Ali Camille Hojeij & Sandra Gorayeb : l’enseignement au cœur de leur projet

Par La Rédaction | Publié le 17/05/2022 à 16:07 | Mis à jour le 24/05/2022 à 15:26
Ali Hojeij legislatives

Dans la perspective des prochaines élections législatives (à partir du 27 mai en ligne, 5 et 19 juin 2022 dans les urnes), lepetitjournal.com est allé à la rencontre des candidats dans chaque circonscription des Français de l’étranger.

Ali Camille Hojeij et sa suppléante Sandra Gorayeb, sont candidats à la 10ème circonscription pour Renouveau Utile et ont répondu à nos questions. 

 

Pourquoi avez-vous souhaité vous présenter aux prochaines élections législatives ?

Permettez-moi tout d’abord de saluer la mémoire de Son Altesse Cheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan. Le monde perd un illustre visionnaire. Je félicite également l’élection de Son Altesse Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan à la présidence des Émirats arabes unis.

S’agissant de votre question, il y a consensus sur le diagnostic : les Français de l’étranger sont en grande partie traités comme des Français à part, plutôt que comme des Français à part entière. C’est pourtant à travers eux que la France rayonne dans les pays où ils sont établis.

J’observe par ailleurs, en particulier sur le continent africain, qu’un ressentiment antifrançais croît. On a vu ce que cela a par exemple donné en Centrafrique, où je suis né, et plus récemment au Mali et au Tchad. Je refuse tout esprit de démission.

Il y a donc souvent entre ce que nos compatriotes sèment, et ce qu’ils récoltent, un fossé béant, que j’impute au déficit de représentativité d’une partie de nos élus : c’est pour contribuer à le combler que j’ai décidé il y a plusieurs mois de me présenter au suffrage de mes compatriotes établis au Moyen-Orient, en Afrique et dans l’Océan indien.

 

Quel est votre rapport avec cette circonscription ?

Je suis franco-libanais. Je suis né et j’ai longtemps vécu en Afrique. Mon métier d’avocat me conduit en outre régulièrement à Dubaï, à Beyrouth et sur le continent africain.

Ma suppléante, Sandra Gorayeb, est par ailleurs franco-gabonaise, d’origine libanaise. Elle vit depuis toujours au Gabon, où elle est cheffe d’entreprises : nous sommes donc tous les deux des produits du territoire de la 10ème circonscription.

Je rappelle qu’il n’existe de députés des Français de l’étranger que depuis 2012, à la suite d’une réforme tant attendue, qui a été mise en œuvre sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Je l’approuve pleinement dans son principe.

C’est sur la manière de « découper le monde » que je suis un peu plus réservé, et la dixième circonscription permet de comprendre pourquoi : sous prétexte d’atteindre un équilibre démographique d’un peu plus de 100 000 Français immatriculés dans les consulats, nous avons regroupé les électeurs établis dans 49 pays distincts, parfois très éloignés les uns des autres (Ghana-Oman ou Syrie-Afrique du Sud par exemple), sans cohérence territoriale évidente.

En Afrique, le Maghreb et une partie de l’Afrique de l’Ouest relève d’une circonscription distincte.

 

En quoi votre parcours est-il marqué par les préoccupations des Français de l'étranger ?

J’ai effectué l’essentiel de ma scolarité dans des lycées français en Afrique :  je suis un enfant du réseau AEFE. J’en connais les forces et les faiblesses. C’est pourquoi je place l’enseignement au cœur de mon projet, et qu’il était essentiel pour moi de m’entourer de talents qui ont fait leur preuve en la matière, sans rien attendre de l’État.

C’est le cas de Sandra, qui est passionnée d’éducation. Au cours de son mandat de Conseillère des Français de l’étranger, Sandra a en effet créé bénévolement une école élémentaire à Port-Gentil, au Gabon, apportant une réponse concrète au manque d’accessibilité de l’éducation, avec un financement levé auprès des entreprises localement implantées.

Comment voyez-vous le mandat de député ?

La députée sortante a brillé par son manque d’assiduité à l’Assemblée. Sur le terrain, les Français ne la connaissent pas. Et pour cause : elle a été particulièrement absente, sauf en période électorale. Sa méconnaissance des pays de la circonscription et son manque d’ancrage socioculturel ne l’ont pas aidé, et 5 ans de plus n’y changeront rien.

Je souhaite pour ma part être un élu assidu à l’Assemblée, et à portée d’engueulade en circonscription. C’est à mes yeux la vocation de tout élu au suffrage universel direct.

Je privilégierai donc avec Sandra la rencontre, à travers les élus de proximité, avec nos compatriotes, qu’il faut rassembler, car les problématiques qu’ils rencontrent au quotidien ne sont ni de gauche ni de droite : je veux être l’avocat bénévole de leurs causes.

Pour le reste, j’ai développé pendant ma campagne une certaine conception de la diplomatie parlementaire. Je renvoie vos lecteurs au plaidoyer paru dans Jeune Afrique sur le sujet.

 

Quels sont, selon vous, les défis qui attendent les Français de votre circonscription ?

Le « quoiqu’il en coûte » n’a pratiquement pas concerné les Français de l’étranger.

Le budget 2023 sera voté à la rentrée. Ce sera celui d’une économie de guerre. Je redoute que le désengagement budgétaire de l’État sur notre circonscription ne s’aggrave à cette occasion.

Songez par exemple que, s’agissant de nos entrepreneurs de l’étranger, à qui la France doit tant, ils ont été purement et simplement écartés du puissant dispositif de prêts garantis par l’État dont les entreprises de l’Hexagone ont bénéficié, tirant prétexte du fait qu’ils ne paient pas d’impôts en France. Le blocage était évidemment politique !

Or, d’un côté Bercy considère que les Français de l’étranger sont des déserteurs, qui auraient fui la France pour des raisons suspectes. De l’autre, nos compatriotes de l’étranger ne portent pas de gilets jaunes, ne bloquent pas de ronds-points, ne manifestent pas. Les difficultés et les injustices, y compris en matière d’éducation, de santé, et de fiscalité, ne sont donc pas visibles pour être suffisamment prises en compte au plan budgétaire.

Dans ces conditions, le budget se votant au Parlement, le plus grand des défis me paraît être celui de la représentativité à l’Assemblée qui, en cas de désaccord avec le Sénat, a le dernier mot.

Comment est organisée votre campagne et qui sont vos soutiens ?

J’étais au Havre dès le lancement du parti Horizons par notre ancien Premier Ministre Édouard Philippe : je soutiens donc, dans son sillage, la majorité présidentielle.

Je suis néanmoins candidat indépendant car je souhaite proposer aux Français de la circonscription un autre choix au sein de la majorité présidentielle.

Pour couvrir un territoire aussi vaste que 49 pays, Sandra et moi fonctionnons en parfait tandem. Nous nous déplaçons ensemble dans certains pays, comme le Gabon et le Liban en avril dernier. D’autres déplacements se font de manière séparée, mais coordonnée. C’est par exemple le cas du Rwanda, de l’Île Maurice et de l’Afrique du Sud pour Sandra, de Madagascar et des Émirats pour ma part.

Nous sommes soutenus par des Français qui entendent se sentir représentés par des candidats qui, par leurs parcours, leur ressemblent. Car c’est ainsi que nous pourrons nous rassembler et porter utilement le combat.

 

Quels sont les axes de travail que vous souhaitez mener à bien si vous êtes élu ?

Une élection sans le confort d’une étiquette politique adresserait un puissant signal de soutien exigeant au Président de la République : elle serait à la fois l’expression d’un rejet des parachutages et de l’absentéisme, ainsi que l’adhésion à un projet politique exigeant, instruit par l’expérience du terrain, mais compatible avec la majorité présidentielle.

Ma première priorité sera donc d’abord d’obtenir une juste part d’efforts budgétaires qui permette de rendre à nos compatriotes de l’étranger tout ce qu’ils apportent à la France.

Ces efforts doivent d’abord être orientés vers l’enseignement, mais ne concernent pas les écoles dites « d’entreprise », qui sont en autofinancement, et donc à l’abri des restrictions de Bercy.

Bercy oblige en revanche à la réduction du nombre de détachés, et menace l’équilibre du réseau AEFE.

Si mes compatriotes me font confiance, je souhaite obtenir des efforts budgétaires pour :

  • accroître le détachement d’enseignants titulaires résidents, dont la rémunération est à coût partagé entre l’AEFE et l’établissement employeur ;
  • financer la mise en place de centres régionaux de formations diplômantes pour les recrutés locaux (TNR), qui contractent directement avec l’établissement employeur, et dont le nombre est appelé à augmenter dans un contexte de fin des résidents à recrutement différé.

Je souhaite en outre que pour l’attribution de bourses scolaires le critère du patrimoine (mobilier comme immobilier) soit purement et simplement supprimé, et que le quotient maximum d’accès aux bourses scolaires soit revalorisé à hauteur de 30 000 € : les classes moyennes sont la colonne vertébrale de notre démocratie.

La sécurité ne sera pas en reste : je propose la nomination par le Ministère de la Justice d’un magistrat de liaison chargé de faciliter la coopération judiciaire entre notre pays et plusieurs pays de la circonscription, notamment dans l’Océan indien. Il ne doit pas y avoir de fatalité à l’explosion de l’insécurité.

Voter pour nous le 5 juin prochain, c’est donc à la fois sanctionner l’inaction de la députée sortante, et confier un mandat puissant à des candidats compatibles avec la majorité présidentielle.

 

 

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