Édition internationale

AFFICHES DE PROPAGANDE – Un succès surprenant au Vietnam

Écrit par Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 1 mars 2016

Pour les touristes étrangers en voyage au Vietnam, ces affiches imprimées sur du papier rustique vieilli constituent LE souvenir à ramener chez soi en lieu et place du traditionnel Nón (chapeau conique), souvent encombrant à transporter, ou des sachets de thé à l'artichaut de Dalat.

Phénomène doublement surprenant, ce type d'affiche rencontre également un succès certain chez les expatriés de plus longue date, qui veillent scrupuleusement à ne pas tomber dans les mêmes panneaux que les touristes de Bui Vien!

Colorées et originales, ces affiches comptent désormais parmi les produits les plus vendus dans les magasins de souvenirs du vieux quartier de Hanoi ou des alentours de Ben Thanh à Ho Chi Minh-Ville, mais également à Thao Dien, le repère des expatriés. Vous en trouverez même dans la zone internationale de l'aéroport pour les retardataires. Alors, quelles sont ces affiches et sont-elles acceptés par tous ?

La raison première de l'engouement pour ce produit, c'est leur caractère authentique. Imprimées sur du papier fait à base de bambou, grossièrement travaillées, ces affiches sont loin du Made In China en toc qui peuple les étals marchandes du monde entier.

Souvent, le choix des acquéreurs se porte sur les affiches dessinées avec un design rétro, qui correspond à la vogue du vintage en Europe et aux Etats-Unis.

Toutefois, il faut savoir que 99% des affiches disponibles à la vente sont des reproductions et non pas des originaux de l'époque de la guerre d'indépendance. Dans un article de 2010 consacré à ce sujet, un spécialiste de la question estimait à 2000 à 3000 le nombre d'affiches ayant traversé le temps. La valeur de chacune de ces affiches se situerait autour de 3000 Dollars. Une reproduction vaut entre 100.000 VND et 300.000 VND (pour les petits formats).

Quelle est la réaction des vietnamiens face à cet engouement?

Les marchands se félicitent de cette nouvelle niche, qui leur permet de vendre plus cher des objets aux touristes. Par ailleurs, les artisans qui reproduisent les affiches se frottent également les mains.

Pour les autres, ce phénomène est un peu étrange. En effet, ces affiches constituent encore un moyen privilégié de communication pour le gouvernement actuel (il y a encore en ville, des panneaux et des affiches de propagande). Afficher ce genre de posters chez soi reviendrait à encadrer dans son salon la dernière campagne de communication de la sécurité routière. Plutôt incongru.

De plus, la ?nation résiliente?, comme l'a baptisée Pierre Brocheux, ne s'embarrasse pas de souvenir et de commémoration et préfère regarder l'avenir. A quoi bon, dès lors, collectionner des symboles du passé?

Cet intérêt des occidentaux pour un des piliers de la culture communiste - qui s'exprime également sur les marchés moscovites ou des breloques de l'URSS sont en vente pour une poignée de Dollars - pourrait être interprété comme une soif de connaissance d'une monde et d'une idéologie qui, s'ils ne font pas forcément envie, ont le mérite de proposer un autre modèle que celui avec lequel ils ont grandi...

 

Voir l'ouvrage de Pierre Brocheux, Histoire du Vietnam contemporain, la nation résiliente, Fayard, Paris, 2011, 296 pages, 22 euros.

 

Thomas Rébusson (www.lepetitjournal.com/Hochiminhville) 1er mars 2016

Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville
Publié le 29 février 2016, mis à jour le 1 mars 2016
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