NADIA FETTOUCHE – "Notre boutique n’est pas française que de nom. Nous ne fabriquons que des produits français et de façon artisanale"

Par Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville | Publié le 23/06/2016 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 23:09

Cela fait maintenant un an que Mark et Nadia, en association avec Fabrice, ont repris les commandes de la boulangerie pâtisserie "Une Journée à Paris", en faisant de cette enseigne un vrai petit coin de France dans le c?ur d'Ho Chi Minh Ville. Avec une restauration sur place ou à emporter, cet établissement se démarque par l'utilisation exclusive de produits nobles et façonne son pain et ses pâtisseries à la main. Délivrant un message d'authenticité, saupoudré d'un gage de qualité, Nadia Fettouche nous livre ici son parcours, de son arrivée au Vietnam à la reprise d' "Une Journée à Paris".

Lepetitjournal.com/Hochiminhville : Bonjour Nadia. Peux-tu te présenter ? Depuis combien de temps es-tu à Saigon? Comment es-tu arrivée ici ?

Nadia Fettouche : Je suis copropriétaire de la boulangerie pâtisserie « Une journée à Paris » depuis un an.

J'ai démarré ma vie professionnelle très tôt avec un parcours d'éducatrice dans le Nord de la France. Puis j'ai rejoint le Sud avec une envie profonde « d'autre chose », de découverte, de voyage, et surtout être autonome et indépendante dans ma profession. Il va sans dire qu'il a fallu à ce moment envisager une reconversion professionnelle.

Après avoir eu différentes expériences autour du commerce, je rencontre Mark, un spécialiste du web marketing qui deviendra rapidement mon mentor et m'enseignera le b.a.-ba de la communication. Devenus rapidement inséparables, nous partagions cette même envie féroce de mordre la vie à pleine dent et de découvrir le monde.

Bien décidés à réaliser nos rêves, nous avons fait un voyage à travers le monde pendant près de deux ans. C'est à ce moment que nous découvrons pour la première fois le Vietnam et plus particulièrement Saigon.

 


Le Vietnam est-il ton premier pays d'expatriation? As-tu eu d'autres expériences à l'étranger? Pourquoi le Vietnam?

Bien qu'ayant eu de multiples expériences à l'étranger, ce fut toujours de courte durée. Le Vietnam est donc pour moi mon 1er pays d'expatriation.

Au cours de notre aventure à travers le monde, nous avons découvert le Vietnam et plus particulièrement, Ho Chi Minh Ville, où nous avons séjourné 2 mois. Cette grande ville fascinante et trépidante m'est apparue comme une évidence. Une ville idéale où se mêlent histoire et développement, culture et modernité, jeunesse et gastronomie des 4 coins du monde, c'est un lieu de dynamisme incroyable.

Quand on met les pieds à Saigon, on est pris dans une dynamique effrénée. On a juste envie d'y être, d'en faire partie. C'était tout simplement pour nous the place to be.

 

 

D'où est venue l'idée de reprendre « Une Journée à Paris » ? Comment te démarques-tu face à la concurrence, de plus en plus présente en ville?

Nous avons découvert la boulangerie « Une Journée à Paris » tout à fait par hasard lors d'une promenade en ville. Après plusieurs mois de cuisine asiatique, cette petite boutique était devenue pour quelques jours notre seconde maison. Un jour alors que nous y déjeunions, nous échangions sur le potentiel de cette boutique à coup de « c'était tellement bon » « ils pourraient faire ceci, développer cela? » A ce moment même nous apprenions que la propriétaire quittait le pays et souhaitait céder ses parts. Et comme tout à un sens, finalement rien n'arrive par hasard, c'est parti d'un simple « Pourquoi pas ?».

Aujourd'hui c'est avec beaucoup de fierté que nous essayons de représenter au mieux le savoir-faire français au c?ur même de Saigon. En ce qui concerne la concurrence, elle est naturelle et montre bien qu'il y a une demande croissante dans notre domaine d'activité et c'est plutôt bon signe. Je pense que la ville est assez grande pour permettre à beaucoup d'entre nous de se réaliser dans son entreprise. Là où nous nous distinguons, c'est que notre boutique n'est pas française que de nom. Nous ne fabriquons que des produits français et de façon artisanale, tous nos pains sont façonnés à la main. Nous concentrons nos efforts sur la qualité de nos produits avec une sélection scrupuleuse des matières premières. Nous produisons sans doute moins mais tout est de qualité.

 


Quelle est ta clientèle cible ? Est-ce compliqué de fidéliser la clientèle locale, peu habituée aux saveurs européennes?

Nous sommes situés sur une artère très fréquentée par les touristes et donc nous accueillons des clients qui nous arrivent des quatre coins du monde.

Bien que nous n'adaptions pas vraiment nos recettes aux saveurs vietnamiennes, nous observons une fréquentation croissante de clients locaux. Notre pain est un pain traditionnel français et ses ingrédients, sa fabrication, son goût sont très différents du traditionnel « Banh Mi » vietnamien. Il n'en reste pas moins l'héritage d'une subtile combinaison de cuisine française et asiatique. D'ailleurs beaucoup de nos clients, notamment d'âge mûr, se fournissent en pain chez nous.

Les jeunes vietnamiens sont quant à eux plus ouverts à la découverte, ils fréquentent de plus en plus la multitude de cuisines que l'on peut trouver dans les restaurants de la ville. C'est pourquoi, nous n'avons aucune difficulté à leur proposer nos produits, au contraire, ils sont friands de nouveautés. Le bouche à oreille et les réseaux sociaux contribuent indéniablement à la reconnaissance de notre établissement, particulièrement auprès des jeunes.

 

 

Quelles ont été les difficultés rencontrées? Le Vietnam est-il un pays, selon toi, propice à ce type de business?

Le Vietnam est selon moi un pays propice à l'activité et la création. Pour toutes les raisons énoncées précédemment, mais aussi parce que le Vietnam a réalisé d'importants progrès et semble connaitre un développement constant en matière d'économie. A plus grande échelle, la gastronomie française et son savoir-faire sont reconnus dans le monde entier.

Evidement, rien n'est simple, et la plus grande difficulté est sans doute la lourdeur administrative. S'il m'a été plutôt facile d'obtenir une carte de résident (en comparaison à beaucoup de mes connaissances), toute démarche administrative demande de nombreuses heures. Les lois changent souvent et il n'est vraiment pas facile de s'y retrouver. Si vous ne maitrisez pas la langue, assez complexe au passage, alors il faut vraiment être armé de patience et de sagesse.

Concernant l'activité de la boulangerie en soit, le plus difficile est la formation du staff et d'adapter un maximum les prix tout en travaillant avec des matières importées de première qualité.

 

 

Quels conseils donnes-tu à quelqu'un souhaitant se lancer dans l'aventure, pour monter un projet gastronomique dans un pays comme le Vietnam?

Je conseille vivement d'effectuer un premier séjour de reconnaissance, d'établir des contacts. Les connexions aux autres se font facilement et je recommande de tirer profits des expériences et des échecs des uns et des autres.

La gastronomie et toutes les activités qui gravitent autour, spécifiquement les activités artisanales comme la nôtre, sont des activités où il faut être passionné et ne pas compter ses heures. Vous pouvez comme moi ne pas avoir de lien à la base avec votre activité, mais je pense vraiment pallier mes lacunes grâce à ma passion.

Je conseille surtout d'avoir confiance en soi, et si le projet vous tient vraiment à c?ur : tentez votre chance !

 

 

Information Pratique
« Une Journée à Paris »
234 Lê Thánh Tôn, District 1

Tel: (08) 38 277 723

 

 

 

Propos recueillis par Nathalie Mulot (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 24 Juin 2016

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