Vendredi 25 septembre 2020
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L’Allemagne va sanctionner le « Upskirting ». Elles témoignent

Par Valérie Keyser | Publié le 15/11/2019 à 15:15 | Mis à jour le 15/11/2019 à 17:09
Photo : © Pixabay
Interdiction Upskirting Allemagne loi

La curiosité est un vilain défaut comme le dit l’adage bien connu, d’autant plus si c’est pour regarder sous les jupes des filles. L’Allemagne a décidé de légiférer et sanctionner dorénavant les amateurs de clichés impudiques volés. Elodie, Vanessa et Kerstin, victimes de ce phénomène en recrudescence depuis l’avènement du Smartphone, se sont confiées à la rédaction du journal.


Une pratique restée longtemps impunie

En Allemagne, prendre une photo de l’entrejambe de ces dames à leur insu mais aussi la partager sur les réseaux sociaux va bientôt être une infraction passible d’une amende plus ou moins salée selon une annonce du gouvernement faite mercredi. Comment ? Ça ne l’était pas déjà ? Ben, non. En fait, la pratique appelée aussi « Upskirting » de l’anglais « sous la jupe » a déjà été interdite par une loi votée en Grande-Bretagne il y a quelques mois tandis que la France a pris les devants et sanctionne déjà l’acte jugé irrespectueux et intrusif depuis 2018. Nos amis allemands à la traine commencent à prendre le sujet au sérieux. Ouf, car jusqu’ici, les photos intimes volées devaient s’accompagner d’attouchements ou de harcèlement pour que cet agissement soit qualifié d’infraction pénale, et des peines lourdes voire des peines d’emprisonnement étaient infligées – depuis 2015 – lorsque la diffusion de clichés pouvait nuire gravement à la personne photographiée, indépendamment du phénomène de « Upskirting » que dénoncent pourtant de nombreuses victimes impuissantes depuis plusieurs années.

Comme l’a précisé Steffen Seibert, porte-parole du gouvernement allemand, « La production non autorisée d’images et de séquences filmées montrant des zones intimes d’autres personnes photographiées ou filmées sous des vêtements » va devenir punissable.

Mais couvrez donc ce sein que je ne saurais voir

« Mais couvrez donc ce sein que je ne saurais voir : par de pareils objets les âmes sont blessées et cela fait venir de coupables pensées… » écrivait déjà Molière dans son Tartuffe ! Et oui car ce n’est pas tout, si lorgner un décolleté plongeant en tente souvent plus d’un à l’instar du Tartuffe du célèbre comédien et dramaturge français du XVIIe siècle, dégainer son Smartphone et déclencher la prise de vue à l’insu de la pauvre victime dans l’espoir de garder une photo souvenir ou pire encore partager celle-ci sur la toile, risque vite de conduire les photographes professionnels ou amateurs derrière les barreaux. La ministre de la Justice Christine Lambrecht soutient de son côté que « Photographier une femme sous sa jupe ou dans son décolleté est une violation humiliante et injustifiable de sa vie privée ». De quoi rassurer notre Alice Schwarzer nationale ! (ndlr : une des féministes allemandes les plus connues).

 

Interdiction Upskirting Allemagne
© Pixabay

 

Elles témoignent

Elodie, Française arrivée à Heidelberg il y a 2 ans, pousse un soupir de soulagement. « Enfin une loi pour éviter les dérives. En ce qui me concerne, j’ai fait pas mal de soirées à mon arrivée en Allemagne avec mes copines de l’université. Je me souviens, lors d’une soirée dans un club de la ville, alors que nous dansions, un petit groupe d’hommes s’est joint à nous sur la piste. Nous avons continué à danser sans vraiment voir et se soucier de ce qui se passait autour de nous quand une de mes copines nous a crié, venez les filles on s’en va ! Deux d’entre eux nous filmaient en plaçant leurs Smartphones au niveau de nos jambes. J’avais envie de vomir. J'ai ressenti ça comme un viol. Nous sommes parties précipitamment sans prévenir les propriétaires du club de ce qui s’était passé ou appeler la police. Ils nous auraient peut-être ri au nez. Les clichés circulent peut-être à l’heure actuelle. J’espère que la nouvelle loi lorsqu’elle sera définitivement adoptée, aura un côté fortement dissuasif et que les personnes réfléchiront à deux fois avant de voler l’image d’autrui ».


Tandis que Vanessa, Française installée à Berlin depuis une dizaine d’années peine à cacher sa rage lorsqu’elle laisse s’échapper un « Il était temps ! ». Pour elle, la loi aurait due être votée beaucoup plus tôt. « J’ai été victime de « Upskirting » à plusieurs reprises dans le métro à l’heure de pointe. Les gars profitent en général que le wagon soit bondé et si on est serrés comme des sardines et qu’on est accrochés à la barre pour se tenir, il n’y a aucun moyen de vraiment réagir ni de comprendre tout de suite que quelqu’un a pris une photo de vos cuisses ». Et d"ajouter toujours furieuse « Il était vraiment temps que l’Allemagne sévisse et adopte une loi à l’instar de la France ou de l’Australie ! Il faut que ça cesse, ce geste peut paraitre anodin et faire rire certains mecs mais c’est loin d’être rigolo, c’est comme une agression sexuelle en public sans que personne ne réagisse, c’est notre dignité qui est bafouée, comme si on devait en tant que femme toujours se taire et subir ». « Je vais quand même pas me promener en jeans et col roulé à longueur d’année ! » conclue-t'elle.


Quant à Kerstin, Allemande basée à Munich depuis 22 ans, maman de deux adolescentes, elle se réjouit du projet de loi du gouvernement allemand mais selon elle, il ne résout qu’en partie le problème. « Aller prendre un bain de soleil dans un parc de Munich ou partir au bord de la mer en vacances est devenu un calvaire. J’ai grandi dans une petite ville à l’Est où le rapport au corps est très libre, nous allions à la plage naturiste avec mes parents. Nous n’avons jamais eu à nous soucier de savoir si quelqu’un allait nous prendre en photo à notre insu. Avec mes filles, c’est différent. Même si Munich dispose de nombreuses plages naturistes que, j'ose espérer, la plupart fréquente pour être en harmonie avec la nature, nous ne sommes pas à l'abri du voyeurisme malsain. Mais le plus grave, c'est que de nos jours les Smartphones sont partout et même si la loi prévoit des sanctions sévères, le fait de devoir vérifier en permanence autour de nous, cachées derrière nos lunettes, si personne ne nous a photographiées, gâche le plaisir de la détente. » s'indigne Kerstin dont l'avis est radical « Je tiens à protéger mes filles et ne voudrais pas qu’elles se retrouvent un jour sur un site porno malgré elles. On devrait carrément interdire les Smartphones sur les plages et dans de nombreux lieux publics ! ».

A bon entendeur ! Il ne reste plus qu’au Parlement allemand à convertir le projet en loi dès que celui-ci sera approuvé.

Valerie Keyser

Valérie Keyser

Rédactrice en chef à Lepetitjournal.com Allemagne, Valérie définit la ligne éditoriale locale et les sujets. Directrice des éditions Francfort et Heidelberg-Mannheim (2013 à 2019), cette passionnée de culture est aussi Guide interprète conférencière.
1 Commentaire (s)Réagir
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Maud Cambronne ven 15/11/2019 - 16:01

Comment ces gens-là ont-ils bien pu être élevés pour en arriver là? Sans doute dans ces familles (et ça n'existe pas que chez les salafistes) où toute nudité est bannie, même leur mère ils ne l'ont jamais vue nue, pas même dans la salle de bain, alors forcément, ça les travaille. Bon, ils veulent voir des vulves? Il y en a des milliers sur l'internet, en gros plan, bien cadrées, bien éclairées. Leurs photos floues, bougées, sombres? Même pas exploitables quand ils veulent se rincer l'oeil.

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