Le 27 mars prochain, nous prendrons tous de la hauteur en écoutant le nouvel album de Magali Michaut ! Cette sortie imminente est l’occasion pour nous de retrouver Magali, qui se livre en toute sincérité sur sa musique et ce besoin de ralentir et de questionner notre société.


Lepetitjournal Copenhague : Nous nous étions rencontrées il y a presque un an à l’occasion de la sortie de ton EP « La bulle » - que l’on retrouve sur ce nouvel album - comment ça va depuis l’année dernière et comment s’organise ta vie entre la France et le Danemark ?
MAGALI MICHAUT : Pas mal de changement puisque j’habite maintenant à Paris, tout en continuant de travailler pour l’Université de Copenhague - à distance donc, mais aussi en personne tous les 2 mois en gros. C’est nouveau pour moi d’être parisienne (j’ai grandi à Cergy) et je dois dire que j’adore ça, même si Copenhague me manque pas mal. Mais je reviens régulièrement. D’ailleurs, comme je squatte chez les copains et les copines quand je reviens, je crois que je vais lancer un nouveau concept : un concert chez l’habitant contre une semaine de logement. Contactez-moi !
Un moment poétique dans « la bulle » de Magali Michaut
Lepetitjournal Copenhague : Le titre de ton nouvel album Prendre de la hauteur évoque un changement de perspective. Est-ce un besoin personnel qui a dicté l’écriture de ces chansons ou un constat sur notre époque ?
MAGALI MICHAUT : A vrai dire je crois que c’est un peu les 2. L’écriture de la chanson “Prendre de la hauteur” est venue dans un moment de calme et de déconnexion forcée (en avion) où je me suis vraiment sentie prendre de la hauteur et de la distance au sens propre. J’avais l’impression de regarder mon quotidien là-bas au sol et de pouvoir souffler et réfléchir. J’ai tellement de choses en tête (à la fois personnelles et en lien avec la société actuelle) que dès fois ça fait du bien de mettre sur pause d’une certaine manière. Et puis, je me suis rendue compte en créant l’album que cette thématique revenait souvent dans mes chansons. Le besoin de réfléchir, de ralentir, de se poser des questions, d’interroger la société et les interactions entre les gens. Donc ça m’a paru cohérent de choisir cette chanson en titre. Et j’espère que cet album pourra aussi apporter un moment de calme, de douceur et de répit à ses auditrices et auditeurs.
Lepetitjournal Copenhague : Dans tes titres, il y a un clin d'œil récurrent pour les sciences, et c’est même clairement affiché dans certaines chansons (Ndlr : « Référentiel Newtonien » « Où va-t-on » « Dans le lavabo » « Ainsi font les idées »). Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu expliquer comment la musique et la science sont intimement liées dans ta vie ?
MAGALI MICHAUT : J’ai toujours adoré les sciences. J’ai suivi une formation scientifique (école d’ingénieure puis thèse) et commencé à travailler dans la recherche académique au sein de différentes universités et instituts dans plusieurs pays. Même si certaines chansons abordent plutôt la physique, l’infiniment grand et l’infiniment petit, mon domaine de recherche c’est la bioinformatique. En particulier, je travaille dans ce qu’on appelle la génomique : l’étude du fonctionnement des gènes et des protéines dans le vivant à l’échelle du génome. Ma formation a en partie défini ma manière de regarder le monde et donc ça se ressent dans mes chansons. La science fait partie de mon vocabulaire, de mon imaginaire. Et je l’utilise de manière humoristique, de manière poétique ou parfois bien malgré moi !
Lepetitjournal Copenhague : Par rapport à ton précédent opus Impressionniste - enregistré à Copenhague - qu’est-ce qui a changé dans ton processus de création pour ce nouvel album ? De qui t’es-tu entourée ?
MAGALI MICHAUT : Si l’enregistrement d’Impressionniste c’était fait en 2 jours en studio avec tous les musiciens sur place dans les conditions du live, pour ce nouvel album j’avais envie de travailler les arrangements des chansons sur un temps plus long et avec l’aide d’un co-réalisateur artistique, à savoir Kilian Arzel. On est partis des versions guitare-voix de mes chansons et ensuite on a exploré comment les habiller.

Lepetitjournal Copenhague : Revenons sur un autre titre : « L’ultracrépidarianisme » - très bon exercice de diction - qui est une tendance à donner des avis assurés sur des sujets que l'on ne maîtrise pas. Ce qui a toujours existé et se trouve peut-être exacerbé dans ce monde où chacun peut largement diffuser son avis (via les réseaux sociaux par exemple). Tu peux nous parler un peu de ce titre et de son message ?
MAGALI MICHAUT : En effet, dans tous les domaines, plus on apprend, plus on devient expert, et plus on est conscient de ce qu’on ne sait pas dans ce domaine. L’inverse étant vrai, on peut avoir tendance à parler d’un sujet avec d’autant plus de confiance qu’on s’y connaît très peu. Alors oui, ça a tendance à me mettre en colère d’entendre des gens proférer des énormités sur des sujets dont ils ne connaissent rien ou pas grand chose.
Au-delà des réseaux sociaux, c’est un biais qui est favorisé par les médias. Quand on demande sur un plateau télévisé un avis à une personnalité sur tel ou tel sujet sur lequel ladite personne ne connaît pas grand-chose, il serait bien plus raisonnable de répondre “je ne sais pas”, mais ça n’est pas très porteur. Alors l’invité donne son opinion. Ce n’est pas un problème en soi. Chacun peut donner son opinion. Le problème c’est quand une opinion personnelle (même peu documentée) est mise sur le même pied d’égalité qu’une opinion professionnelle voire des connaissances scientifiques.
J’avais entendu Etienne Klein, physicien et philosophe des sciences, parler de ce phénomène et replacer les choses dans leur contexte, notamment lors de la crise sanitaire. Alors quand j’ai écrit cette chanson, “Ultracrépidarianisme”, j’ai tout de suite pensé à inviter Etienne Klein, ce qui a donné l’interlude parlé qui la précède.
Lepetitjournal Copenhague : Le titre Prendre de la hauteur est un peu différent de ce que tu fais habituellement. Avec une voix quasi cristalline qui s’élève et nous invite justement à prendre de la hauteur et des moments de slam, un peu plus terre-à-terre. Tu peux nous parler de cette chanson ?
MAGALI MICHAUT : Au départ cette chanson était entièrement chantée. Mais ça cachait un peu le texte. Et du coup, j’ai épuré en parlant les couplets et en gardant la mélodie qui s’échappe sur les refrains pour garder la hauteur et parce que j’aimais bien cette mélodie. Je pense que le texte est plus percutant comme ça et aussi plus serein.
Lepetitjournal Copenhague : Quelle est ta chanson préférée sur ce nouvel album et pourquoi ?
MAGALI MICHAUT : Ouuhhhh ça c’est dur ! C’est comme demander lequel de ses enfants on préfère !! Ah Ah !! J’ai envie de répondre Cergy car c’est une chanson (déjà sortie en single) qui a trouvé un bon public et c’est très satisfaisant de voir les gens s’approprier une chanson.
Lepetitjournal Copenhague : Quand pourrons-nous prochainement venir t’écouter sur scène ?
MAGALI MICHAUT : Je vous attends le vendredi 17 avril à 17h à l’Ambassade de France au Danemark. Enfin le mieux c’est de venir pour 16h45 histoire de profiter de cette belle place de Kongens Nytorv, de passer la sécurité sans encombre (s’inscrire bien à l’avance et ne pas venir avec un gros sac) et de flâner un peu dans ce magnifique Palais Thott ! La billetterie est ici et le nombre de places est limité.
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Merci à Magali pour cet échange et félicitations pour ce nouvel album !
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