Mercredi 28 octobre 2020

Tim, un autodidacte passionné à Dubai

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 17/10/2020 à 16:40 | Mis à jour le 19/10/2020 à 10:23
tim

C’est une rencontre un peu particulière, il m’arrive rarement de venir interviewer quelqu’un dont je ne sais absolument rien ! Et pourtant c’est un exercice très amusant : j’espère que vous, lecteurs, apprécierez aussi de découvrir Tim, son Dubaï et une fenêtre sur une façon toute personnelle de vivre l’expatriation entre puja traditionnelle et faucons au poing… je n’en dis pas plus et vous laisse venir écouter notre conversation !

 

Lepetitjournal.com/dubai : C’est presque une « blind interview », alors commençons par le commencement : Qu’est-ce que signifie vivre à Dubaï, pour vous ?

Tim : Ah, vaste question (rires) ! Ce qui me fascine de Dubaï c’est la masse de gens qui ont une opinion sur l’endroit sans jamais y avoir mis les pieds, ou même en y travaillant d’ailleurs, mais qui se contentent de prendre pour argent comptant les rumeurs, les clichés, les gros titres des journaux… et qui n’ont jamais la curiosité d’aller voir plus loin, d’aller s’intéresser à ce qui se passe au delà des façades. Du coup j’ai le sentiment de vivre ici une vie absolument normale tout en étant en dehors de la norme ou en tout cas du cliché de l’expat qui vit dans l’excès, les voitures super puissantes, les tours de 500 étages, etc. Moi je me situe à l’opposé : une maison avec un jardin, plein d’animaux et un contact quotidien avec la nature, le désert, le plein air. Alors qu’on trouve quand même encore des gens pour vous demander si à Dubaï on peut « sortir dehors » ou qui vous demandent s’il y a autre chose que des buildings et du sable… (rires)

 

Vous avez les pieds sur terre, dans tous les sens du terme finalement ?

Les pieds sur terre voilà, c’est exactement ça : mais ce n’est pas difficile, c’est juste une question d’envie, moi c’est ma nature en fait, et ce qui m’intéresse c’est d’être un peu prosélyte avec ça, de faire passer le message que Dubaï est une ville, les Emirats un pays comme un autre, habité d’être humains parfaitement normaux, comme nous, et que si on l’envisage comme ça, on a avec ce pays et les gens qui y vivent une relation toute différente. C’est juste une question de regard: pour moi Dubaï et tous ceux qui y vivent ce sont des êtres humains identiques à moi, et c’est une ville qu’on peut vivre avec tout le naturel du monde, en tout cas c’est comme ça que moi je la vis.

 

Dubaï est tout de même particulière, à quel moment vous vous y êtes senti chez vous ?

Après bien sûr il ne faut pas être naïf non plus, ce n’est pas un petit village de la Creuse (rires), c’est une mégalopole, tout va vite, ça tourne très vite autant pour monter que pour descendre d’ailleurs: et comme tout le monde mes deux premières années ici, je ne prends pas forcément les bonnes décisions, ni ne m’entoure des bonnes personnes, je monte des boîtes qui se cassent la figure… Mais je vais de l’avant. En tout cas il faut au moins une bonne année pour commencer à se sentir à l’aise, comprendre la ville et comprendre ce que j’aime le plus en elle, en prendre le meilleur et laisser le reste.

 

Et pour vous, qu’est-ce que c’est le meilleur de Dubaï ?

Le désert et la mer sans hésitation, c’est le dehors quoi ! Finalement je n’ai pas changé, je reste la même personne qu’en Europe où je me levais aussi à 6 heures du mat pour promener mes chiens, c’est juste le biotope qui a changé (rires).

tim le desert dubai

 

Vous aviez autant d’animaux en France qu’ici ?

Pas forcément les mêmes (rires), en France je suis un chasseur :

Je suis ce qu’on appelle un chasseur de nuisibles, c’est-à-dire que je pratique la chasse à l’ancienne, sans arme à feu, avec des chiens, un arc et un couteau et uniquement pour réguler une population d’un certain type d’animaux de telle sorte que l’équilibre du biotope, justement, soit maintenu. Voilà c’est un rapport à la terre, à la nature qui est direct, immédiat, solitaire. Et ici j’ai recréé la même chose, enfin je n’ai rien créé, c’est là, il suffit de sortir, d’être curieux. Il y a énormément à découvrir sur la nature des Émirats, et ce que je trouve dommage c’est que l’immense majorité des gens qui viennent ici non seulement ne le soupçonne même pas, mais n’ont aucune curiosité ou pire que des a priori à cet égard. Après je ne juge pas, toutes les vies sont bonnes à vivre et on ne peut pas forcer les gens à s’intéresser à la nature… mais si quelqu’un nous lit et d’un coup se dit “waow, vraiment? Je savais pas !” et que ça aura allumé sa curiosité, tant mieux!

 

Comment en êtes-vous arrivé à vous passionner pour le « grand dehors » de Dubaï, le désert ?

 

Ma porte d’entrée avec le désert et puis avec les Émiriens et les Bédouins ce sont les oiseaux, les faucons bien sûr. Quand des locaux m’ont vu à 5 heure du mat sur ma dune tout seul avec mon oiseaux ils sont direct venus me parler : forcément, on n’est pas beaucoup (rires), c’est intriguant pour eux un expat blanc, européen avec un faucon au bras… J’ai donc créé des liens très forts et intimes avec eux tout de suite. C’est ce qui m’a permis de découvrir le vrai désert, le grand vide, la grande beauté : rien à voir avec la pauvre dune qui cache péniblement un poteau et des détritus devant lesquels les tours operator vous font faire la photo souvenir…Le désert s’est autre chose : tellement de surprises, de grandeur, des wadis cachés, incroyables, des lumières…bref : il faut aller voir ! Bon pour les faucons il faut dire aussi que moi je ne boxe pas dans la même catégorie, car pour les Émiriens un faucon c’est pour faire de la vitesse, il importent à prix d’or leurs oiseaux de grands élevages Européens juste pour ça.

 

Les faucons Émiriens sont donc  ….anglais?

Oui le faucon est un oiseau migrateur donc les faucons sauvages descendent ici durant notre hiver, ils arrivent du Caucase, de l’Afghanistan, du Pakistan  - ils volent près de 1’500 kilomètres - mais en théorie ils repartent durant les grandes chaleurs. Les faucons d’élevage aujourd’hui voyagent en avion et sont gardés dans des locaux climatisés, mais le commerce de faucons lui, a toujours existé.

tim le désert dubai

 

Mais vous, vous ne collectionnez pas les oiseaux rares ?

 

Pas du tout : mes oiseaux sont des animaux récupérés, blessés ou malades, des rescue dont personne ne voulait. Ils sont perchés dans mon jardin et je les entraîne à la chasse, au leurre. Mais la différence est marginale, ce qui compte c’est qu’on a tous la même passion pour leur culture locale, pour les traditions bédouines, moi je suis absolument passionné par ça, par l’ouverture et la découverte des autres, quels qu’ils soient. Au fil des ans ici c’est vraiment ce qui me nourrit et me passionne: malheureusement je ne parle pas arabe mais je me débrouille en Hindi, mon équipe est indo-pakistanaise, je partage leurs repas à l’atelier, je suis ouvert à leur culture, c’est plus que de la tolérance : par exemple quand leur guru (attention ce n’est pas péjoratif) vient faire une puja pour bénir l’atelier je suis là, je ne les observe pas de l’extérieur, je participe, je prends part, c’est sincère. Quand le même guru m’offre une bague de protection, je la porte tous les jours. Je connais leur famille, leurs enfants, leurs histoires. Ce sont des gens que pendant 3 ans j’ai formé moi même, aux méthodes, aux bonnes pratiques, aux standards de qualité et encore aujourd’hui c’est moi qui vais dans l’atelier fabriquer avec eux les prototypes, les premiers essais de chaque projet je suis là.

 

Nous sommes dans les locaux de Workbench, votre atelier de menuiserie, vous fabriquez quel type de meubles ?

 

Je fabrique des meubles et des fittings pour des marques françaises de luxe, j’apporte un œil européen, un contrôle de qualité européen, et je circule beaucoup entre ici et l’Europe, je comprends ce que les marques recherchent et je comprends comment le transmettre à mes équipes. Je suis spécialisé dans la haute joaillerie du meuble, la boutique d’ultra luxe, tous mes matériaux sont importés et tout est fait sur place dans mon atelier.

 

Quel est votre parcours ?

 

Le mot qui me définit le mieux c’est une quête d’authenticité : je veux être le même chez moi, dans le désert avec mes animaux, à l’atelier ou en rdv clientèle. Ma porte est toujours ouverte pour les amis, les collaborateurs, les clients, « you see what you get » et vice versa. Je reste le même. Je suis un autodidacte à 100%, mon parcours c’est le mien, il est très personnel, pas vraiment standard… par exemple mon grand père - avec qui j’étais très en conflit jeune, qui était très attaché au fait que je fasse des études, que je rentre dans le moule… bon, comme vous le voyez c’est pas tout à fait ce que j’ai choisi (rires) et bien il a passé mon enfance à me parler du Moyen Orient, des Émirats, il travaillait ici il y a plus de 30 ans, pour les tout premiers duty free, dans un hangar … ça me paraissait absurde, fou, irréel. Et pourtant, aujourd’hui, bien forcé d’admettre qu’inconsciemment cela a du jouer un rôle dans ma vie, que ça m’a poussé à suivre ses traces, et bien sûr en débarquant j’ai appelé ses contacts, ses anciens collaborateurs et amis…

 

Finalement un chemin de traverse, mais tout tracé ?

 

Non, chemin tout de même fait d’apprentissages, d’expériences parfois intenses… comme celle du Louvre d’AD. On est là pour la première expo temporaire entre Jean Luc Martinez et Jean Nouvel, je travaille comme un fou, car c’est un projet fou… et un véritable enfer technique. Je dors sur place pendant près de 6 mois. Humainement c’est atroce, mes équipes enchaînent les shifts de 12 heures, moi je reste sur le pont, je dois briefer une équipe après l’autre car tout change tout le temps, je puise dans mes toutes dernières réserves, nous devons jouer avec mille contraintes techniques, des critères antisismiques, l’humidité, la chaleur… beaucoup d’argent engagé et la pression d’un chantier immense dont on sait, bien sûr, les implications et les répercussions. Je ne regrette rien, c’était une épreuve mais une épreuve géniale qui m’a indéniablement ouvert des portes et lancé le bouche à oreille. De toutes les façons je n’ai fonctionné que comme ça : vous ne me trouvez pas sur les réseaux sociaux, je ne fais pas de marketing. Je ne critique pas : ça fonctionne très bien, mais moi je préfère faire autrement. C’est plus lent mais ça me convient mieux.

 

Votre Dubaï c’est dehors, c’est aussi le sport ?

 

Oui je fais partie de la communauté des triathlètes de Dubaï, encore une chose qui est extraordinaire ici, c’est la pléthore d’activités et de jeux extra-scolaires ou extra-boulot ! Les infrastructures sont dingues et la communauté autour du vélo est super. Tous les samedi matin par exemple on a notre “social ride”, on va faire nos 40 ou 50 kil ensemble, on débriefe, on partage nos entraînements, on bavarde : c’est une autre communauté, un cercle en plus. C’est fou qu’une ville comme Dubaï ait fait le pari de ce sport et l’ait autant développé, et là encore, finalement peu de gens le savent… par exemple aujourd’hui on peut relier Jumeirah à la piste de Meydan à vélo, plus besoin de l’apporter là-bas en voiture, c’est génial !

 

C’est le vélo qui vous a poussé vers le triathlon?

 

Oui, sûrement, mais pas que… Disons que ça correspond à mon esprit frondeur. Dans ma vingtaine j’ai été très malade et on m’a dit que je ne pourrai jamais faire ce genre d’épreuve sportive, bref : évidemment du coup ça a fait “tilt” et je n’ai eu qu’une envie, faire mentir la prédiction et prouver que je pouvais y arriver (rires). Mon but c’est une ou deux courses par mois et le demi Ironman de février… on verra!

 

Votre Dubaï est comme vous, multiple, finalement?

 

Moi j’embarque mes enfants partout, ma famille c’est le centre de ma vie, nous sommes arrivés à trois avec ma femme et ma première fille, ma seconde fille est née ici et nous attendons notre troisième enfant, un petit garçon, pour bientôt. Je ne les ai jamais laissés à la maison, ni femme ni enfants : ils partent tous avec moi en expédition, dans le désert, on s’occupe de nos oiseaux et de nos chiens ensemble, c’est une vie de famille une fois encore où je ne cloisonne pas, où je ne divise pas « travail-loisir-maison », mais au contraire j’essaye de créer une synergie entre tous les pôles de ma vie…..Mon Dubaï ce n’est pas celui des clichés superficiels, mais c’est un Dubaï très réel, qui existe et qui vit, il est sous les yeux de tout le monde, même si finalement peu de gens le voient. J’ai envie de dire que c’est la vraie nature de Dubaï : le vivant, le vrai, le simple, l’espace, la nature, la famille. On se lève avant l’aube, on voit le lever de soleil sur les dunes, on revient, on est plus grand… On ne commence pas sa journée pareil. La vie est magnifique ici, si on sort de ce satané cliché. Si on sort tout court d’ailleurs (rires), faut juste sortir : de son quotidien, de ses a priori, de ses habitudes, de ses croyances, de son quartier… faut sortir (rires)!

 

tim le désert

 

Nous vous recommandons

0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

PORTRAIT

Laurent Rigaud, notre élu des français de l’étranger

Laurent Rigaud notre élu des français de l’étranger depuis 2014, qui participe à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription de l’Asie Centrale et du Moyen Orient, membre de la Comm

Lifestyle

Diner apéro avec le chef Pascal Tepper dans son dernier lieu

Le maître boulanger Pascal Tepper sera à Dubaï à l’occasion du lancement de sa nouvelle enseigne au Four Point by Sheraton et sera aux commandes d’un spécial diner « apéro » le mardi 27 octobre.