La députée Amélia Lakrafi partante pour un second mandat 

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 25/04/2022 à 15:36 | Mis à jour le 26/04/2022 à 12:38
Amélia Lakrafi

Amélia Lakrafi est élue depuis 2017 en tant que députée de la dixième circonscription des Français établis hors de France (Moyen-Orient, Afrique centrale, australe et de l’Est, Océan indien). C’est une femme politique, membre de La République En Marche, et qui porte plusieurs casquettes : experte en sécurité informatique, passionnée par les personnes qu’elle rencontre et l’impact social des actions qu’elle entreprend : elle a été aussi entrepreneure à la tête de plusieurs structures et ONG, et présidente de Doctorium, un institut qui vise à la promotion et l'insertion des docteurs et doctorants en entreprise, avec des succès concrets à la clef. Nous avons eu la chance de passer un moment avec une jeune femme chaleureuse, ouverte, engagée, sur qui la fatigue d’un poste très exigeant semble glisser, enthousiaste de sa visite aux Emirats où elle a enchaîné de nombreuses et fructueuses rencontres aussi bien auprès des écoles françaises que des autorités locales et de notre communauté. 

 

Lepetitjournal.com/dubai : Qu’est-ce qui vous a amenée à entrer en politique ?

 

Amélia Lakrafi : Alors vous n’êtes pas la seule à me poser cette question on me l'a beaucoup posée et je répondais systématiquement…  « Jamais de la vie je ne ferai de la politique ! » (rire). Mes amis qui étaient déjà entrés en politique, je voyais leur vie et je me trouvais très loin de tout ça.

Je ne me suis jamais intéressée aux personnes politiques, je trouvais qu’ils ne me représentaient pas du tout. En 2010, après 9 ans d’expérience comme salariée du privé, j’ai monté une entreprise de financement de la recherche et dépôt de brevet français et européen; en 2014 j’ai monté ma seconde société dans le domaine de la cybersécurité et avant cela j'ai lancé 3 ONG en Afrique de l'Ouest, où je passais l'essentiel de mon temps. Dans ma tête j'attendais que ma fille ait le bac pour m'y installer définitivement en 2017. Comme je travaillais dans l’écosystème de la French Tech avec ma 2ème boîte, j'ai commencé à m’intéresser à Emmanuel Macron qui, à l'époque était ministre de l’économie. Je trouvais qu'il n'était pas comme les autres, disons qu’il se démarquait de la classe politique qui n’avait jamais su m’intéresser justement. Ce qui m'a interpellé c'est quand l'opposition disait des choses justes ou utiles, il répondait tout de suite « c'est un angle mort que je n’ai pas vu, on va s'y intéresser et travailler ensemble ». C’est ce côté “intelligence pragmatique” qui m’a plu. Après, quand je vous dis que je ne me suis jamais intéressée à la politique, ce n'est pas tout à fait vrai. Je ne me suis jamais intéressée aux hommes et aux femmes politiques mais quelque part j'avais la politique en moi. Par exemple, j'ai toujours été déléguée de classe et pour moi être déléguée des français à l'étranger c'est un peu pareil (rire)…. D'ailleurs quand je rencontre des élèves et que je leur demande « pourquoi êtes-vous délégués ? » en général ils me donnent la même réponse que moi : “je suis déléguée parce que je veux me sentir utile” : Voilà, pour moi c'est pareil, entrer en politique c’est vouloir être utile. Je représente 150 000 français (enregistrés dans les consulats mais sans estimés en réalité à 300 000) dans 49 pays et si je le fais c'est pour la même raison, pour me sentir utile auprès de mes compatriotes, donc oui c'est dans ce sens-là que je me sens politique, mais à la fin c'est davantage une sensibilité « sociale » qu'une passion politique. J'ai toujours voulu donner de mon temps et partager mes capacités pour aider.



Comment avez-vous réussi à combiner cette implication dans l’aide sociale et une carrière très remplie ? 

 

Ce besoin d'aider et d'être impliquée concrètement auprès des gens s'est exprimé de plusieurs façons toute ma vie : par exemple, quand j'étais plus jeune, je faisais des maraudes auprès des SDF (ce que je continue encore à faire aujourd’hui), et puis j'ai participé aussi à un rallye VTT au Maroc - entre parenthèses je n'ai jamais autant souffert de ma vie d'ailleurs parce que je n'avais pas du tout le niveau physique mais je l’ai fait quand même ! -  et en voyant la détresse de certains enfants dans les villages de l'arrière-pays, dans les montagnes de l’Atlas, des gamins pieds nus qui ne demandaient pas d'argent ni à manger, mais des stylos... Alors ces stylos, comment vous dire, ça m'a profondément marqué et j'ai organisé des opérations de collectes. J'ai aussi participé à des caravanes médicales: on allait à Abidjan par exemple où on rencontrait des gens qui n'avaient jamais vu d'infirmière. On voyait des jeunes qui vendaient des cacahuètes au carrefour des rues, mais ils étaient tous diplômés ! Ils avaient bac +5, +6 mais ne trouvaient pas de travail. Du coup, avec des amis avocats, comptables, ministres… nous avons organisé des campagnes pour pousser ces jeunes à venir nous présenter leur business plan. L'idée c'est qu’on recevait peut être 300 propositions, pour n’en garder que 50;  et ensuite ces 50 jeunes-là devaient suivre un programme de formation où ils rencontraient des experts et on les aidait à monter leur boîte et à la faire tourner. Contrairement aux idées reçues, justement ce n’est pas tant l'idée qui compte -  à l'INPI il y a des centaines de brevets qui prennent la poussière -  ce qui importe c'est comment vous allez gérer votre boîte, commercialiser votre idée, et ça c'est quelque chose que je peux transmettre… Finalement, je passais de plus en plus de temps à faire du bénévolat et j’avais de moins en moins de temps pour autre chose!

 

Qu’est ce qui s’est passé pour vous faire sauter le pas?

 

Un beau jour mon téléphone sonne et on me dit « On nous a parlé de toi » … A l’époque, j'étais cheffe d'entreprise avec des employés plus âgés que moi et moi ça m'a étonnée que l’on me tutoie au téléphone, je tenais au vouvoiement: je suis donc surprise. J'ai encore 38 ans à ce moment-là, je suis à la tête de 3 ONG, 2 entreprises, commandant de réserve à la cyberdéfense… Sur le papier je peux comprendre que mon profil puisse intéresser. Pourquoi commandant de réserve ? C'est encore toujours le même principe : il fallait que je me sente utile surtout après les attentats, je voulais participer à la défense de mon pays, mais je n’allais pas d'un coup devenir militaire; alors je me suis dit « qu'est-ce que je peux faire, où est mon expertise et comment est-ce que je peux rendre à la France le service qu'elle m'a rendu ? » C’est pour cela que je me suis engagée : avoir le sentiment de faire ma part, de défendre mon pays. Bref : suite à ce même coup de fil je parle pendant 2h, c'est intéressant, et le 8 mars je regarde la vidéo du président Macron avec un appel aux femmes très solennel, et ça résonne vraiment en moi parce que je sais que nous souffrons toutes du syndrome de l’imposteur ainsi que d’autocensure :  11% des CV reçus seulement sont des CV de femmes, alors ce message me touche, je me suis sentie concernée. À cela s'ajoute le fait que moi qui ai bénéficié de l'école de la République, de l'égalité des chances, j’ai profondément envie de rendre ce que j’ai reçu. Je suis arrivée du Maroc, j’avais deux ans, ma mère était analphabète, nous étions 6 frères et sœurs, et si je n'avais pas eu accès à cette école-là, à cette excellence culturelle, à ce pays-là… je ne sais pas ce que je serais devenue, mais quelque chose de tout à fait différent certainement.

Pour moi mon engagement politique c'est avant toute chose cela : rendre à la France ce qu'elle m'a donné

 

Donc voilà pour moi, de répondre à ce coup de fil, d’envoyer mon CV c'est en quelque sorte un acte patriotique et le discours de Macron me touche par sa sincérité. En mai, la même personne me rappelle et me dit « voilà tu as été investie » oui, très bien… mais je ne sais même pas ce que ça veut dire (rire) ! En fait, cela veut dire tout simplement que je vais désormais faire campagne pour être élue députée LREM. Comme je ne viens pas du sérail, je me lance et j’apprends tout sur le tas. Comme pour tous mes projets, je me suis entourée d’une équipe efficace et très organisée, avec un rétro-planning très détaillé comme pour un projet d'entreprise! Je suis très perfectionniste, donc je m’en sors grâce à une équipe formidable, et je me prends au jeu : cela me passionne !

 

Qu’est-ce que vous aimez dans ce rôle de députée ?

 

Ce que j'apprécie c'est que ce que j'arrive à faire voter à Paris est appliqué ici. J'arrive à changer les choses et les mentalités… Par exemple, j'arrive aussi à changer l'impression que les gens ont en général des Français de l'étranger : non ce ne sont pas tous des CSP++, et oui le rayonnement ou la croissance de la France sont aussi dus à ces Français installés hors de nos frontières ! Et puis les lois que je parviens à faire changer, à faire passer c’est un impact direct, concret, sur des familles : par exemple la prise en charge financière, sans condition de ressource, d’un accompagnant de l’élève en situation de handicap (AESH). Tous les établissements proposent un accompagnement au plus étroit des élèves concernés dans la mesure de leurs possibilités, de leur offre éducative et des réalités locales. J’aimerais travailler aussi sur la formation des AESH…C'est un exemple concret de l'effet de mon travail, et pour moi c'est très important pour ça de faire des déplacements en circonscription, d'être accessible, et de faire mon métier en étant présente sur le terrain. 

 

Qu’avez-vous apprécié lors de cette visite aux Emirats ?

 

À mes yeux le point d’orgue de ce séjour aux Emirats, ce sont mes visites des écoles françaises et la rencontre de mes concitoyens et des associations locales. J’ai aussi invité l’ensemble des établissements de notre réseau de lycées français à participer à une table ronde sur les enjeux liés à l’accueil des élèves à besoins particuliers. La totalité d’entre eux ont accepté de venir y partager leur expérience et je peux témoigner de leur engagement et de leur volontarisme pour proposer un accueil adapté à ces enfants. J’ai adoré ce déplacement et y ai fait des rencontres passionnantes.


 

Comment se déroule votre quotidien ?

 

Disons que sur un mois, pendant 3 semaines je suis présente à l'Assemblée nationale et puis le reste du mois je suis en déplacement sur le terrain. Donc effectivement ça me fait des mois très pleins mais pour moi c'est important, je n'envisageais pas mon mandat autrement. Il s’agit vraiment d'aller du micro au macro; si je peux aller visiter un projet comme ceux de l’AFD par exemple pendant mes voyages je le fais, si je peux rencontrer des chercheurs, des entrepreneurs, des lycées français, des associations je le fais…. Mais je rencontre aussi des familles et des gens comme vous et moi pendant mes permanences parlementaires. Il y a certes un protocole qu'il faut respecter, je fais ainsi attention à rencontrer lors de mes déplacements tous les conseillers des Français de l’étranger, qui sont 66 dans les 49 pays de ma circonscription, nos agents des postes diplomatiques. Mais tout le monde peut venir me rencontrer, peu importe le penchant politique. On ne le dit pas assez : ce n’est pas parce que vous n'avez pas voté LREM que je ne vais pas vous écouter et ne pas m'occuper de vous, vraiment ça n'a rien à voir ! Encore une fois, mon moteur politique, c'est ma fibre sociale. Par ailleurs, étant en faveur du rapprochement entre la France et les pays de ma circonscription, je fais aussi en sorte de créer des liens avec les députés et sénateurs de ces pays dans le cadre de la diplomatie parlementaire.

 

Qu'est-ce que vous avez aimé le plus dans votre mandat qu'est-ce que vous en retirez aujourd’hui ?

 

Pour moi ce sont les rencontres, les amitiés, les gens incroyables que j'ai croisés ici ou ailleurs. J’espère que ces amitiés seront pérennes et que tous ces projets incroyables verront le jour ! Je m’efforce de faire connaître ces profils intéressants dans ma lettre d’information mensuelle, dans cette rubrique que j’adore « les Français ont du talent » ! Et puis la première année bien sûr c'est toujours difficile, on apprend tout seul sur le terrain et c'est dommage d'ailleurs j'aimerais que l'on donne à chacun des élus une sorte de vade-mecum ou un guide de comment faire campagne et comment exercer au mieux notre fonction. Il n'y a pas de profil type pour les élus, ça va de 25 à 75 ans, tous les métiers, tous les profils sont représentés donc le spectre est hyper large et c'est très bien comme ça. Mais pour exercer un mandat au mieux il faut connaître les institutions, il faut avoir des notions de droit…. Je pense qu’il faudrait redéfinir notre rôle, nous aider à nous former pour être efficaces plus rapidement... Bien sûr je serais partante pour recommencer ! Cela dépendra du président élu, mais oui je serais partante !

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