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Au Vietnam, les ingénieurs en intelligence artificielle s'arrachent à prix d'or

Alors que l'intelligence artificielle s'impose progressivement dans les entreprises vietnamiennes, le recrutement de spécialistes devient un véritable casse-tête. Malgré des salaires parfois 50 % supérieurs à ceux des autres métiers de l'informatique, les employeurs peinent à trouver des ingénieurs capables de déployer concrètement ces technologies. Une pénurie qui touche désormais aussi bien les entreprises technologiques que l'industrie et les services.

Au Vietnam, les ingénieurs en intelligence artificielle s'arrachent à prix d'orAu Vietnam, les ingénieurs en intelligence artificielle s'arrachent à prix d'or

L'intelligence artificielle transforme rapidement le marché de l'emploi au Vietnam. Les entreprises multiplient les projets intégrant cette technologie, mais se heurtent à un obstacle majeur : le manque de professionnels suffisamment expérimentés pour les mettre en œuvre.

À Hanoï, une entreprise technologique de taille moyenne propose ainsi des rémunérations comprises entre 45 et 50 millions de dôngs par mois, soit environ 1 500 à 1 650 euros, pour recruter des ingénieurs spécialisés en IA.

Malgré ces conditions attractives, les postes restent vacants depuis plusieurs mois. L'entreprise recherche des candidats disposant d'au moins trois années d'expérience, ayant déjà participé au déploiement de solutions d'intelligence artificielle et capables de communiquer en anglais avec des clients étrangers.

Des profils particulièrement difficiles à trouver, alors que les commandes provenant notamment des États-Unis et du Japon se multiplient.

Des salaires jusqu'à 50 % supérieurs aux autres métiers technologiques

Cette pénurie entraîne une forte pression sur les rémunérations.

Selon les données des plateformes de recrutement ITviec, TopCV et TopDev, un ingénieur en intelligence artificielle disposant de deux à quatre années d'expérience peut gagner entre 30 et 60 millions de dôngs par mois, contre 20 à 35 millions pour un ingénieur informatique généraliste.

L'écart peut ainsi atteindre 50 %, voire davantage pour les compétences les plus recherchées.

Les rémunérations augmentent encore avec l'expérience et les responsabilités. Les ingénieurs spécialisés et les responsables d'équipes peuvent percevoir plusieurs dizaines de millions de dôngs supplémentaires chaque mois.

Au sommet de cette hiérarchie, certains directeurs de départements spécialisés en intelligence artificielle peuvent toucher entre 15.000 et 25.000 dollars mensuels, selon Manpower Vietnam.

Les entreprises recherchent avant tout une expérience concrète

Le principal problème ne réside pas uniquement dans le nombre d'ingénieurs disponibles, mais dans l'adéquation entre leurs compétences et les besoins des employeurs.

De nombreuses entreprises ne cherchent plus simplement des développeurs maîtrisant les outils d'intelligence artificielle. Elles ont besoin de professionnels capables de concevoir, d'intégrer et de maintenir des solutions utilisées quotidiennement dans leurs activités.

Un candidat peut posséder de solides connaissances théoriques en apprentissage automatique (machine learning) sans avoir nécessairement l'expérience du déploiement d'un système dans un environnement professionnel.

Les entreprises privilégient donc les ingénieurs capables de transformer une technologie en application opérationnelle, avec des résultats mesurables.

À cela s'ajoutent des compétences complémentaires, notamment la maîtrise de l'anglais, la compréhension des processus industriels ou encore la capacité à travailler directement avec des clients internationaux.

L'industrie vietnamienne entre également dans la course à l'IA

Longtemps concentrée dans les entreprises informatiques, la demande en spécialistes de l'intelligence artificielle s'étend désormais à de nombreux secteurs.

Banque, finance, commerce électronique, semi-conducteurs et industrie manufacturière cherchent à intégrer ces technologies dans leurs opérations.

Le groupe allemand Bosch, qui emploie plus de 4.000 ingénieurs au Vietnam, illustre cette évolution.

Dans son usine de Dong Nai, l'intelligence artificielle est déjà utilisée pour contrôler la qualité des produits et optimiser les processus de fabrication.

Les besoins en recrutement ne concernent donc plus uniquement des spécialistes de l'IA, mais également des ingénieurs capables de comprendre les contraintes de production et d'intégrer ces technologies aux différentes étapes industrielles.

Malgré le recrutement de centaines d'ingénieurs spécialisés, Bosch continue de rencontrer des difficultés pour satisfaire ses besoins.

Une demande qui devrait continuer d'augmenter

Pour les spécialistes du recrutement, cette tension sur le marché du travail ne devrait pas disparaître rapidement.

Selon Manpower Vietnam, les ingénieurs en intelligence artificielle figurent actuellement parmi les profils les plus recherchés par les entreprises.

Les besoins concernent notamment l'IA générative, les grands modèles de langage (LLM), l'apprentissage automatique et la cybersécurité.

La difficulté est particulièrement importante pour les profils expérimentés capables de développer de nouveaux algorithmes ou de transformer des modèles avancés en solutions commercialement exploitables.

Bosch anticipe d'ailleurs une nouvelle accélération de la demande au cours des 12 à 24 prochains mois, à mesure que l'intelligence artificielle sera intégrée à davantage de produits et de services.

La formation, un enjeu pour la compétitivité vietnamienne

Cette évolution pose une question plus large pour l'économie vietnamienne : comment former suffisamment de spécialistes pour accompagner la transformation technologique du pays ?

Le Vietnam dispose d'un secteur informatique dynamique et attire depuis plusieurs années des projets internationaux de développement logiciel, de recherche et d'ingénierie.

Mais l'essor de l'intelligence artificielle modifie les compétences attendues.

Pour les universités et les organismes de formation, le défi consiste donc à préparer les étudiants à des applications concrètes, au-delà de la seule maîtrise des concepts théoriques.

La pénurie actuelle révèle ainsi un paradoxe du marché vietnamien : les opportunités professionnelles dans l'intelligence artificielle se multiplient, mais les compétences nécessaires pour les saisir restent insuffisantes.

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