INSOLITE – An Bang ou la "cité des fantômes"

Par Lepetitjournal Ho Chi Minh Ville | Publié le 16/03/2016 à 23:00 | Mis à jour le 17/03/2016 à 02:14

Non loin de l'ancienne cité impériale de Hué, au Vietnam, un village de pêcheurs attise la curiosité. Surnommé la « cité des fantômes », An Bang a pour tradition de mieux traiter les morts que les vivants.

Le respect dû aux ancêtres est profondément ancré dans la société vietnamienne, peu importe la religion pratiquée. Cette tradition atteint véritablement son apothéose au sein de An Bang. Ce petit village de pêcheurs, vieux de plusieurs siècles, n'a pas été surnommé la « cité des fantômes » par hasard. Au fil des ans, des tombeaux somptueux, et souvent plus imposants que leur propre maison, envahissent le paysage. Et pour cause, « selon les traditions locales, une tombe plus haute donne une meilleure vue aux ancêtres », et par conséquent, apporte protection et bonne fortune aux vivants, confie Hoang Khang, un policier du village.

Cette tradition locale et l'opulence des ces sépultures trouvent notamment leur origine dans l'histoire de la dynastie Nguyen qui vécue dans la cité impériale de Hué, deux siècles auparavant. En admiration devant les tombeaux impériaux, les pêcheurs du village voisin se sont bâtis une réplique populaire de ce patrimoine de l'Unesco, offrant alors un repos plus que confortable à leurs défunts.

Ainsi, depuis les années 1990, les habitants se sont mis à investir massivement dans des demeures funéraires. Les familles de la « cité des fantômes » dépensent en moyenne l'équivalent de dizaines de milliers d'euros afin de sortir de terre de véritables créations mortuaires en l'honneur de leurs ancêtres. Cette tradition familiale invite tous les membres de même parenté à participer aux frais de construction. Un projet faramineux et quelque peu disproportionné quand on connait le salaire moyen de la région! Bien souvent, les familles sont dans l'obligation de faire appel à des proches installés à l'étranger et dont les salaires sont supérieurs au leur. « Ceux qui ont réussi à l'étranger envoient de l'argent au pays, lequel est investi dans la construction de tombes », explique le policier Khang.

Cimetière hors normes

Le cimetière s'étend aujourd'hui sur un peu plus de 250 hectares et offre une vue plongeante sur une plage de sable blanc. « Notre cimetière est unique ! », s'exclame Dang Thien, un pêcheur à la retraite. La demeure mortuaire de sa famille, ornée de sculptures de dragons, s'étend sur près de 400 m2 et culmine à plus de six mètres de hauteur. Cette folie des grandeurs a commencé en 1994 pour les Thien. Ils furent parmi les premiers à se lancer dans la rénovation et l'expansion du tombeau familial. « C'est une façon pour les enfants de montrer leur respect envers les ancêtres. Cela restera là pour l'éternité », confie le pêcheur de An Bang.

Et ils ne sont pas les seuls à vouloir perpétrer cette tradition plutôt atypique qui pourrait s'apparenter à la folie des grandeurs. Et pour cause, certains tombeaux de ce cimetière montent jusqu'à dix mètres de hauteur et sont décorés de créatures traditionnelles du Vietnam, telles que des dragons ou encore des tortues. Parfois, les habitants y intègrent même des motifs hindous, chrétiens ou islamiques. Ces tombes gigantesques sont une démonstration de puissance et de respect. Selon la légende, elles permettent aux ancêtres d'être plus clairvoyants, d'apporter chance et sécurité aux vivants en signe de gratitude.

Ces pratiques funéraires n'ont jamais été autorisées par la loi et selon Tinh un responsable local, « les autorités n'encouragent pas les tombes géantes » et incitent plutôt la population de An Bang à se modérer. Mais, faute de réussir à réfréner les ardeurs démesurées des villageois, les autorités ont baissé les bras et les tombeaux continuent de grandir. Et plus surprenant encore, certains vietnamiens commencent déjà à se lancer dans la construction de leur propre tombe !

 

Valérie Péré (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 17 Mars 2016

Crédit photos: lepetitjournal.com/Hochiminhville

0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Ho Chi Minh Ville !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition internationale