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PABLO DEL VAL Rencontre avec le directeur artistique d'Art Dubai

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 09/03/2019 à 18:04 | Mis à jour le 11/03/2019 à 04:33
Photo : Crédit : Amirah Tajdin
Pablo del Val Artistic Director of Art Dubai, Credit to Amirah Tajdin (9)

Aujourd’hui Le Petit Journal vous emmène derrière la scène d’une des plus importantes manifestations de la région MENA, à la rencontre de Pablo del Val, directeur artistique d’Art Dubaï. Auparavant directeur artistique de la foire internationale d'art contemporain mexicaine Zona Maco, Pablo a une expérience de plusieurs décennies en tant que gestionnaire culturel, conservateur et directeur de galeries d'art dans le monde entier. Art Dubaï, qui fête ses 11 ans, représente un moment toujours plus fort qui propulse Dubaï sur la scène internationale de l’art contemporain… mais pas seulement. Suivons notre guide privilégié, à la découverte du programme de cette année et de ce qu’il ne faudra pas rater

 

 

Lepetitjournal.com/dubaï - Depuis quand travaillez-vous pour Art Dubaï ?

 

Pablo del Val : Je suis arrivé en 2015, et j’ai pu observer la foire depuis 2016, ce qui est une position fantastique (celle d’observateur) pour apprendre vraiment comment fonctionne un évènement, et pour mieux appréhender les spécificités d’un pays et d’une région.

 

Qu’avez-vous tiré donc de cette expérience, avant de vous lancer ?

 

Je dirais que ma première conclusion porte sur le fait qu’Art Dubaï a un ADN très clair, très nettement défini. Depuis sa conception c’est une foire très internationale et globale, tout en étant un coup de projecteur sur une certaine zone géographique, sur une certaine famille d’artistes qui ne sont pas forcément très visibles autrement. Cette année, elle va rassembler 94 galeries et 43 nationalités, le signe indéniable d’une belle croissance !

 

Si vous deviez résumer « votre » Art Dubaï, ce que vous avez voulu apporter à cette édition ?

 

Disons que si je devais avoir une intention générale ce serait de rendre la foire plus lisible aux visiteurs, de rendre son intention justement, plus claire, plus évidente. Et puis de s’intéresser à la notion de “Global South” (le Sud global), cette nouvelle épistémologie de ce que l’on appelait autrefois les pays en développement, et qui s’est affranchi non seulement de cette étiquette post coloniale, mais également de ses frontières géographiques stricto sensu. Il existe aujourd’hui un Sud global qui ne se définit pas uniquement par la distribution des richesses, mais qui existe également dans l’hémisphère Nord à travers des communautés migrantes, des foyers politiques et artistiques. Il s’agit d’ouvrir le public les uns aux autres, d’essayer de traduire, de transmettre, avec une attention particulière pour les connaissances qui, historiquement, auraient été «perdues» ou rendues marginales par un ethnocentrisme européen et une tradition judéo chrétienne, de faire profiter tous et toutes de cette plateforme ouverte sur une nouvelle économie mondiale de l’art et des savoirs.

 

Qu’est-ce qui dans le programme de cette année vous tient particulièrement à cœur ?

 

Art Dubaï entretient des liens étroits avec la communauté française et francophone depuis sa création, à tous les niveaux, tant du côté du public, des acheteurs (enthousiastes et passionnés) que des curateurs. Par exemple cette année, j’adore notre projet Bawwaba : sous la houlette de la commissaire franco-camerounaise Élise Atangana, il s’agit d’une nouvelle section de galeries, créée spécifiquement pour mettre en valeur le questionnement sur la notion de Sud global dont nous parlions plus haut. Bawwaba vient du mot arabe «passerelle», et y seront proposés 10 présentations d'artistes (en solo) originaires ou basés au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie centrale, mais également originaires d’Amérique latine et du Sud. Leurs travaux aborderont des thèmes tels que la migration globale, les structures socio-économiques et la notion d’identité. Un programme de conférences est spécifiquement dédié à ce projet, afin une fois encore de mieux guider le public vers une expérience plus profonde et plus intime de ce que la Foire a à proposer.

 

Et puis il y a aussi UAE NOW (les EAU maintenant), une exposition - qui s’accompagne de performances, de conférences, de récitals de poésie…- organisée par Munira Al Sayegh, cette exposition a pour but de vous guider à travers les plates-formes indépendantes gérées par des artistes locaux et qui ne bénéficient d’aucun financement gouvernemental, c’est un coup de projecteur dans les fibres même du tissu artistique des Emirats. UAE NOW souligne le rôle crucial de ces organisations qui ne sont ni une vitrine officielle ni soumises aux tensions du marché de l’art (au sens commercial) et leur place dans ce paysage en constante évolution, soulignant l’importante contribution des plates-formes locales et du monde artistique souterrain à la création de nouveaux modes de pensée, de théories et de mouvements artistiques. Les plates-formes participantes incluent Bait 15, le collectif Banat, Jaffat el Aqlam, le PAC (Public Art Collective) et Daftar Asfar.

 

Est-ce que la section des modernes sera de nouveau représentée ?

 

Oui, la section des modernes revient aussi avec le Art Dubaï Modern Symposium qui accompagne le Art Dubaï Modern, la section de la foire qui présente des maîtres du XXe siècle de la région MENASA. Sous le titre de "pôles culturels du modernisme", le symposium de cette année va chercher à cartographier les changements et les tendances culturelles lancées par la modernité dans quatre villes clés du Moyen-Orient et de l'Asie du Sud au cours du XXe siècle - Bagdad, Beyrouth, Dakar et Lahore - dans un nouveau format de «masterclass» de 60 minutes : à ne pas rater ! Par exemple vous aurez la chance de pouvoir écouter Dr Nada Shabout, professeure et présidente fondatrice de l'Association pour l'art moderne et contemporain du monde arabe, d'Iran et de Turquie, qui présentera « Performing Modernity: Bagdad du milieu du XXe siècle Siècle »; M. Iftikhar Dadi, professeur et codirecteur de l’Institut de comparaison des modernités, présente «L’art moderne à Lahore»; Elvira Dyangani Ose, Directrice de The Showroom, Londres, donnera une conférence sur Dakar, et Catherine David, directrice adjointe du Musée national d'art moderne du Centre Georges Pompidou, qui animera une masterclass sur Beyrouth.

 

C’est une foire au fond vraiment centrée sur les expériences multiples que vous offrez au visiteur ?

 

Pour moi la foire est à l’image de Dubaï : elle connecte une foule immense faite de mille communautés différentes, de 200 nationalités qui vivent en harmonie, et je souhaite que chaque visiteur puisse en faire une expérience la plus satisfaisante bien sûr mais surtout la plus globale et complète que possible, que chacun puisse naviguer avec plaisir et enthousiasme à travers tous ces endroits, ces expériences, ces artistes, que chacun s’y sente comme immergé totalement dans tout ce qui fait l’aujourd’hui, la modernité de la scène artistique de la région…. Et donc pour que cette immersion fonctionne et avoir le temps de tout faire, il faudra venir, et revenir, et revenir encore bien sûr (rires) !

 

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