Le gouvernement de Javier Milei souhaite poursuivre la simplification des règles qui régissent la viticulture. De nombreux acteurs du secteur s’inquiètent cependant des conséquences possibles sur la traçabilité, le conditionnement des origines ou encore l’identité des vins argentins.


Après les transports, les loyers ou encore certains marchés agricoles, la déréglementation voulue par le gouvernement de Javier Milei entend s’étendre également au vin.
Depuis plusieurs mois, l’exécutif argentin prépare une nouvelle série de réformes visant à alléger les contrôles pesant sur la filière vitivinicole. L’objectif est cohérent avec la politique économique générale du gouvernement : alléger les obligations administratives afin de laisser davantage de liberté aux producteurs et aux entreprises.
Néanmoins, dans les grandes régions viticoles du pays et notamment à Mendoza, cette évolution suscite de lourdes réserves.
Un Institut national du vin recentré sur le produit final
L’un des changements envisagés concerne directement le rôle de l’Instituto Nacional de Vitivinicultura (INV).
Selon le projet présenté par le gouvernement, l’organisme ne contrôlerait plus de la même manière les différentes étapes de la production du vin. Il concentrerait davantage son action sur le produit final, afin de vérifier qu’il soit bien authentique et apte à la consommation.
Cette orientation s’inscrit dans une réforme déjà engagée en juin 2026. À cette date, l’INV avait par exemple d’ores et déjà abrogé une réglementation antérieure dans le cadre d’un processus officiel de « simplification des procédures » et de suppression d’exigences jugées inutiles.
Pour le gouvernement, il s’agit donc de réduire les coûts et la bureaucratie sans toutefois renoncer aux contrôles essentiels de qualité.
Selon certains producteurs, surveiller principalement le produit fini ne garantit pas forcément à raconter l’histoire du vin qui se trouve dans une bouteille.
La traçabilité au cœur du débat
C’est ici que le conflit devient plus profond.
Parmi les modifications discutées figurent notamment des évolutions liées au fraccionamiento en origen, c’est-à-dire au conditionnement du vin dans sa région de production, ainsi qu’à la traçabilité géographique.

Ces mécanismes permettent notamment de rattacher plus directement un vin à son territoire de production et à une chaîne de transformation propre.
La législation actuelle argentine accorde d’ailleurs une place explicite à l’origine. La loi générale sur les vins prévoit, par exemple, que certaines catégories de « vin régional » doivent être élaborées à partir de raisins produits dans la province concernée et conditionnées en origine.
À Mendoza, de nombreux protagonistes du secteur craignent donc qu’une libéralisation trop poussée ne réduise cette capacité à garantir la provenance des vins et n’affaiblisse à terme certaines identités régionales.
Une question économique autant que culturelle
Le débat ne porte pas uniquement sur la qualité du vin.
Le conditionnement en origine représente aussi une activité économique locale : bouteilles, logistique, installations industrielles et emplois restent concentrés dans les provinces productrices.
Ses défenseurs considèrent donc qu’il permet de conserver une plus grande partie de la valeur ajoutée dans les territoires viticoles.
Ses détracteurs soulignent, contrairement aux précédents, que ces obligations peuvent limiter la liberté d’organisation des entreprises et accroître certains coûts logistiques.
Cette opposition résume assez bien le dilemme posé par la réforme : faut-il laisser chaque entreprise organiser librement sa production, ou certaines contraintes sont-elles nécessaires pour protéger une filière construite autour de territoires spécifiques ?
Le cas sensible de la Coviar
Autre point discuté : l’avenir de la Corporación Vitivinícola Argentina (Coviar).
Le gouvernement a déjà supprimé en mai les contributions obligatoires qui finançaient son Plan stratégique vitivinicole, dont il a ordonné la clôture.
Un projet gouvernemental présenté dans la foulée envisageait également de transférer certaines fonctions de la Coviar vers l’INV. La question divise : tous les producteurs ne défendent pas le fonctionnement actuel de l’organisation, même parmi ceux qui critiquent d’autres aspects de la déréglementation.
Jusqu’où peut-on déréglementer le vin ?
Le débat dépasse ainsi la simple opposition entre davantage ou moins de réglementation.
L’Argentine possède une industrie viticole profondément liée à ses territoires : Mendoza bien sûr, mais aussi San Juan, Salta, La Rioja, Neuquén ou encore la Patagonie.

Pour le gouvernement Milei, la compétitivité passe par moins de règles et par une intervention plus limitée de l’État dans les processus de production.
Pour les acteurs contestataires, une partie de ces normes participe au contraire à la construction de la confiance autour du vin argentin : origine, traçabilité et valeur ajoutée locale.
La débat qui s’ouvre dernièrement est donc autant économique que symbolique.
Car derrière les normes techniques se pose finalement une question plus large : qu’est-ce qui fait qu’un vin reste véritablement lié au territoire dont il revendique l’origine ?












