Mardi 22 juin 2021

Butheina nous présente le Cinéma Akil et le festival Francofilm 2021

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 27/02/2021 à 16:40 | Mis à jour le 03/03/2021 à 18:53
Butheina Kazim akil cinema

Le cinéma Akil pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas encore, c’est cet oasis caché dans Alserkal Avenue, une salle de cinéma pleine de charme, décorée de bric et de broc, entre affiches anciennes et canapés profonds, une sorte de cinéma d’art et d’essai réinventé, qui accueille de nombreux festivals, débats et rencontres. Un lieu vraiment unique créé par et pour la communauté, autour de l’amour profond du cinéma, des histoires que l’on raconte et que l’on partage. Un lieu d’échanges culturels vécus dans la simplicité en goûtant le chaï délicieux du Project Chaiwallah, ou au travers de débats pointus sur le 7e art ou le sens de la vie. Souvenez-vous de Cinema Paradiso, et des vieilles salles de votre enfance, où l’on allait en bande et où l’on refaisait le monde autour d’un café en sortant de la séance ? Akil est un peu de tout cela et plus encore, écoutons sa co-fondatrice Butheina Kazim nous le présenter.

 

 

Lepetitjournal.com/dubaï : Comment le projet Akil a-t-il démarré ? Que vouliez-vous apporter à Dubaï ?

 

Butheina Kazim : Nous avons débuté il y a 6 ans avec des évènements qui se rattachaient à différents types de manifestation, nous n’avions pas un cinéma au sens propre mais plutôt des projections itinérantes à travers la ville. Pour moi le cinéma est avant toute chose un moyen de démarrer une conversation, largement autant qu’une façon de faire ou de célébrer une forme artistique. Nous ne voulions pas répliquer de modèle, même si nous sommes proches de ce qui en Europe entrerait dans la catégorie « salles d’art et d’essai ». Nous voulions vraiment construire quelque chose qui soit spécifique à la vie culturelle, au tissu social des Émirats. À mes yeux le cinéma est une des formes d’expression les plus démocratiques qui soient, les plus accessibles. Il nous permet de pénétrer dans n’importe quelle réalité, aussi « autre » soit-elle, et d’échapper par là même à la nôtre. La vie de Dubaï peut être autant trépidante qu’isolante. Oui on peut rencontrer des centaines de personnes, mais le rythme de travail ici est facilement frénétique et il est difficile de prendre le temps de vraiment aller à la rencontre des personnes autour de nous : c’est-à-dire d’écouter leur histoire,  le tissu narratif qui leur est propre.

 

Vous avez donc eu pour projet de créer une communauté finalement, un lieu d’échange autant que de cinéma ?

 

90% du cinéma de Dubaï est un cinéma de production de masse, que l’on qualifie de populaire, des gros succès produits par de grosses maisons de production. Et il n’y a rien de mal à ça : je n’aime pas hiérarchiser les formes de film. Mais Akil est là aussi pour que les gens puissent y retrouver leur propres histoires, et s’il a une mission c’est de gommer la frontière entre le cinéma (populaire ou non) considéré comme international, mondial et le cinéma dit « régional ». C’est une autre distinction qui pour moi n’a pas lieu d’être. Tous les cinémas devraient engendrer le même niveau de curiosité, et de reconnaissance. Dubaï était l’endroit parfait pour lancer un tel projet, proposer un cinéma où les spectateurs ne seraient pas que des consommateurs passifs. C’est pour ça que nous avons débuté en nous associant à des lieus ou des évènements communautaires. Nos premières projections ici à Alserkal se sont faites dans les entrepôts d’une des premières galeries (Third Line), environ 70 « sièges » (rires) qui étaient en fait des sacs poufs posés par terre, plus un ciné club qu’autre chose à vrai dire ! Mais la magie a opéré, le public a accroché, nous avons montré des films d’Hitchcock comme de Satyajit Ray, en proposant volontairement un panel le plus large possible, et l’expérience a fonctionné. Nous avons depuis fais beaucoup d’essais, et tenté beaucoup de formules…

 

Jusqu'à vous installer dans vos murs, ici au Warehouse 68 ?

 

L’installation dans ces murs a été à l’image de ce qu’est Akil: nous avons dû beaucoup improviser et le résultat est très loin de ce que nous avions imaginé… mais c’est sans doute pour le mieux ! Par exemple lorsqu’on nous a donné la concession des murs, une des conditions était que nous ne devions utiliser aucun clou (rires) ! Lorsque nous avons débuté nous ne pouvions pas signaler notre présence par un panneau publicitaire, ce qui a donné à l’endroit un côté secret, il fallait connaître l’adresse, se la transmettre entre amis… Et aujourd’hui Akil dégage ce sentiment assez unique et spécial sans doute aussi à cause ou en raison des contraintes que nous avons dû traverser. Un lieu qui est très vrai, brut, sans artifice, et en même temps (je l’espère) très chaleureux, dans lequel on se sent confortable, accueilli comme à la maison… mais en mieux : car il apporte l’échange.

cinéma akil
photo @Farel Bisotto

 

Que pensez-vous avoir apporté à Dubaï après toutes ces années ?

 

Enfin disons que je ne me considère pas arrivée non plus. Je ne considère pas que ce soit la fin d’une boucle ou que nous soyons « arrivés » quelque part, que ce soit la fin du voyage. Oui c’est vrai que nous ne sommes plus une structure 100% nomade avec des sacs posés par terre mais je pense que nous sommes encore riches de plein de projets, et pour être honnête… je ne sais pas encore lesquels ! Le fait est que nous avons réussi à tracer notre route malgré toutes les cacophonies de critiques et de doutes. Nous avons parié avant toute chose sur la communauté, et vraiment nous n’avons pas été déçus. Bien entendu au début tout le monde ne nous parlait que des obstacles : la censure, le manque d’intérêt, le manque de tradition, de culture. Mais nous avons au contraire fait le pari de la curiosité, du lien social, de l’appétit pour d’autres medias culturels. Nous avons mis à défi l’idée qu’il n’existe qu’une seule forme de narration, qu’une seule forme de cinéma. Et la communauté autour d’Akil a vraiment répondu en montrant ses vraies couleurs : généreuse, audacieuse, vive, impliquée. La découvrir fut un vrai don en soi.

 

Quelle est l’histoire derrière vos festivals nationaux : Le Soudan, La Corée, Alternativo Latino, Arab Films (AFAC) entre autres, et le festival autour des films francophones : FrancoFilm ?

 

Et bien l’idée est de gagner la confiance des gens, de les amener doucement vers des films qu’ils n’auraient pas forcément imaginé aimer. Les sortir - avec délicatesse - de leur zone de confort. Mais pour accomplir cela il faut gagner leur confiance. Et leur offrir la possibilité de venir assister à des projections de films qui ont une forte résonnance intime, qui se rattachent profondément à leur histoire, leur culture nationale, aux souvenirs de leurs pays d’origine… c’est un bon moyen. Et puis cela nous permet de défier de façon subtile la signification de certains termes, de certaines étiquettes. Par exemple, un film français ne doit pas forcement être du Truffaut. Nous avons une image mentale du « cinéma français » fait d’héritage, de culture, et c ‘est très bien. Et nous montrons cela aussi (par exemple avec notre rétrospective Agnès Varda, avec des films iconiques comme les Demoiselles de Rochefort) mais il y a aussi autre chose comme Les Misérables, ou comme Mustang : un film turc, présenté par la France aux Oscars. Ce que nous voulons montrer c’est le cinéma tel qu’il est aujourd’hui, pas un ambassadeur idéalisé, fait de clichés anciens. Le cinéma devrait être la vie telle qu’on la vit, l’histoire de la vie elle-même, avec tout ce qu’elle a de laid et de beau. Le FrancoFilm Festival a démarré bien avant nous, mais au début il existait dans des cinémas, des malls et se concentrait plus sur les succès de l’année. Ce que nous avons voulu faire c’est élargir le débat : par exemple nous avons travaillé sur un festival Franco Arabe, ou Cinéma Africain pour parler de la francophonie et de la production dans les pays arabes, pour discuter la façon dont ces co-productions sont mises en place, quel dialogue les anime. Nous avons toujours eu le soutien de l’Ambassade de France, et le cinéma français est au cœur des programmations Akil, le Festival Franco film fait partie de cette relation étroite que nous entretenons aussi avec l’Institut Français : cet été par exemple quand tout Dubaï semblait coincé ici à cause des restrictions dues à la pandémie nous avons proposé des voyages culturels immobiles au travers du cinéma, nous avions trois séries de ces « voyages » en Italie, en France et en Allemagne. Bien sûr il est impossible de couvrir l’entièreté de la production cinématographique contemporaine, choisir ces angles, ces expériences, c’est enrichissant.

cinema Akil
photo @Farel Bisotto

 

Cette année le FrancoFilm suivra-t-il une thématique particulière ?

 

Le Festival FrancoFilm 2021 se déroulera du 5 au 11 mars. L'édition de cette année fait directement écho aux objectifs de développement durable de l'agenda 2030 de l'ONU, et explore les moyens de développer un avenir plus responsable et de sensibiliser le public sur des sujets qui sont essentiels à un monde durable. Nous ouvrirons par la première régionale de Rouge (2020), un thriller écologique de Farid Bentoumi suivi d'un débat via Zoom avec le réalisateur.

 

Si vous aviez un conseil à donner aux cinéphiles, leur donner envie de venir expérimenter avec vous au cinéma Akil ?

 

Laissez derrière vous ce que vous pensez savoir, venez, essayez et vivez l’expérience de l’altérité à fond et librement !

 

Festival FrancoFilm du 5 au 11 mars 2021

 

AKIL CINEMA, WAREHOUSE 68, ALSERKAL AVENUE

tellme@cinemaakil.com

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