Vendredi 3 juillet 2020

Marc Descrozaille, confiant dans le futur de l’hôtellerie à Dubaï

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 13/06/2020 à 18:00 | Mis à jour le 28/06/2020 à 22:42
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Aujourd’hui nous retrouvons Marc Descrozaille, le Chef des Opérations pour le Moyen Orient pour le groupe hôtelier Accor,  que nous avions rencontré à l’occasion de son partenariat auprès des Trophées des Français à l’étranger. Il a bien voulu nous consacrer un peu de temps pour répondre à nos questions sur la situation actuelle de l’industrie hôtelière et sa vision de l’avenir post-pandémie d’une profession économiquement et socialement cruciale à la région.

 

 

Lepetitjournal.com/ dubaï : La question qu’on ne peut pas éluder : comment l’industrie hôtelière de la région fait-elle face à la crise du Corona ?

 

Marc Descrozaille : Ici c’est compliqué dans le sens où notre clientèle est extrêmement dépendante du tourisme en avion, que ce soit le Moyen Orient, le Golfe ou l’Afrique. Mais ce n’est pas le cas ailleurs, où nous avons une très grosse part de clientèle locale. Donc nous attendons la reprise du trafic aérien effectif.

 

Comment appliquez-vous cette fameuse règle sanitaire des 30% d’occupation?

 

Nous sommes bien conscients que tout le monde aujourd’hui rêve d’aller prendre l’air et de sortir de ses quatre murs, tout en étant inquiet des risques éventuels : et la fameuse « staycation » n’a jamais semblé aussi attractive ni aussi risquée ! Mais justement, pour qu’on puisse le faire en se sentant en sécurité nous appliquons effectivement très strictement la règle des 30% de capacité dans tous les espaces communs. Ce qui veut dire bien sûr aussi une stricte limitation de la capacité de l’hôtel en terme de chambres : il est irréaliste et dangereux d’imaginer remplir les chambres et pouvoir gérer le flux des clients à 30% seulement dans les espaces publics. C’est pourquoi nous n’avons pas dépassé les 60% d’occupation des hôtels, et c’est une discipline qui a été mise en place de façon privée par le groupe Accor. Nous avons repris le slogan d’ « Accor Live Limitless » (A.L.L), et avons mis en avant avec le même acronyme les règles du « ALL SAFE », et ce au niveau mondial. Pour ce faire nous avons lancé un partenariat avec le groupe Bureau Veritas qui a labellisé toutes les normes de sécurité et d’hygiène pour de meilleurs pratiques. Nous avons aussi mis en place avec nos assurances AXA une ligne de soutien téléphonique d’urgence en cas de besoin, disponible auprès de tous nos clients, afin de leur fournir un soutien médical sur place.

 

Le groupe Accor s’est aussi engagé durant la pandémie auprès des soignants et des plus vulnérables ?

 

Oui nous avons proposé des hébergements aux soignants en France bien entendu, mais aussi ailleurs dans le monde, environ une soixantaine d’hôtels en tout ont été mis à contribution. Nous nous sommes aussi engagés sur le plan social auprès des populations encore fragilisées par l’épidémie comme les SDF et en particulier les femmes battues auxquels nous avons proposé des chambres de refuge. Ici dans la région du Golfe une dizaine d’établissements ont été réquisitionnés pour loger les personnes en quarantaine, de retour de l’étranger ou ayant testé positif mais asymptomatiques.

 

Quelle est votre vision de l’après Corona ?

 

On se doit d’être positif et d’aller de l’avant. Moi je crois en l’énergie très forte de cette région et dans leur business model fondé sur une réactivité et une ouverture hors du commun. Au delà de Dubaï, je pense que le voyage, l’échange est au cœur de l’être humain, c’est ce qui nous définit. Et que Dubaï a une carte à jouer importante. À mes yeux les critiques et les clichés de Dubaï « l’artificielle » et la « stérile » sont vraiment le fait de personnes qui ne connaissent absolument pas la région.  Moi j’y vois au contraire un leadership extrêmement rigoureux et proactif, et une volonté d’ouverture manifeste.

 

Vous connaissez bien le Moyen-Orient donc ?

 

Je suis arrivé il y a plus de dix ans pour un autre grand groupe hôtelier, Hilton, puis je suis passé par l’Afrique du Sud et je suis revenu il y a 3 ans. C’est une région que j’aime beaucoup car elle est très stimulante, hyper dynamique, entre l’Afrique et le Moyen Orient sur environ 31 pays nous cumulons 300 hôtels, de plein de marques différentes et sommes impliqués dans beaucoup de secteurs autour du tourisme.

 

Qu’en est il des rumeurs de saturation et de crise hôtelière ?

 

C’est un serpent de mer qui revient souvent, et typiquement à Dubaï, mais la réalité est que la croissance de ce secteur est hallucinante, et ce que Dubaï a réussi à faire en se renouvelant à ce rythme constant et rapide est assez invraisemblable. La clientèle est toujours surprise en arrivant et toujours encline à revenir en sachant qu’il y aura toujours quelque chose à découvrir. Il faut savoir qu’en temps normal le taux moyen d’occupation des hôtels autour du monde tourne à environ 60%. À Dubaï on est autour de 76%,  oui c’est assez flagrant : Dubaï est nettement au dessus. C’est pour cela que j’ai confiance : même si nous allons traverser une année très dure avec les conséquences inévitables de la pandémie : il va falloir traverser les mois qui viennent en faisant preuve d’un maximum d’humanité et de souplesse pour survivre, mais nous nous relèverons rapidement, j’en suis convaincu. J’étais là en 2008, et je sais de quoi Dubaï et les Emirats sont capables en termes de crise et de résilience, j’ai toute confiance dans leur capacité à rebondir.

 

Aujourd’hui le  marché hôtelier est très diversifié et on trouve même des hôtels à petit budget, comment l’expliquez-vous ?

 

Tout simplement par une maturation naturelle du marché, le très haut de gamme était un choix conscient du début mais il n’a pas suffi, il faut faire fonctionner tout un écosystème qui est assez large au fond, et une clientèle toujours plus importante qui provient du sous continent Indien et Asiatique : beaucoup de destinations sont à moins de 6 heures de vol et beaucoup de personnes viennent donc à Dubaï sans pour autant que ce soit une destination de voyage exceptionnelle placée sous le signe du grand luxe. Il y a des réunions familiales, des voyages de travail, des voyages étudiants, des familles à petit et moyen budget…

 

Quels sont vos projets en cours ?

 

Nous avons énormément de nouveaux hôtels en construction – ce qui répond aussi à votre question sur les craintes de saturation : on en est loin. Aujourd’hui sur la zone Afrique et Moyen Orient nous avons 117 hôtels en cours, dont  seulement quelques uns ont eu leur ouverture reportée à l’année prochaine en raison des retards imposés par la pandémie.

 

Est-ce que l’un de ceux-ci qui vous tient à cœur ?

 

Absolument : Le Sofitel Dubai Wafi qui va ouvrir au Wafi Mall de Dubaï, dans une tour en forme d’obélisque, c’est un projet pharaonique dans tous les sens du terme (rires). Il faut d’abord savoir que je suis moi même un passionné d’histoire et d’Egyptologie et il se trouve que le propriétaire est aussi un égyptologue aguerri… donc nous nous sommes vraiment trouvés d’accord sur ce projet et ce qui a été prévu en terme de décoration est extraordinaire, on se croirait à Louxor ! Contrairement à ce que les gens peuvent imaginer en passant devant les parois gravées de hiéroglyphes, ces derniers ont été exécutés par des artistes tailleurs de pierres et spécialistes venus directement d’Egypte… Ce sont donc de vrais hiéroglyphes fidèles à une tradition artistique plurimillénaire, et pas juste un décor artificiel gribouillé au hasard ! À l’intérieur nous avons aussi une immense statue de faucon égyptienne, un clin d’oeil bien entendu au symbole des Emirats. Oui j’ai hâte de le voir terminé, il sera indéniablement spectaculaire et unique en son genre.

 

Peu à peu la vie reprend son cours et la ville s’ouvre a nouveau, qu’est-ce que vous avez hâte de retrouver, « votre Dubaï », ce qui vous a le plus manqué ?

 

Sans hésiter la plage tous les jours ! Se ressourcer face à la mer c’est un plaisir absolu, d’autant plus en sortant d’une mégapole super active, très entrepreneuriale. C’est cet équilibre qui fait de Dubaï une ville aussi fascinante, ce contraste entre une indéniable sensation de vacances, à peine sort-on de bureaux qui fonctionnent à 100 à l’heure.

 

 

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