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BORIS DUFOUR – "Nous n'avions pas du tout en tête de devenir DJ"

Par Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville | Publié le 25/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 26/10/2016 à 04:38

Boris Dufour, au Vietnam depuis bientôt 4 ans, est senior Merchandiser le jour et met le feu la nuit derrière les platines, avec David, sous le nom de ?Sweet B?. Il nous raconte ici son parcours, son arrivée au Vietnam et la formation de son duo qui met le feu à Saigon et ailleurs.

Lepetitjournal.com/Hochiminhville: Bonjour Boris, depuis combien de temps es-tu au Vietnam et qu'est ce qui t'amène ici ?

Boris Dufour : Je suis Boris, 27 ans, presque toutes mes dents, au Vietnam depuis 3 ans et demi (le "et demi" ça compte non ?).

Ce qui m'a amené ici, ce sont deux copains que j'ai rencontrés pendant mon Master à Bordeaux, ils sont venus au Vietnam pour un stage. A la fin de mon cursus ils m'ont dit "viens on est bien" et ils avaient raison !

 

Qu'est-ce qui a motivé ton expatriation ?

J'avais en fait déjà tracé et lancé mon plan de carrière en France et après ce premier passage à Saigon j'ai réalisé que je recherchais autre chose, pas forcément incompatible avec mes envies initiales, mais un autre chemin.

 

Le Vietnam est-il ton 1er pays d'expatriation ?

En ces termes oui. Sinon j'ai vécu 4 ans aux Antilles, en Martinique, mais j'étais tout petit et bien plus mignon qu'aujourd'hui.

 

Avant que nous ne parlions de musique, raconte-nous un peu de ton expérience ici au Vietnam.

L'implantation sociale s'est très bien passée, j'ai eu la chance d'avoir ces deux amis qui étaient là depuis plus de 6 mois déjà et ils m'ont présenté un peu tout le monde; je me suis senti à l'aise assez vite.

Côté professionnel, l'un d'eux était en train de faire ses armes dans le monde du recrutement et il m'a mis en contact avec des personnes clés des secteurs qui m'intéressaient. Ça n'a pas forcement marché comme je l'espérais, mais ça a marché quand même, donc oui j'ai eu également beaucoup de chance à ce niveau-là.

 

As-tu rencontré des difficultés ou des facilités auxquelles tu ne t'attendais pas ?

J'ai trouvé les gens très accessibles et ouverts, à vouloir partager et à s'intéresser facilement et simplement. Cela, autant au niveau privé qu'au niveau professionnel. J'ai eu quelques entretiens d'embauche où mes interlocuteurs me disaient : "je n'ai rien à te proposer, mais viens au bureau, on va discuter". Ce qui a finalement porté ses fruits plus tard. C'était une approche très différente de ce que j'avais pu vivre en France et cette accessibilité m'a fait beaucoup de bien.

Côté difficultés, la première a été la langue et malheureusement ça l'est toujours ! J'étais persuadé que mes bases de chinois allaient m'aider, mais ça s'est avéré plus complexe... ceci dit, je ne désespère pas !

Et niveau professionnel mon profil ne correspondait pas aux besoins à ce moment-là. Donc j'ai fait d'autres choses, je me suis improvisé photographe et j'ai monté une école de skateboard à l'Outcast ! Qui a tourné pendant environ 1 an. J'ai même donné des cours de français... ça a bien fait rire mes parents. Ça m'a permis de rester actif et ça m'a amené de nouvelles opportunités plus tard.

 

Dans quel domaine travailles-tu ?

Moi mon dada c'est la Supply Chain et aujourd'hui je travaille dans une entreprise qui fait du sourcing de produits non alimentaires pour la grande distribution.

 

Et la musique alors? Comment es-tu tombé dedans ?

J'ai navigué en fonction des périodes, j'ai eu mes parents qui m'ont mis dans la tête leurs classiques et qui sont maintenant mes madeleines de Proust. Ou mes années collège/lycée durant lesquelles j'ai fait un peu de trompette ou mes amis et ma passion pour le skate m'ont fait découvrir à la fois le Rap, le Hip Hop, la Dub, le Rock et l'électro-pop-a-mulet. Egalement mes années post bac où on a commencé à sortir en boite et à organiser nos soirées entre copains.... c'est là que j'ai découvert la fête.

Toute cette évolution a en fait souvent été menée par un de mes cousins qui a toujours poussé sa soif de découvertes sonores. De temps à autres, il partageait ses trouvailles en me glissant des CD de Rap français, de Reggae instrumental, de ska, de rock indé ou même de Nu métal en me disant "tiens écoute". Et l'un de ses derniers partages en date était une clé USB avec à l'intérieur plein de choses très diverses, dont certaines avec des consonances électroniques ou plus "deep" et là j'ai commencé à approfondir de mon côté.


L'idée d'être DJ t'es venue ici, ou était-ce déjà quelque chose que tu faisais avant ?

Ça s'est fait ici, avant que David n'arrive, mais nous n'avions pas du tout en tête de devenir DJ, nous étions un petit groupe de 4 copains à parler musique et à partager ce que nous avions dans nos lecteurs MP3. Un jour la petite amie d'un de mes acolytes, voulait organiser un défilé pour une marque de prêt à porter et nous a proposé d'enchaîner sa bande son. On ne savait pas utiliser les logiciels de Djing, on n'avait pas de matériel, on ne connaissait rien aux différentes techniques de mix...nous avions des idées, mais nous n'avions aucune idée de comment les mettre en pratique ! Alors, on a fait comme on a pu et finalement on a réussi à s'en sortir ! A partir de là on s'est penché sur le Djing. Puis David est arrivé, il nous a fait un petit stage condensé de ses 10 ans de mix sur vinyles et nous avons fait une date tous les 3 au désormais regretté Décibel. Date pour laquelle nous devions avoir un nom de scène : après quelques bières et un bon brainstorming, nous avions "Sweet Bananas" sur le bout de la langue, qui est devenu Sweet B un peu plus tard.

 

Parle-nous de la scène musicale saïgonnaise. Les DJ sont-ils nombreux ? Est-ce facile de se faire connaître et de s'y construire une place ?

A vrai dire, nous commençons à connaitre qu'un petit bout de la scène Saïgonnaise. C'est évidemment la partie dont nous nous sentons la plus proche musicalement, mais sur ce segment-là, j'ai le sentiment qu'il y a encore un peu d'espace pour tout le monde pour le moment. De notre côté, nous avons la chance de pouvoir jouer régulièrement dans des lieux que nous apprécions beaucoup, donc j'imagine qu'il y a encore de la place !

Après, est-ce que c'est facile de se faire connaitre...Je n'en sais pas grand-chose non plus ! Mais je suppose que ça dépend d'une identité générale, ou en fonction de ce que tu souhaites jouer, tu peux intéresser certains publics et donc certains établissements et événements. Il y a aussi probablement un côté relationnel, où j'ai l'impression que l'approche peut jouer un rôle important.

 

Comment avez-vous débuté et démarché les différents établissements ?

Le premier Bar que nous avons vraiment démarché était le Broma et ça n'a pas fonctionné tout de suite, car ils voulaient garder un concept de soirée payante à thème, où nous devions organiser toute la déco et pousser la communication. Une très bonne idée, mais chose dans laquelle nous ne voulions pas nous lancer tout de suite. Ah et aussi, ils ne voulaient pas de "Sweet Bananas". Du coup on a trouvé un compromis, pas sûr qu'ils aient vu la ruse...

Ensuite ça s'est fait au gré des opportunités, que ce soit soirées privées ou soirées en bar/clubs. Les gens qui nous ont entendu jouer, nous ont proposé de jouer pendant leurs soirées ou dans leur bar.

Sauf pour le Piu Piu ! On venait de finir de jouer au Broma et on s'y est redirigé pour un dernier verre. La police venait de passer, du coup, musique coupée et clients à la dérive. On a demandé si on pouvait jouer quelques morceaux en attendant la fermeture, ils nous ont laissé faire. A la fin ils nous ont demandé si on était dispo le vendredi d'après !

Sauf pour l'Observatory aussi ! On ne leur a jamais demandé de venir jouer car on voulait être prêts, et le jour où on a essayé de se lancer, ils nous ont en fait invités à passer derrière les platines. C'était la panique à bord ! Mais on a bossé notre truc et après quelques crises de panique et deux trois remises en question, on a réussi à se concentrer et à sortir quelque chose d'intéressant je crois.

Je sais que vous ne faites pas ça dans le but de gagner de l'argent, mais penses-tu qu'on puisse vivre de ça aujourd'hui à Saigon ?

Nous avons essayé d'évaluer cette possibilité et la réponse est "oui, ce serait possible", mais il faudrait que nous puissions jouer bien plus qu'aujourd'hui, ce qui nous amènerait à faire des compromis à la fois musicaux et en termes de style de vie. J'ai le sentiment que ça enlèverait un bon morceau du fun que nous avons en ce moment, et à force plus personne ne pourrait nous voir en peinture, mais tout peut basculer !


Un souvenir fort en tant que chauffeur de foule ?!

Beaucoup ! Tous très différents, des soirées privées, la première fois au Broma, au Piu Piu, ou encore à l'Observatory, l'anniversaire du Kokois, ou Saigonella, mais à n'en prendre qu'un, je dirais le diner en Blanc à côté du Zoo. C'est l'un des plus gros évènements auquel nous avons eu l'occasion de participer et l'un des plus beaux lieux dans lequel nous avons joué avec environ 500 personnes.

Le déroulement de la soirée était diffèrent de ce que nous avions l'habitude de faire et finalement on a réussi à aller chercher les danseurs et leur donner de quoi faire la fête. C'était très court, mais très intense.

Dans ces moments d'euphorie, on est très réactifs et perspicaces dans nos sélections, ce qui nous donne l'occasion de tenter différentes choses et de surprendre l'audience et lorsque ça fonctionne, on passe vraiment de bons moments.


Des projets futurs ? Où voyez-vous « Sweet B » dans 2-3 ans ?

A moyen terme, il va y avoir un festival à Mui Ne en fin d'année, nous aimerions bien pouvoir jouer là-bas ! Nous aimerions également découvrir la scène Hanoïenne, aller se confronter à ces nordistes qui ont l'air de bien aimer faire la fête aussi !

D'ici 2-3 ans...c'est loin ! Mais ça va venir vite ! On ne sera peut-être plus à Saigon! Nous voulons continuer, surement chacun de notre côté, car il y a peu de chance que nous soyons tous les deux au même endroit. Aujourd'hui l'univers dans lequel nous évoluons est idéal on arrive à faire tout ça simplement et surtout en prenant beaucoup de plaisir. En plus nous partageons cela avec Youss et Dimitri qui sont une belle source d'inspiration et de l'autre côté de la scène, il y a une belle bande de copains qui nous suit et nous soutient dans cette aventure. Demain si on doit le recréer ailleurs, chacun dans notre coin, ça n'aura pas la même saveur!

On verra, il y a un an on n'imaginait pas qu'on allait monter un festival (Saigonella), ni que nous serions demi-pensionnaires à l'Observatory, alors où serons-nous l'année prochaine ?...

Je vais laisser le temps décider pour moi, en tout cas on continuera à rire et à danser.

 

 

Suivez Sweet B dans leurs aventures sur leur page Facebook.

Et pour le bon son de Boris, c'est par ici!

 

Propos recueillis par Nathalie Mulot (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 26 Octobre 2016

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