

"La vérité sur les convictions religieuses des Marocains", voilà comment est présenté le dossier de sept pages de l'hebdomadaire TelQuel de cette semaine. Ce magazine ne passe pas une semaine sans faire sa Une sur des sujets de société, qu'ils soient sur le sexe, la corruption, les années de plomb... Cette fois, c'est le musulman marocain qui est convié à se regarder dans le miroir.
Telquel commente les "meilleurs passages"d'un ouvrage, "L'Islam au quotidien" (Editions Prologues), réalisé par trois universitaires spécialisés en sciences sociales : Mohammed El Ayadi, Hassan Rachik et Mohammed Tozy, en collaboration avec une vingtaine de chercheurs.
Le tabou du jeûne
Au total, "1.156 Marocaines et Marocains représentatifs de la population"ont été interrogés sur la pratique de leur religion, "avec doigté" souligne Telquel. Car au Maroc, il y a des questions tabou, comme celle du jeûne du ramadan. Qui oserait dire dans un sondage, qu'il ne respecte par l'un des cinq piliers de l'Islam ? Pire, qui oserait répondre qu'il ne croit pas en Dieu ? Ces questions ont été volontairement occultées. Car "elles demeurent insondables, parce que criminalisées par la loi ou, simplement prisonnière du tabou mental et culturel"écrit TelQuel.
60% des sondés affirment que ceux qui ne font pas le ramadan ne sont pas considérés comme des musulmans, 28% pensent le contraire. 44% des sondés estiment qu'il faut punir la personne qui ne respecte pas le jeûne, 41%pensent qu'il s'agit d'une question privée, du libre-choix. Et 14,2% jeûnent par conformisme.
83% approuvent le port du voile
"L'Islam au quotidien" donnent de précieuses tendances sur la pratique religieuse au Maroc. On y découvre par exemple que 83,2% des sondés approuvent le port du voile (hidjab) sur la tête, dont 64,9% pour des raisons religieuses, 17,2% par pudeur ou respect. Et 75% affirment qu'une femme peut être considérée comme musulmane sans porter le hidjab. S'agissant de la polygamie, 44% des sondés y sont favorables, 60% chez les plus de 60 ans. Plus le sondé est âgé, plus il est favorable à la polygamie.
47,6% sont contre des partis politiques religieux
Pour 26,3% des personnes interrogées, la religion doit guider la vie personnelle, pour 28,9% la vie politique. Mais 44,8% n'ont pas de réponse à cette question. 41,5% pensent que les hommes politiques ne doivent pas se mêler de religion. Et 47,6% sont contre des partis politiques qui se présentent comme religieux. 21,8% des jeunes (18-24 ans) approuvent les mouvements dihadistes (intégristes), contre 9,7% chez les 60 ans et plus.
39% acceptent la cohabitation entre croyants et non-croyants
87% des sondés possèdent le Coran chez eux, selon TelQuel, 5,6% le lisent tous les jours, et 58,9% répondent ne l'avoir jamais fait... 40% des sondés refusent toute interaction entre juifs marocains et musulmans marocains. Chacun doit donc pratiquer séparément sa religion et ses coutumes. 41% des répondants approuvent l'idée d'une nation marocaine composée de musulmans, de juifs, de chrétiens. Et 39% acceptent la cohabitation entre croyants et non-croyants.
Mixité sur les plages : 57,4% disent non
Autres indications, la mixité homme-femmes sur les plages est désapprouvée par 57,4% des sondés, mais approuvée à l'école pour 77,2% des personnes interrogées. 87% des femmes refusent l'avortement par conviction religieuse. Elles sont 89% a être favorables à la contraception, 79% chez les hommes. Les femmes sont à 84,5% contre la présence d'imams femmes dans les mosquées pour la guidance de la prière, "presque autant que les hommes !"commente TelQuel.
Les femmes moins tolérantes
Les femmes figurent comme les moins tolérantes, selon le sondage. Elles sont 75,5% à ne pas concevoir un mariage entre musulman et israélite, contre 67,5% chez les hommes. Accepter l'idée qu'un musulman change de religion est refusé pour 77,5% des femmes et 72,9% des hommes.
Musulman avant d'être Marocain et Arabe
"La majorité des Marocains considère la religion musulmane comme une religion supérieure"souligne TelQuel. "L'identité musulmane est l'identité dominante de notre population". Les Marocains se définissent d'abord comme musulmans, puis Marocains. Les identités arabe, berbère et africaine viennent ensuite.
D.B. (www.lepetitjournal.com - Casablanca) mercredi 12 décembre 2007







