Pendant longtemps, la culture du verre après le travail (fredagsbar) ou des sorties du week-end à Copenhague semblait indissociable de la bière ou des cocktails alcoolisés. Mais la capitale danoise est en train d'opérer un virage majeur : le « sober curious » et le « mindful drinking » (consommer de manière plus consciente) s'imposent désormais comme une tendance, portée par des créateurs locaux et adoptée par les plus grandes tables de la ville.


Le phénomène du sans alcool n'est pas apparu du jour au lendemain mais provient d'une convergence de facteurs culturels, sociologiques et gastronomiques.
Le changement générationnel et le mouvement « sober curious » tirent leurs origines du monde anglo-saxon avec la publication en 2018 du livre Sober Curious de la journaliste Ruby Warrington, qui invitait à remettre en question sa relation à l'alcool sans forcément prôner l'abstinence totale. Les jeunes générations (Gen Z et Milléniaux) boivent statistiquement beaucoup moins d'alcool que leurs aînés.

Ce choix est notamment motivé par un souci de santé mentale et physique (meilleur sommeil, limitation de l'anxiété), le refus de la pression sociale et de la culture de la « gueule de bois », et la maîtrise de son image sur les réseaux sociaux.
Avant cela, le Dry January (mois sans alcool), lancé en 2013 par l'association britannique Alcohol Change UK, s'était internationalisé à une vitesse fulgurante. En devenant une expérience collective et tendance (largement relayée sur les réseaux sociaux), il a désamorcé la stigmatisation : ne pas boire durant un événement social devenait soudainement un choix valorisé et partagé.
Pendant des décennies, le sans alcool s'est résumé à des bières fades ou des sodas trop sucrés. La bascule s'est produite avec l'arrivée de nouvelles technologies d'extraction et de fermentation :
- les méthodes de désalcoolisation douce (comme la distillation sous vide à basse température) permettent de retirer l'éthanol d'un vin ou d'une bière tout en préservant la majorité des arômes originels.
- les assemblages botaniques et la fermentation qui permettent de créer de la complexité gustative, de l'amertume et de la longueur en bouche à partir de plantes, de thé ou d'épices, sans jamais passer par la case alcool.
Le sans alcool, une révolution portée par la gastronomie danoise
Si le mouvement est mondial, son adoption éclair à Copenhague s'explique par le terrain très favorable de la capitale danoise. L'esprit d'innovation culinaire (nouvelle cuisine nordique) qui consiste à retravailler les produits locaux par la fermentation et l'expérimentation (notamment sous l'impulsion de Noma), a éveillé la curiosité des chefs et mixologues danois qui ont tout de suite vu le sans alcool comme un formidable terrain de jeu gastronomique plutôt que comme une contrainte.
À cela s’ajoute le culte du bien-être et de la vie saine. Le mode de vie scandinave (sport, sorties en plein air, équilibre vie pro/vie perso) s'accorde naturellement avec la recherche d'une consommation plus modérée et consciente.
À Copenhague, l'offre sans alcool ne se résume plus à un soda ou à un simple jus d'orange. La scène culinaire locale applique les principes de la gastronomie nordique (fermentation, botaniques locales, produits de saison) pour concevoir des alternatives un peu plus raffinées.
La « gastronomie liquide » de MURI
Fondée à Copenhague par Murray Paterson (ancien collaborateur de la célèbre entreprise de fermentation de Noma, Empirical Spirits), la maison MURI est devenue une référence mondiale. En utilisant des techniques de fermentation de thés, d'herbes et de fruits, MURI élabore des assemblages non alcoolisés conçus spécifiquement pour accompagner les repas.
Le pionnier ISH Spirits
Créée en 2018 à Copenhague par Morten Sørensen, la marque ISH s'est imposée sur le marché international des spiritueux et vins sans alcool. Elle propose des alternatives au gin, au rhum ou au spritz qui reproduisent la sensation en bouche des alcools traditionnels sans en contenir.
Le tournant stratégique des brasseries (Mikkeller et Carlsberg)
Les géants comme les brasseries artisanales ont bien compris que le sans alcool n'était plus une simple niche, mais une mutation profonde des modes de consommation. Si le pionnier de la craft beer Mikkeller a investi ce créneau très tôt avec des références devenues cultes dans les bars copenhaguois comme la Drink’in The Sun (0,3 %), le géant Carlsberg a lui aussi emboîté le pas de manière spectaculaire. En lançant des déclinaisons comme sa Carlsberg Nordic (0,0 %) ou sa fameuse pilser zéro alcool, le poids lourd danois a définitivement ancré la bière alkoholfri au cœur du quotidien et des comptoirs de la capitale.

Où tester l'expérience 0,0 % à Copenhague ?
Pour les résidents comme pour les visiteurs francophones, plusieurs lieux emblématiques permettent de découvrir cette culture du verre alternatif.
Alkoholfributik
Une boutique entièrement dédiée aux boissons sans alcool au cœur du centre-ville, qui organise régulièrement des « fredagsbars sans alcool » gratuites pour faire déguster ses références.
Les bars à cocktails spécialisés (par exemple Curfew)
Les mixologues de la capitale intègrent désormais à leur carte de savoureux cocktails sans alcool élaborées avec autant de soin que leurs cocktails classiques.
Les marchés locaux
Les stands de Torvehallerne proposent aujourd'hui des rayons entiers de bières artisanales et de pétillants sans alcool conçus au Danemark.
De manière générale, des bières sans alcool vous seront proposées comme alternative dans les différents bars de la capitale danoise.
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