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Hélène CONWAY-MOURET, sénatrice :”Les Français ne sont pas des exilés”

Par Valérie Keyser | Publié le 18/05/2015 à 22:00 | Mis à jour le 08/05/2019 à 00:20
Photo : (Photo © Valérie Keyser lepetitjournal.com/francfort)
CONWAY MOURET CONSULE Sénatrice Francfort Français étranger

A l'occasion de sa venue en Allemagne pour une mission de quatre jours - à Berlin et Francfort - à la rencontre de compatriotes, Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français établis hors de France n'a pas chômé. Si la réforme du collège prévue pour la rentrée 2016 dans l'Hexagone - notamment la suppression des classes bilangues - était au coeur des préoccupations et inquiétudes des Français d'outre-Rhin, des discussions animées et échanges autour de l'activité professionnelle des femmes en Allemagne ont donné naissance à des groupes de travail en coopération avec le Consulat général de France à Francfort. Entretien avec le journal.
 

Lepetitjournal.com/francfort : vous êtes sénatrice des Français établis hors de France depuis mai 2014. En quoi consiste votre mission ?

Hélène Conway-Mouret : je suis membre de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. C'est le prolongement de ma mission de deux ans passés au ministère des Affaires étrangères entre 2012 et 2014, dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, liée à la sécurité face à la menace terroriste.

Je suis à l'écoute des compatriotes et m'assure de la qualité des services français à l'étranger qui sont une vitrine de la France dans le monde. Lorsque j'étais ministre déléguée chargée des Français de l'étranger je me suis intéressée aux droits des femmes. J'ai travaillé sur le dossier des mariages forcés, notamment en Afrique. Au Sénat je poursuis cette même mission. Je m'intéresse aussi à la place qu'occupent les femmes militaires par exemple, à la mise en avant des femmes résistantes.
 

Dans quelle partie du monde êtes-vous davantage présente ?

La communauté française dans le monde représente 1,630 million de Français dont plus de la moitié se trouve en Europe. J'ai beaucoup oeuvré à Tripoli et Bamako ces dernières années mais je me concentre dorénavant davantage sur l'Europe.


Qu'est-ce qui apparait selon vous primordial aux yeux des Français de l'étranger en général ?

Ce qui importe aux Français de l'étranger, c'est d'avoir une administration, une école pour les enfants, des associations pour se retrouver. Les principales associations comme l'UFE (l'Union des Français de l'étranger), Français du Monde, ADFE, les associations de parents d'élèves ou encore les accueils français et francophones à l'étranger jouent un rôle primordial d'aide, de conseil et de cohésion sociale. Aujourd'hui, avec l'ampleur des réseaux sociaux, bien souvent même avant de quitter la France, les jeunes s'inscrivent dans des groupes francophones sur internet, postent des demandes de colocations, cherchent des tuyaux pour mieux organiser leur départ. Le sentiment d'appartenir à une communauté même si elle est d'abord virtuelle est très important afin de vivre au mieux son expatriation. Et les Français ne sont pas des exilés qui ont fui leur pays mais qui ont fait le choix délibéré de s'installer ailleurs, souvent pour des raisons professionnelles ou familiales.


Après votre rencontre avec les Français d'Allemagne, quels vont être vos axes de réflexion ? Allez-vous mener de nouveaux chantiers ?

Une réflexion va être menée sur le travail des femmes en Allemagne. Car même si aujourd'hui, il y a de plus en plus de conjoints suiveurs, les femmes qui ont rejoint ou suivi leur compagnon à l'étranger restent majoritaires. Qu'ont-elles fait pour accéder au travail, à certains type de postes, ont-elles créé leur propre activité ? Ce sont toutes ces questions qui seront abordées lors de groupes de travail mis en place en coopération avec le Consulat général de France à Francfort. La politique familiale est aussi un sujet qui me préoccupe et dont il a été beaucoup question au cours des entretiens avec les Français. Elle varie d'un pays à un autre et entre la France et l'Allemagne, il existe de nombreuses différences comme le système de garde des enfants, le montant des allocations familiales. Les femmes que j'ai pu rencontrer en Allemagne ont en effet mentionné un retour au travail après un accouchement plus compliqué outre-Rhin qu'en France malgré les évolutions des dernières années, l'augmentation des infrastructures et le changement progressif des mentalités.


La réforme du collège et notamment la suppression des classes bilangues et des sections européennes à la rentrée 2016 a soulevé un tollé aussi bien en France qu'en Allemagne. Quelle est votre position par rapport au projet porté par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale ?

Le projet vise à renforcer l'enseignement des langues en introduisant une deuxième langue vivante dès la cinquième mais la suppression des classes bilangues et européennes est regrettable et risque de faire diminuer entre autres le nombre de germanistes. Cela va à l'encontre de ce que l'on attend du couple franco-allemand à la fois fort et faible car les vues des deux pays sont parfois divergentes. Par ailleurs, j'ai passé une journée avec les Jeunes Ambassadeurs de l'OFAJ (Office franco-allemand pour la Jeunesse) à Berlin qui font un travail formidable pour favoriser les échanges franco-allemands et sont le témoignage de l'importance de la connaissance de la langue et de la culture de l'autre. J'ai entendu lors de mes entretiens, l'émoi que ce projet suscite et j'ai écrit sur le champ à Madame Najat Vallaud-Belkacem pour lui faire part des inquiétudes des Français d'Allemagne à ce sujet.
 

A la demande du Premier ministre Manuel Valls, vous avez lancé un grand sondage fin 2014 visant à améliorer le retour en France des Français expatriés. Quelles conclusions tirez-vous des réponses reçues ?

Le sondage démarré en novembre 2014 qui s'achève en mai a connu un succès phénoménal. Nous avons reçu un très grand nombre de contributions - plus de 7000 réponses et 4000 témoignages. Je remets très prochainement le rapport au Premier ministre dans lequel je proposerai des solutions concrètes pour faciliter le retour des Français qui sont souvent perdus face à la quantité et à la complexité des démarches à entreprendre. Les préoccupations de ceux qui veulent retourner dans l'Hexagone portent essentiellement sur la scolarisation des enfants, l'accès au logement, les prestations sociales, la fiscalité voire la retraite... Parmi les nombreux témoignages reçus, je  citerais une phrase récurrente qui décrit bien le sentiment qu'éprouvent les Français ayant résidé longtemps à l'étranger et que le retour effraie un peu "On a l'impression de ne plus être Français". Il est donc essentiel de mettre tout en oeuvre pour que leur impatriation soit une réussite.


Il y a environ 2200 détenus français à l'étranger, la plupart pour trafic de stupéfiants. Intervenez-vous dans vos missions sur des cas comme par exemple celui de Serge Atlaoui emprisonné depuis dix ans en Indonésie et menacé d'exécution ?

Non, on ne peut pas aller contre la souveraineté des pays, cependant notre diplomatie française opposée à la peine de mort défend Serge Atlaoui et intervient à fond. Il faut croire à notre diplomatie sans ingérence dans les pays et si les médias s'en mêlent, les répercussions peuvent être dramatiques.


Vous avez me semble-t-il joué un rôle important lors de la mise en place de la première édition des Trophées des Français de l'étranger de lepetitjournal.com ?

Oui il y a trois ans, le fondateur du journal, Hervé Heyraud, m'a parlé de son projet d'organiser les Trophées des Français de l'Etranger. Il ne se sentait pas tout à fait prêt et disait qu'il avait encore besoin de temps. Je l'ai encouragé, j'ai soutenu l'initiative et lui ai dit "Non, c'est maintenant, on y va !" (rires). Nous avons mis le ministère des Affaires étrangères à disposition pour la cérémonie et chaque année depuis trois ans le Quai d'Orsay accueille au mois de mars l'événement qui met en avant des parcours exceptionnels de Français de l'étranger. J'organisais pour ma part "Femmes françaises du Monde" qui selon le même principe présente des profils de femmes françaises à l'étranger ayant réalisé des actions remarquables. A Madagascar notamment, une Française a ouvert il y a quelques années une maison pour les mamans adolescentes. C'est un projet très louable que j'ai souhaité faire sortir de l'ombre. Il est donc important qu'il existe des initiatives comme celles de lepetitjournal.com et que celles-ci soient soutenues pour montrer la force de la présence française à l'étranger et la créativité des ressortissants.


Enfin quels ont été les meilleurs moments dans votre parcours de ministre ou de sénatrice ?

Je reçois régulièrement des messages touchants comme celui-ci "J'ai lu votre biographie, vous m'inspirez et j'espère réussir comme vous". Je suis aussi très fière de la réforme des élus de proximité, c'est-à-dire les conseillers consulaires qui représentent les Français de l'étranger auprès des ambassades et des consulats et font un véritable travail de terrain dans des domaines liés à l'enseignement, la formation, l'emploi ou encore les aides sociales... C'est un projet de loi que j'ai porté en 2014 et qui porte aujourd'hui ses fruits. Je trouve aussi remarquable le travail accompli par notre député, Pierre-Yves Le Borgn', élu pour la 7e circonscription. Il est très impliqué que ce soit sur des sujets touchant à la retraite, la fiscalité ou encore l'enseignement.
Et en règle générale, je ne retiens que de bons moments à la rencontre et à l'écoute des Français dans le monde car pour faire ce que je fais il faut avant tout aimer les gens !

Valérie Keyser

Valérie Keyser

Directrice de Lepetitjournal.com à Francfort et Heidelberg-Mannheim (2013-2019) et Rédactrice en chef des 6 éditions Allemagne (juin 2019-décembre 2020), Valérie est aussi Guide interprète conférencière et professeur de Tandem.
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