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Charo Cardenas-Seck - Femme Courage

Par Béatrice Bernier-Barbé | Publié le 05/06/2018 à 18:00 | Mis à jour le 05/06/2018 à 19:52
Photo : Stéphane Tourné
Charo Cardenas-Seck - Femme Courage

Charo est boliviano-française. Elle vit à Dakar depuis plus de 16 ans.

C'est dans le Sud de la France qu'elle tombe amoureuse du Sénégal.

À l'époque, elle travaille aux côtés d'associations locales et côtoie un grand nombre d'antillais et d'africains, notamment des sénégalais et sénégalaises qui lui parlent avec Amour du pays de la Téranga.

Durant deux années consécutives, elle vient passer ses vacances à Dakar et décide finalement de s'y installer, dans le quartier de Cambérène.

 

Aider l'autre est mon chemin de vie

Que faîtes-vous dans la vie ?

 

J'aide les autres ! ( répond Charo dans un éclat de rire qui résonne longtemps dans la pièce ) C'est ce que j'ai fait toute ma vie, au final. Déjà petite, je grandissais au sein d'une famille qui aidait beaucoup la population. En Bolivie, il existe une association qui s'appelle La jeunesse de Saint Antoine. Le 23 juin, jour de la fête de St Antoine de Padoue, nous allions à l'église et nous revenions avec de la nourriture et des vêtements. Nous les lavions et recousions ceux qui avaient besoin d'un coup de neuf. Puis, nous les redistribuions aux plus démunis. J'ai grandi dans cette ambiance. Aider l'autre est mon chemin de vie.

Quand je vivais en France, à Toulon, j'étais bénévole pour le Samu Social et le Secours Populaire. Ces missions m'ont beaucoup marqué auprès des sans domiciles fixes. C'est à ce moment de la vie que j'ai compris que ma mission sur cette terre était d'aider les autres.

 

 Charo Cardenas

 

Vous savez, je ne suis pas venue ici pour m'enrichir mais pour donner, de mon temps et de mon énergie

Vous êtes membre ou fondatrice d'une association au Sénégal ?

 

Je suis membre bénévole d'une association sénégalaise à but non lucratif qui s'appelle L'école à l'hôpital et qui est présente dans quatre hôpitaux sur le territoire. L'objectif de cette association est axé sur les apprentissages scolaires comme l'alphabétisation.

Mais ce que je fais, il faut bien le dissocier de l'association l'école à l'hôpital.

Pour ma part, et en dehors de cette association, je m'occupe des enfants hospitalisés pour maladies graves, comme le cancer ou la leucémie.  

Vous savez, je ne suis pas venue ici pour m'enrichir mais pour donner, de mon temps et de mon énergie. Attention, je ne jette pas la pierre aux associations locales qui œuvrent au mieux-vivre de la population. Je dis juste que le "mode association" n'est pas mon mode de fonctionnement. Tout ce que je collecte, je le redonne. Je ne stocke et ne garde rien. Tout est redistribué.

 Je mets un mouchoir sur mon orgueil et je tape à toutes les portes

En quoi consiste votre combat ?

 

Je passe ma vie à chercher des aides soit matérielles, soit financières, des produits de première nécessité pour les enfants et les adolescents de l'hôpital Le Dantec de Dakar. Cet hôpital ne dispose pas de grands moyens et il accueille les enfants du Sénégal et de la sous-région (Casamance, Gambie, Mauritanie, Sierra Leone, Guinée Conakry), atteints de cancer et de leucémie, souvent à des stades très avancés. Heureusement, la structure dispose de médecins et d'aides-soignants extraordinaires. Il faut savoir que le nombre de cas infantile de cancer recensé au Sénégal s'élève à 600 par an environs. Il n'y a pas de temps à perdre et l'urgence est omniprésente pour ces enfants.

La première fois que je me suis rendue sur place, il y a 16 ans, je me suis dit : "Comment arriver à joindre les deux bouts ?" Et c'est là que j'ai décidé de faire moi-même la Sécurité Sociale !

Je mets un mouchoir sur mon orgueil et je tape à toutes les portes. Certains me procurent des couvertures, des draps, des serviettes de toilettes, des vêtements. D'autres, comme Imodsen, par exemple, accepte de me faire des prix pour que les enfants puissent passer certains examens radiologiques à coût réduit. Le Personnel de certaines structures médicales et ambassades m'aide à récupérer des biens de première nécessité comme des serviettes de bain, des vêtements... Je demande, je vais partout demander de l'aide pour eux. Grâce aux dons, j'ai pu habillé 250 enfants hospitalisés dans différents services de Le Dantec, cette année.

Je sais que cela représente une goutte d'eau dans l'océan par rapport à tout ce qu'il reste à faire, et qu'il y a des gens qui font bien plus que moi, mais je me dis que tous ensembles, en donnant tous un peu, nous pouvons y arriver ! Cette idée est l'un des éléments moteur qui me donne la force de continuer chaque jour que Dieu fait.

 Charo CardenasMaudo est un petit garçon, qui, grâce à Charo, a pu bénéficier d'un œil de verre, d'où son message ci-dessus qu'il lui a adressé.

Je me souviens de chacun, de chacune, ceux qui sont partis, et ceux qui ont été sauvés

Qu'est-ce qui vous motive et vous permet de continuer ce combat contre le cancer ?

 

Les enfants et leur famille bien-sûr !

Souvent, lorsque les enfants arrivent de la sous-région, le cancer est à un stade déjà très avancé. Les médecins n'ont pas d'autre choix que de procéder à l'amputation d'un membre, souvent d'une jambe. Par la suite, pour pouvoir remarcher, ils ont besoin d'une prothèse.

Il faut savoir qu'une prothèse coûte 1 Million de francs cfa. Quand vous avez une famille à nourrir, que vous gagnez 30.000 ou 50.000 francs par mois et qu'un de vos enfants tombe malade, vous faîtes comment pour payer les soins et la prothèse ?

Je me souviens d'Oumou, qui arrivait de Guinée Conacky. Elle avait un cancer de la hanche et besoin d'une prothèse pour pouvoir un jour remarcher. Pour financer sa prothèse, je suis allée rechercher des fonds de partout. J'ai fabriqué des sacs, des bijoux, des cartes de vœux. Je suis rentrée en France et j'ai organisé une expo-vente. Les ventes et les dons m'ont permis de dégager les fonds nécessaires pour qu'elle puisse de nouveau "être debout".

Je me souviens de Fallou qui était malade du cœur. Ses parents devaient verser 25.000 francs chaque semaine pour garantir sa survie, mais ils n'avaient pas cette somme. J'ai sollicité La chaine de l'espoir pour Fallou. J'ai même écrit à Mireille D'Arc. Nous avons fait les démarches administratives pour préparer son rapatriement sanitaire afin qu'il soit soigné en France et qu'il puisse subir une opération du cœur. Il a été accepté dans le programme médical et devait partir. Mais au dernier moment, le transfert n'a pas pu se faire. Lorsque je n'avais pas assez d'aide, c'est moi qui payais pour qu'il puisse continuer à suivre son traitement. Fallou était tout jeune mais il s'est battu pendant presque 3 ans comme le plus valeureux des guerriers contre cette maladie qui a fini par l'emporter.

Je me souviens de chacun, de chacune, ceux qui sont partis, et ceux qui ont été sauvés.

Je voudrai profiter de cet interview pour remercier Marie-Jeanne, Amal, Mehedia, Hélène et Mayra qui m'accompagnent et croient en cette aventure humaine, faite d'Amour.

 

Petit poème d'Astou Ba pour Charo

Charo Cardenas

"Je m'appelle Astou Ba

Je suis une petite fille

Aussi jolie qu'Emilie Jolie

La coquine de vie

M'a pris ma guibole

Mais grâce à vous

Aujourd'hui

Je marche Je danse

Et pour vous remercier

Je danse sur ma guibole

Merci !"

 

"Je vous remercie énormément Madame d'avoir envoyé tous ces cadeaux pour nous.

Je suis la première qui a eu un cadeau parce que je sors aujourd'hui, le 22 janvier 2015 de Cardiologie.

Merci pour votre bien fait."

Iné Ikében

Charo Cardenas

 

Même si c'est pour mourir, nous sommes tous en droit de mourir dans la dignité, et si possible, sur nos deux jambes

À travers toutes ces illustrations, on comprend à quel point votre présence est précieuse pour tous ces enfants. Vous n'êtes jamais fatiguée de vous battre contre la maladie et les aléas parfois violents de la vie ?

 

Vous savez, lorsqu'il s'agit des enfants, je me bats bec et ongles. Je pense qu'il est primordial de toujours, et en toutes circonstances, respecter la dignité de chacun.

Même si c'est pour mourir, nous sommes tous en droit de mourir dans la dignité, et si possible, sur nos deux jambes.

Je fais beaucoup de démarches et j'actionne de nombreuses choses mais tout ce que j'entreprends, j'essaye de le faire dans la joie et le respect d'autrui.

Vous savez, au final, ce sont les enfants qui m'apportent plus que je ne leur apporte.

Et quand on voit guérir un enfant, c'est juste extraordinaire ! (me confit-elle avec un sourire resplendissant)  C'est l'un des plus beaux cadeaux que la vie peut nous offrir.

 

Charo Cardenas

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