Tout savoir sur Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, en 5 questions premium

Par Damien Bouhours | Publié le 06/04/2022 à 17:35 | Mis à jour le 06/04/2022 à 16:48
viktor orban

Viktor Orbán se prépare à entamer un quatrième mandat à la tête de la Hongrie. Mais qui est vraiment le Premier ministre hongrois ? La réponse en 5 questions sur son engagement politique, la démocratie illibérale ou encore sa relation avec l’Union européenne.

 

C’était le scrutin le plus difficile de sa carrière et c’est pourtant son plus grand succès. le Fidesz de Viktor Orbán a dominé les dernières législatives en les remportant avec 53,3% des voix. Europhobe, radical voire « dictateur », beaucoup de mots sont utilisés pour qualifier le Premier ministre hongrois. Nous répondons à cinq questions pour en savoir davantage sur ce dirigeant qui dérange l’UE.

 

 

Comment Viktor Orbán est arrivé à la tête de la Hongrie ?

Viktor Orbán, originaire de Székesfehérvár, d’un milieu rural, s’est lancé en politique à 24 ans. Il vient alors de finir ses études de sciences politiques à Oxford, grâce à une bourse de la fondation George Soros, son ennemi aujourd’hui. Viktor Orbán est l’un des fondateurs, en 1988, du Fidesz-MPSZ. Il en prendra d’ailleurs la tête en 1993. Fondé au départ comme un mouvement de jeunesse de centre-gauche et surtout contre les communistes alors au pouvoir, le parti devient conservateur et populiste.

 

Viktor Orbán devient Premier ministre, pour la première fois en 1998, à l’âge de 35 ans. Après cette période au pouvoir qui durera jusqu’en 2002, il vit un passage à vide au sein de l’opposition. De retour aux manettes en 2010, il fera tout pour verrouiller sa position et son discours se durcit.

 

Quelles sont les mesures phares de Viktor Orbán ?

Dès son deuxième mandat, le Premier ministre de la Hongrie n’a pas tardé pour faire des vagues en promulguant une loi de contrôle des médias dès le 21 décembre 2010. Un conseil des médias est créé pour garantir leur objectivité et surtout museler les voix dissonantes. La Hongrie apparait aujourd’hui à la 92e place du classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse.

 

En 2013, une réforme constitutionnelle réduit le rôle de la Cour constitutionnelle et change la procédure de nomination des juges.

 

Souhaitant protéger l’identité hongroise, et défendant une « Europe chrétienne », Viktor Orbán a également mis en place deux mesures qui ont choqué l’opinion publique. La construction d’un mur à la frontière avec la Serbie est lancée dès 2015 pour limiter l’immigration venue notamment de Syrie ou d’autres pays du Moyen-Orient. Une série de lois anti-LGBT sont également promulguées dont une interdisant la représentation de l’homosexualité et de la transidentité dans l’espace public, adoptée l’été dernier.

 

La crise sanitaire a également donné des ailes à Viktor Orbán, qui en a profité pour s’accorder un pouvoir quasi hégémonique. La législation anti-coronavirus de la Hongrie permet un contrôle total de la gestion de la crise mais aussi des sanctions pour les médias qui participeraient au « blocage des efforts anti-pandémie du gouvernement » ou à la « diffusion de fausses nouvelles ». Impossible donc de critiquer le gouvernement sur son action.

 

Qu’est-ce que la démocratie illibérale ?

Attaques à la démocratie ? Non, pour Viktor Orbán, les dernières réformes liberticides censurant la presse, verrouillant la constitution ou menottant la justice, représentent une nouvelle forme de démocratie qu’il qualifie d’« illibérale ». Dans un discours en 2014, le Premier ministre le précise : « un État illibéral est un État non libéral. Il ne nie pas les valeurs fondamentales du libéralisme comme la liberté, etc. Mais il ne fait pas de cette idéologie un élément central de l’organisation de l’Etat. Il applique une approche spécifique et nationale ». Pour le journaliste Fareed Zakaria, qui a fait connaitre ce concept en 1997, la démocratie illibérale est « une démocratie sans libéralisme constitutionnel qui produit des régimes centralisés, l’érosion de la liberté, des compétitions ethniques, des conflits et la guerre ». 

 

Le libéralisme politique est donc complètement exclu d’une démocratie qui se rapproche davantage d’une dictature électorale. On se rappelle ainsi de cette scène en 2015 où le président de la commission européenne d’alors, Jean-Claude Juncker, glissait un brin moqueur devant la presse et une Première ministre lettone gênée : « bonjour dictateur ».

 

 

Le Fidesz fait-il encore parti du PPE au Parlement européen ?

Le Premier ministre hongrois est un europhobe convaincu. Sur la scène européenne, Viktor Orbán et le Fidesz font au départ partie du Parti populaire européen (PPE). Helmut Kohl devient même le mentor du populiste hongrois sur la scène européenne. Les deux hommes partagent des valeurs chrétiennes et une aversion à l’ouverture des frontières aux réfugiés. Bien que puissant, le Fidesz et ses positions radicales gênent le PPE. Le Fidesz lance même des campagnes anti-Bruxelles, mettant en cause George Soros, et Jean-Claude Juncker.

 

Après de nombreuses tensions, le Fidesz quitte le PPE en 2021, évitant ainsi d’en être exclu, le groupe parlementaire européen souhaitait suspendre les élus qui ne respectaient pas ses valeurs de démocratie et d’Etat de droit. Le Fidesz, aujourd’hui sans groupe, s’est rapproché des partis d’extrême-droite en Europe, comme le Rassemblement national français, le PiS polonais ou le Fratelli d’Italia.

 

Quelle est la position de Viktor Orbán sur la guerre en Ukraine ?

La position hongroise quant à la guerre en Ukraine est très ambivalente. Viktor Orbán ne cache pas son amitié avec Vladimir Poutine et pourtant la Hongrie ne s’est pas positionnée comme pro-russe dans ce conflit. Le gouvernement hongrois a condamné l’invasion de l’Ukraine et accueille des réfugiés ukrainiens. Contrairement à d’autres pays de l’UE, il a cependant refusé d’envoyer de l’aide militaire et a interdit le transfert d’armes létales par son territoire.

Damien Bouhours

Damien Bouhours

Diplômé de sociologie à l'Université de Nantes et Tromsø (Norvège), il a vécu plus d'une décennie en Asie du Sud-Est (Laos et Thaïlande). Il a rejoint lepetitjournal.com en 2008 dont il est directeur éditorial et partenariats.
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