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Expatriés : peut-on financer ses projets en empruntant sur son patrimoine financier ?

Acheter un bien immobilier, financer une activité professionnelle ou accompagner l'installation de ses enfants dans un autre pays : les projets d'un expatrié nécessitent parfois de mobiliser des sommes importantes. Pour ceux qui disposent déjà d'un patrimoine financier, vendre leurs placements n'est pourtant pas la seule possibilité. Certaines solutions de crédit permettent d'obtenir des liquidités tout en conservant son épargne investie. Parmi elles, le crédit lombard offre une souplesse intéressante, à condition de comprendre son fonctionnement et les particularités liées à la résidence à l'étranger.

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Pourquoi emprunter plutôt que vendre ses placements lorsqu'on est expatrié ?

Un Français installé depuis dix ans à Singapour peut avoir constitué un portefeuille d'actions et d'obligations, conservé une assurance vie française et investi dans plusieurs fonds internationaux. Lorsque se présente un nouveau projet, il dispose d'un patrimoine conséquent, mais pas nécessairement des liquidités immédiatement disponibles pour le financer.

Vendre une partie des placements constitue une solution simple. Elle présente toutefois plusieurs inconvénients : sortir d'un investissement destiné à être conservé sur le long terme, réaliser une vente dans une période boursière défavorable ou déclencher l'imposition de plus-values, selon la situation fiscale du détenteur.

L'emprunt offre une autre possibilité. En utilisant ses actifs financiers comme garantie, l'épargnant obtient des liquidités sans devoir les céder. Cette stratégie peut notamment répondre à un besoin temporaire de trésorerie, au financement d'un projet entrepreneurial ou à une opération immobilière, sous réserve que la banque autorise l'utilisation envisagée des fonds.

Pour les expatriés, l'intérêt est aussi de conserver une certaine continuité dans leur stratégie patrimoniale, malgré les changements de pays, de devises et de projets personnels.

Comment fonctionne concrètement le crédit lombard ?

Le crédit lombard est un prêt garanti par un patrimoine financier. Son principe rappelle celui du crédit immobilier, à une différence près : plutôt que de prendre une garantie sur un logement, la banque s'appuie sur des actifs financiers détenus par l'emprunteur.

Concrètement, celui-ci apporte en garantie un portefeuille composé d'actions, d'obligations, de fonds d'investissement ou d'ETF (fonds indiciels cotés en Bourse). Selon les établissements, certains contrats d'assurance vie et d'autres actifs financiers peuvent également être acceptés.

La banque étudie ensuite la composition du portefeuille et détermine le montant qu'elle accepte de prêter. Elle tient notamment compte de la qualité des actifs, de leur liquidité, de leur diversification et de leur volatilité. Un portefeuille largement diversifié, composé de placements facilement négociables, offrira généralement de meilleures possibilités de financement qu'un portefeuille concentré sur quelques actions spéculatives.

Prenons un exemple concret. Une Française expatriée détient 300 000 € de placements financiers et souhaite obtenir 90 000 € pour financer un projet professionnel. Si sa banque accepte ce financement, elle peut mettre son portefeuille en garantie et emprunter cette somme sans vendre ses titres. Le montant emprunté représente alors 30 % de la valeur des actifs nantis. C'est ce qu'on appelle le ratio Loan-to-Value (LTV), qui mesure le rapport entre la dette et la valeur de la garantie.

Les 300 000 € restent investis et continuent d'évoluer avec les marchés. L'emprunteuse conserve la propriété de ses placements, sous réserve des restrictions contractuelles liées au nantissement. En contrepartie, elle paie des intérêts sur les sommes empruntées.

Les modalités de remboursement varient selon les établissements. Certaines banques proposent une ligne de crédit utilisable progressivement, avec des intérêts calculés sur les montants effectivement tirés. D'autres accordent un prêt in fine : l'emprunteur règle les intérêts pendant la durée du financement et rembourse le capital à l'échéance.

Avec un taux annuel hypothétique de 4,5 %, notre expatriée paierait ainsi 4 050 € d'intérêts par an sur son emprunt de 90 000 €, hors frais annexes. Dans le cadre d'un crédit in fine de deux ans à taux fixe, elle rembourserait les 90 000 € de capital au terme du prêt, après avoir acquitté 8 100 € d'intérêts au total.

Quels sont les avantages du crédit lombard pour les expatriés ?

Le premier avantage est de conserver ses investissements tout en disposant de nouvelles liquidités. Un expatrié ayant construit progressivement un portefeuille financier peut financer un projet sans désorganiser sa stratégie d'investissement. Il garde son exposition aux marchés, avec les perspectives de rendement associées, mais également les fluctuations de valeur.

Cette continuité présente un intérêt particulier pour les placements de long terme. Un investisseur qui souhaite conserver ses ETF pendant quinze ans n'a pas nécessairement envie d'en vendre une partie pour financer une dépense ponctuelle. Le crédit lombard lui permet de dissocier son besoin immédiat de trésorerie de son horizon de placement.

L'absence de vente peut également éviter de réaliser immédiatement certaines plus-values imposables. Pour les expatriés, cet aspect doit être étudié selon le pays de résidence fiscale et les conventions internationales applicables. Il ne constitue ni une exonération définitive ni un avantage fiscal automatique.

Autre atout : la souplesse du financement. En fonction de l'établissement, le crédit peut prendre la forme d'une réserve de liquidités mobilisable selon les besoins. Certaines banques privées proposent aussi des financements dans plusieurs devises, une caractéristique intéressante pour les expatriés dont les revenus et les projets sont répartis entre différents pays.

Enfin, un crédit garanti par un portefeuille financier solide peut bénéficier de conditions tarifaires intéressantes par rapport à un financement sans garantie. L'intérêt économique dépend toutefois du taux proposé, des frais et de la durée d'emprunt. Conserver ses placements grâce à un crédit n'est pas nécessairement plus rentable que les vendre : les intérêts constituent un coût certain, tandis que les performances financières futures restent incertaines.

Crédit lombard : quelles banques et quelles conditions pour les non-résidents ?

L'accès au crédit lombard s'est diversifié. Historiquement associé aux banques privées et à la gestion de fortune, ce mécanisme existe également sous des formes plus standardisées dans certains établissements bancaires. Les montants minimums, les taux, les durées et les garanties exigées diffèrent sensiblement.

La Revue Patrimoniale, publication indépendante spécialisée dans l'investissement et la gestion de patrimoine, distingue dans son comparatif des meilleures banques proposant un crédit lombard les offres bancaires traditionnelles, les solutions de financement patrimonial et les comptes sur marge des courtiers, dont les possibilités d'utilisation ne sont pas identiques.

Cette distinction mérite une attention particulière. Un compte sur marge permettant d'emprunter pour acheter davantage de titres financiers ne constitue pas nécessairement une solution adaptée au financement de dépenses personnelles. À l'inverse, certains crédits lombards bancaires autorisent une utilisation plus large des liquidités.

Pour un expatrié, le choix de l'établissement dépend aussi de son pays de résidence. Disposer d'un portefeuille important dans une banque française ne garantit pas l'accès à un financement depuis l'étranger. Les établissements appliquent leurs propres critères d'éligibilité, notamment en matière de résidence, de conformité réglementaire et d'acceptation des garanties.

Les banques privées internationales constituent une piste à explorer, particulièrement pour les patrimoines importants. Il faut néanmoins vérifier le montant minimum exigé, les pays desservis, la devise du financement et les projets autorisés. Certaines offres excluent notamment l'acquisition ou la rénovation de biens immobiliers, tandis que d'autres acceptent ces opérations.

Quelles précautions prendre avant de mobiliser son portefeuille ?

Le crédit lombard offre de réels avantages, mais le montant maximum proposé par la banque ne doit pas devenir automatiquement le montant emprunté.

La principale particularité de ce financement tient à la valeur fluctuante des placements apportés en garantie. Si les marchés baissent fortement, la banque peut demander des garanties supplémentaires ou un remboursement partiel. C'est le mécanisme de l'appel de marge. En l'absence de régularisation, les conditions du contrat peuvent l'autoriser à vendre certains actifs nantis.

Une manière de maîtriser ce risque consiste à conserver une marge de sécurité confortable entre la valeur du portefeuille et le montant emprunté. Dans notre exemple, emprunter 90 000 € contre 300 000 € de placements représente un ratio initial de 30 %. Même après une baisse de 25 % du portefeuille, ce ratio atteindrait 40 %. Ce calcul illustre l'intérêt d'un endettement mesuré, sans garantir l'absence d'appel de marge : les seuils et les valeurs retenues dépendent de chaque contrat.

Les expatriés doivent également examiner le risque de change lorsqu'ils empruntent dans une devise différente de celle de leurs revenus. Une variation défavorable peut augmenter le coût réel du remboursement. Enfin, dans le cas d'un prêt in fine, il faut prévoir dès le départ comment rembourser le capital à l'échéance, sans dépendre exclusivement d'une hausse espérée des marchés.

Le crédit lombard est particulièrement intéressant lorsque le patrimoine financier est solide, le besoin de liquidités clairement identifié et le remboursement anticipé dans la stratégie patrimoniale. Pour un expatrié, son principal intérêt est de pouvoir financer de nouveaux projets sans renoncer systématiquement aux investissements déjà constitués. Le bon équilibre consiste à mobiliser son patrimoine sans compromettre les objectifs pour lesquels il a été construit.

Avance sur assurance vie, prêt classique : quelles autres solutions envisager ?

Le crédit lombard n'est pas la seule façon de mobiliser son patrimoine sans vendre ses placements.

Un expatrié qui détient un contrat d'assurance vie peut notamment étudier la possibilité d'obtenir une avance auprès de son assureur. Si le contrat le prévoit, celui-ci met temporairement une somme à disposition, moyennant des intérêts, sans procéder à un rachat des placements. Les conditions de montant, de durée et de remboursement varient selon les contrats. L'éligibilité des non-résidents doit également être confirmée.

Pour financer un achat immobilier, le crédit hypothécaire classique reste une autre possibilité. Il présente l'avantage de prévoir un remboursement échelonné du capital et d'utiliser le bien immobilier comme garantie plutôt qu'un portefeuille financier. Son obtention peut néanmoins être plus complexe pour les expatriés, notamment lorsque les revenus sont perçus à l'étranger.

Le choix dépend donc principalement de la nature du projet et de sa durée. Un besoin ponctuel, assorti d'une rentrée de liquidités prévisible, se prête davantage à un financement in fine. Pour un investissement immobilier destiné à être remboursé sur vingt ans, un crédit amortissable traditionnel peut être plus approprié.

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Publié le 5 novembre 2026, mis à jour le 5 novembre 2026
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