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"Avant, confie Pin An, le gouvernement était omniprésent dans le quotidien, il y avait peu de place pour la tradition, la famille, les projets personnels, si bien qu'on ne parlait jamais de bonheur dans mon enfance, ni à la maison ni à l'école. On ne parlait que de travailler pour développer le pays : ?Celui qui ne travaille pas sera en retard !'. La compétition était rude. On n'avait pas le temps de penser au bonheur! Aujourd'hui, les choses ont changé, les gens pensent de plus en plus à leur bonheur "jusqu'à l'égoïsme" malheureusement!"
Santé, richesse, paix dans les relations familiales, accord avec la morale et mort douce, voilà les cinq éléments composant le bonheur selon la tradition chinoise. Qu'en est-il aujourd'hui? Pin An, Fang, Yue et son mari M. Liu, font le point sur la question.
Richesse et Santé
Pour Pin An, "Ce qui compte avant tout pour les Chinois d'aujourd'hui, c'est la santé et la richesse, et les deux sont liées : si je travaille plus, je gagne plus, donc je peux être en bonne santé, acheter des légumes bio et payer l'hôpital. Une hospitalisation est souvent une catastrophe économique pour la famille."
Chinois pratiquant le taichi
Fang confirme : "La santé est un souci permanent pour les Chinois parce que l'offre de soins n'est pas à la hauteur et mal répartie », avant d'ajouter pleine d'espoir,"la Chine est en train de prendre la mesure des besoins, et de construire son système de protection sociale? alors que le système français est en crise!". Selon la jeune femme, les personnes âgées se soucient particulièrement de leur santé, bien plus que les jeunes générations. "C'est pourquoi on les voit dans les parcs faire du Taichi, mais pour prendre soin de soi, il faut du temps. Les jeunes sont trop pris par leur travail."
Lorsqu'on a peu d'argent?
Dans un pays comme la Chine où règne encore une grande pauvreté, le bonheur reste aujourd'hui majoritairement lié aux revenus, à la prospérité, même si cela n'exclut pas le plaisir de se retrouver en famille. "La majorité des Chinois ont du mal à joindre les deux bouts", explique Fang,"ils travaillent toute l'année sans prendre de vacances, envoient l'argent à leur famille qu'ils retrouvent 
Réunion familiale en Chine pour le Nouvel an
"Pour les gens pauvres, l'argent tient en effet la première place", renchérit Yue. "Mes parents dans leur jeunesse mangeaient de l'herbe et des écorces. Pour eux, le bonheur c'est de gagner de l'argent."
Les choses seraient-elles malgré tout en train d'évoluer ?"Les jeunes cherchent peut être davantage l'amour que l'argent ", nous confie Fang,"mais quand il s'agit de se marier, l'argent pèse parfois plus dans la balance que le sentiment!", déplore-t-elle.
Un travail qui rapporte
L'argent suffirait-il à rendre les Chinois heureux? Pour M. Liu, le mari de Yue, "le bonheur des hommes passe avant tout par la carrière, l'indépendance financière, la possibilité d'être propriétaire, alors que les femmes se soucient davantage des relations familiales ou de la santé." Mais cette obsession de la sécurité financière irait-elle trop loin ? Pour Pin An et Fang, les Chinois sacrifient trop de choses pour être riches : "Aujourd'hui, les gens veulent de l'argent et de la reconnaissance sociale. Les parents choisissent eux-mêmes le métier de leur enfant selon le salaire qu'il gagnera, les plus aisés quittent le pays pour faire leurs 
Caishenye, dieu de la richesse chinois
Beaucoup de Chinois sont en effet aujourd'hui prêts pas à sacrifier le bonheur personnel de leur progéniture au nom d'une réussite professionnelle exemplaire. Yue fait partie de ces jeunes qui n'ont pas eu le choix : "Mes parents m'ont obligé à faire des études commerciales, alors que je rêvais d'étudier le dessin. Mais pour eux aller à l'université est le sésame d'une vie réussie, cela ne se discute pas! Il faut être ?éduqué' pour faire progresser le pays, même si beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu'ils feront après. Beaucoup d'entre eux sont d'ailleurs perdus une fois diplômés. Le bonheur pour moi", résume le jeune homme, "ce n'est pas de gagner beaucoup d'argent, c'est faire ce que j'aime faire, sans avoir de soucis d'argent."
Trop d'argent nuirait au bonheur ?
"Etre riche est glorieux", disait Deng Xiao Ping. Mais être riche ne rend pas forcément heureux. Fang constate que les plus aisés "tombent dans l'oisiveté et ont des problèmes avec les multiples maitresses qu'ils entretiennent!" Pin An de son côté confirme : "Mes trois amies qui ont divorcé l'ont fait à cause de problèmes d'infidélité de leurs riches époux!"
"La course à la réussite sociale et professionnelle nous apporte peut être quelques satisfactions, mais elle nous prive aussi d'autres 
Baofahu ou nouveau riche chinois
"Pour être riche et heureux", affirme Fang, "il faut avoir une morale stricte, il faut tout simplement savoir gérer son argent, ce qui est rarement le cas pour la génération qui s'est enrichie facilement pendant les années 80. Mao a condamné la richesse, mais pendant des millénaires la richesse était bien considérée ! Les grandes familles riches "à l'ancienne" observaient des règles très strictes, les devoirs familiaux passaient avant les caprices individuels! "
Pour la jeune femme, argent et bonheur ne seraient donc pas incompatibles à condition toutefois de conserver moralité et tempérance. "Le riche ?heureux' ne fait pas étalage de la marque de sa voiture, de son sac, de ses vêtements, il est discret, il n'est pas esclave de sa fortune, il a la paix intérieure, c'est cela le plus important", conclut Fang, réconciliant ainsi valeurs de la Chine ancienne et aspirations nouvelles de la société chinoise.
Apolline Delplanque (www.lepetitjournal.com/hongkong) jeudi 10 juillet 2014
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