ème exportateur au monde vers Macao derrière la Chine et Hong Kong : 400 millions d'euros par an, soit + 400% entre 2005 et 2010 (alors que les Etats-Unis n'ont eu durant la même période une croissance que de 57%)Stéphane Cieniewski, Conseiller économique au Consulat Général de France à Hong Kong et Macao, nous précise « Les casinos représentent 25% de l'emploi, 40% si l'on comptabilise les hôtels et la restauration. Le PIB par tête est de 49.000 $, supérieur à celui de Hong Kong, et en constante progression depuis la libéralisation des casinos.  Les ventes au détail ont été multipliées par 6 en dix ans. La France est le premier exportateur européen vers Macao, mais l'essentiel est de créer de la valeur sur place. Il existe par ailleurs un gros projet avec l'île de Hengqin à horizon 2020 que le gouvernement de Macao chapeauterait, avec notamment une université de 25.000 étudiants, une nouvelle zone franche

Renforcement des relations d'affaires entre la France et Macao
L'Association d'Affaires France-Macao (FMBA) a été créée en 2007, avec le soutien du Macao Trade and Investment Promotion Institute (IPIM), du Consulat général de France à Hong Kong et Macao, de la Chambre de Commerce Française à Hong Kong et d'un groupe de femmes et d'hommes d'affaires français établis à Macao. Le Président actuel de la FMBA, Franklin Willemyns, PDG de la CEM, nous précise « L'association compte aujourd'hui une cinquantaine de membres : 30 entreprises et 20 membres individuels. Nous organisons traditionnellement un gala en décembre et des évènements réguliers au cours de l'année pour nous faire connaître. Nous avons également commencé une collaboration avec la chambre de commerce européenne, pour bénéficier d'une audience élargie. » Le General Manager de SERVAIR, Vincent Maréchal, Vice-président de la FMBA et membre du conseil surveillance de l'Alliance Française (AF), rajoute « Les trois évènements qui fédèrent la communauté française de Macao sont le 13 juillet, le Beaujolais nouveau et le French May. Nous voudrions apporter un soutien supplémentaire à ces évènements déjà largement suivis par la communauté française de Macao. Mais il y a quand même la volonté de garder une frontière claire entre la FMBA et l'AF. A la FMBA, nous organisons des conférences lors de petit-déjeuners une fois par mois, un mois sur deux cette rencontre est dédiée à nos membres, l'autre ouverte à tous, avec un thème particulier. Cela nous apparaît être un véritable plus car c'est le moteur du nouveau souffle que nous souhaitons initier. Un des projets phares de la FMBA pour l'année prochaine : inscrire Macao dans le « projet Villes d'avenir » porté par Ubifrance ».

Offre touristique essentiellement constituée par les casinos
Macao a décroché en 2006 le titre de capitale mondiale du jeu devant Las Vegas. L'ouverture en 2002 du secteur des jeux, resté pendant plus de 40 ans aux mains d'un monopole, a entraîné la construction de nombreux nouveaux casinos et hôtels. Ces investissements joints à la construction d'infrastructures considérables à l'échelle de Macao et l'afflux de touristes de Chine continentale, 27 millions pour 500.000 habitants, ont engendré une ère de prospérité, dont les entreprises françaises tentent de bénéficier. Mais pour Bernard Peres, l'un des fondateurs de la FMBA, Trésorier de l'AF, et Managing Director de PCT collectibles Industry spécialisée dans la manufacture de voitures miniaturisées « Le gouvernement dit que les casinos ne sont pas tout ce que l'on peut faire à Macao, et affirme vouloir aider les PME. Mais Macao est clairement positionné dans l'entertainment. Les Macanais essayent de développer le divertissement familial avec les parcs à thèmes, parce que les Chinois aiment voyager en famille. Ils ont tenté d'en faire un endroit pour l'organisation de salons internationaux, mais ça a échoué à cause de la proximité de Hong Kong et de Shengzhen. Sur ce plan, Macao n'a pas encore réussi à imiter Las Vegas. »

Forces et faiblesses de Macao dans les affaires
D'abord en France, au Portugal ensuite, en Asie à partir de 1993, Bernard Peres s'est installé à Macao à partir de 1996.  « Le choix de Macao s'est fait par goût personnel, pour le lien avec le Portugal. Mes enfants ont grandi avec la langue portugaise, je recherchais une continuité scolaire. » Sur le plan des affaires, il estime que « Macao offre peu d'avantages particuliers. Il est difficile de maintenir un business à Macao. J'ai monté dans le passé un restaurant de gastronomie française et je n'ai eu que des ennuis, en particulier avec le personnel. Il est très difficile d'obtenir des licences, il y a environ une année d'attente. Les quotas pour faire travailler les locaux sont aussi très problématiques. Il n'y a pas de chômage à Macao, seulement des gens qui ne veulent pas travailler. Il y a aussi une différence de rythme, parce que Macao a toujours été un endroit de loisir, et pas une culture de travail et de business comme à Hong Kong. »  Bernard Peres reste néanmoins très attaché à Macao. « On reste à Macao parce que la vie est agréable. Côté business, impôts, coûts de la vie, il y a quand même des avantages, même si cela a changé depuis la fin du monopole. Beaucoup de sociétés voudraient faire du business ici, s'implanter? mais il y a encore des difficultés, notamment pour obtenir des visas de travail pour les étrangers.» Pour Franklin Willemyns et Vincent Maréchal, les principaux avantages de Macao sont liés au CEPA. « Macao est un marché très particulier, lié au tourisme, avec de vraies possibilités pour les entreprises françaises (surtout dans l'industrie du luxe), gastronomie, vins, infrastructures, hôtellerie. Les entreprises françaises ont bénéficié de l'ouverture du monopole des casinos, mais les marques françaises pourraient en profiter davantage. »

Laurence Huret, Lisa Melia et Eric Ollivier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html ) jeudi 23 juin 2011

Lire aussi :
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Pour plus d'infos:
www.consulfrance-hongkong.org
www.tresor.economie.gouv.fr
www.francemacau.com
www.ubifrance.fr

lpj 20
Publié le 23 juin 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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