

Vous aimez vos photographies des portes de Marrakech ou des tanneries de Fès. Les fameuses médinas marocaines sont de splendides escales, où il est certes fort agréable de se perdre tant l'esthétisme typique parvient à vous faire omettre ce pour quoi vous étiez venus. Mais aujourd'hui, Lepetitjournal.com vous propose un autre regard sur la secrète splendeur du Maroc et a rencontré pour vous, Saïd Oulkadi, guide officiel de haute montagne.
(à gauche: Haut Atlas central - Crédit Photo: Saïd Oulkadi)
Lepetitjournal.com: Ce n'est pas un métier ordinaire ! Vous êtes guide depuis combien de temps ?
Saïd Oulkadi : Depuis un peu plus de 10 ans maintenant ! J'ai toujours voulu faire guide de montagne : Trois de mes oncles faisaient ce métier, et je les ai accompagnés dans l'Atlas dès tout petit. J'ai fait mon premier trek vers mes 12 ans ! Pendant les vacances scolaires, je les ai suivi de différentes manières, en tant que muletier ou cuisinier. Après mon baccalauréat, j'ai passé le concours pour rentrer à l'école des guides. L'école des guides à été créée en 1985 pour contrer le fort exode rural : Cela a permis à beaucoup de jeunes d'exercer un métier proche de chez eux, pour pouvoir rester près de leur famille et développer leur propre région par le biais du tourisme. L'écologie et la responsabilité sont des valeurs fortes dans ce métier : Nous sommes proches de la nature, des humains et des animaux. Nous sommes plein de respect et d'amour pour nos régions, qu'on aime voir évoluer mais rester belles, et un peu sauvages. (ci-dessous: Vallée Heureuse - Crédit photo: Saïd Oulkadi)

Que faut-il pour devenir guide ?
Il faut avoir le baccalauréat, et de bonnes compétences physiques : il y a un marathon de 36 kilomètres avec des tests de capacités sportives sur des terrains variés. Par exemple, il faut savoir faire de l'escalade, mais aussi marcher dans des chemins de montagnes assez dangereux car très escarpés. C'est un peu difficile, il faut bien se préparer et se connaître. Il faut aussi avoir une bonne connaissance théorique du terrain car il y a des épreuves écrites et orales. Une fois qu'on obtient le concours, on entre dans un centre pour une formation de 9 mois : 4 mois de cours théoriques dans des classes, c'est très scolaire ; et 5 mois de pratique sur le terrain. Un mémoire est demandé : j'ai réalisé le mien sur les Impacts Economiques et Sociaux du Tourisme sur la Vie dans les Montagnes et le Développement des Vallées. A la suite de cette formation, on obtient un diplôme d'état qui nous permet d'exercer en tant que guide pendant 2 ans. Ensuite seulement, on passe un dernier examen afin d'obtenir la carte officielle de guide. J'en suis très fier !
En quelle langue exercez-vous ?
Je suis berbère, alors je peux faire des excursions en plusieurs langues ! (Rires). Je parle français, anglais et allemand pour mon métier. Je pourrais faire guide en arabe, en darija ou en tamazight, mais ce qui est dommage, c'est qu'il y a très peu de Marocains qui participent à ce genre d'excursion. Ils ne connaissent pas leur pays, ils préfèrent les grandes villes et l'Europe aux montagnes de chez eux. On propose de parcourir le Haut Atlas de trois manières différentes par exemple : l'occidental, avec Jebel Toubkal ; le Central, avec la Vallées des Roses et le mont M'Goun ; et enfin l'oriental et Jebel Ayachi. Ce n'est pas très loin de Marrakech, à environ 2h30 de route, mais ce sont majoritairement des étrangers et surtout des français qui viennent admirer le Maroc, pas les marocains.
Vous avez une agence à votre compte, Tamsilttour. Quel est votre circuit préféré ?

Nous faisons des excursions et des randonnées sur mesure un peu partout au Maroc, mais pas nécessairement dans les montagnes. Nous proposons de parcourir le désert, en dessous de M'Hamid, dans l'Erg Chigaga, ou bien l'Erg Chebbi, vers Merzouga. Mon circuit préféré est celui qui borde ma région natale : la Vallées des Roses et M'Goun. Mais j'aime beaucoup faire visiter d'autres endroits, comme l'Anti-Atlas : c'est très aride, mais il y a beaucoup d'oasis, c'est un paysage très varié et absolument magnifique. On pourra ainsi voir Jebel Sahro ou Jebel Lekst. Il y a également une randonnée splendide qui longe la côte Atlantique, au départ d'Essaouira jusqu'à Agadir, puis en descendant encore en direction de Mirleft. Ici, ce sont de petites montagnes et d'immenses plages vides parsemées de villages de pêcheurs ; on peut y voir des dunes avancer dans la mer. La confrontation entre le désert et l'océan Atlantique est un vrai spectacle.
(ci-contre: Côté Atlantique - Crédit photo: Saïd Oulkadi)
Vous n'avez pas parlé de la chaîne du Rif ; pourquoi ?
Malheureusement, nous ne proposons pas encore de circuits dans le Rif, car la culture du haschich est encore présente et rend certains endroits un peu dangereux, surtout pour des touristes. Le gouvernement marocain fait beaucoup d'efforts pour enrayer ces cultures, notamment en proposant de meilleurs métiers aux gens ; c'est un beau projet. Le versant oriental du Maroc est encore à développer également : la région qui englobe les villes d'Erfoud et Missour jusqu'à Oujda est constituée de steppes et d'ergs à perte de vue. Bouarfa est une belle oasis dans ce désert, et la proximité avec la frontière algérienne en fait une des régions les plus surveillées du Maroc ! C'est assez sécurisant ! Aussi, nous aimerions développer des randonnées dans les environs de Tan-Tan jusqu'à Dakhla. Pour l'instant, ce ne sont que des excursions à la journée, mais ces infinies plages blanches perlées de roches bleues ont plus à offrir que de simples endroits où surfer. Je pense que le Maroc n'a pas fini de nous surprendre, et qu'il y a encore beaucoup à découvrir ici.
Manon Kole (http://www.lepetitjournal.com/casablanca) Vendredi 25 avril 2014







