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Thanh Âm Xanh : bambou, musique traditionnelle et engagement humain

À travers ses concerts et ses projets dans le nord du Vietnam, le groupe Thanh Âm Xanh mêle musique traditionnelle, engagement environnemental et travail avec les communautés locales. Une initiative qui illustre une nouvelle manière de faire dialoguer culture et développement durable.

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Valoriser les cultures locales et l’environnement à travers la musique traditionnelle. C’est le défi que s’est lancé le groupe Thanh Âm Xanh Bamboobang. Le projet prend forme dès 2021, avec un premier concert organisé à Mù Cang Chải pour financer la plantation de milliers de bambous dans la région, marquant le début d’une initiative mêlant création artistique et engagement environnemental.

 

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Sâu Riêng aux côtés d’étudiantes de la région de Mù Cang Chải.

 

Le bambou, au cœur du projet, ne sert pas uniquement à reboiser les montagnes. Il est aussi transformé en instruments de musique, comme un violoncelle en bambou, intégrant directement cette démarche à la création artistique du groupe. Sur scène, les artistes, majoritairement féminines, remettent au goût du jour des instruments traditionnels vietnamiens comme le đàn tranh, le đàn bầu, le đàn nhị ou encore le đàn nguyệt. Les compositions s’ouvrent à des influences contemporaines, mêlant jazz, rock ou percussions modernes.

« Je crois qu’il y a un réel engouement de la jeunesse vietnamienne pour nos musiques traditionnelles. Elles deviennent souvent “trendy”, virales sur les réseaux sociaux », explique Sâu Riêng, membre du groupe.

 

Un projet environnemental

 

Dans les montagnes du nord du Vietnam, notamment à Mù Cang Chải, le collectif participe à la replantation de zones fragilisées par l’érosion et les aléas climatiques. Le bambou, choisi pour sa croissance rapide et sa capacité à stabiliser les sols, constitue un outil concret de restauration écologique. Après plusieurs tentatives infructueuses, les plantations commencent aujourd’hui à prendre. « Nous avons eu des nouvelles de Mu Cang Chai, le bambou que nous avons planté a grandi. Vous savez, avec la nature, on ne peut jamais être sûr », se réjouit Sâu Riêng.

 

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Un instrument en bambou.

 

Lors de leur premier concert sur place, une pluie soudaine interrompt la performance dans une région pourtant marquée par plusieurs mois de sécheresse. « Comme si nous avions prié pour la nature… et qu’elle avait répondu », raconte l’artiste. Les concerts organisés par le groupe permettent ainsi de financer une partie des plantations et de sensibiliser le public, transformant la scène en un véritable levier d’action.

 

 

 

Au-delà de la plantation, Thanh Âm Xanh contribue également à la mise en place de “forêts de subsistance”, destinées à générer des revenus durables pour les habitants. Le bambou y est utilisé pour fabriquer des objets du quotidien ou des produits locaux, participant à structurer une économie autour de cette ressource.

Sur place, les habitants sont associés aux initiatives, et certaines jeunes filles issues de communautés locales participent aux performances ou aux enregistrements. « Nous avons écrit une chanson qu’elles chantent. Nous avons découvert leur talent en venant leur enseigner la musique », explique l’artiste. Faute de studio, certaines sessions d’enregistrement se déroulent dans des lieux improvisés.

 

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« Nous avions amené tout notre matériel, mais pas de studio. Nous avons donc enregistré avec les jeunes chanteuses, sélectionnées dans leur école, dans un karaoké du village. C’était une expérience plutôt amusante. »

 

Semer des rêves

 

Le groupe se produit régulièrement à Hanoï, parfois aux côtés de jeunes artistes venues de Mù Cang Chải. Sâu Riêng évoque « beaucoup d’engouement ». Elle insiste sur l’importance de la transmission et des perspectives que ces projets peuvent ouvrir.

 

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« Nous voyons les jeunes filles Hmong grandir. Certaines échangent avec nous, et il y a beaucoup d’émotion. Elles pleurent quand nous partons, ou sont très heureuses de nous retrouver. »

Le groupe accompagne également les femmes dans la valorisation de leur artisanat, en les aidant à mieux faire connaître et commercialiser leurs productions, souvent réalisées à la main et transmises de génération en génération.

Dans certaines régions rurales, où les normes sociales peuvent différer de celles des grandes villes, ces échanges permettent parfois d’ouvrir de nouvelles perspectives. « Une jeune fille m’a raconté que l’une de ses camarades s’était mariée très tôt, à 13 ou 14 ans. Mais après notre arrivée et le projet, elle a découvert une autre manière de vivre. Elle souhaite poursuivre ses études, peut-être devenir enseignante. »

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