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Le Pashmina, une matière luxueuse tissée par les artisans cachemiri

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 17/12/2020 à 01:01 | Mis à jour le 17/12/2020 à 01:01
pashmina cachemire ladakh etole

A l’approche des fêtes de Noël, la rédaction vous propose de découvrir le Pashmina, cette matière belle et luxueuse, mais dont l’appellation a été largement vulgarisée et dont on a oublié l’origine. D'où vient le Pashmina, comment est-il produit, comment en estimer la qualité ? Sarah Ansari, passionnée par cette matière, vous explique pourquoi le Pashmina est un produit de luxe.

 

Sarah Ansari, Italo-anglaise mariée à un ingénieur textile indien originaire  de New Delhi s’est établie à Lyon avec sa famille. Passionnée par les belles matières, elle a ouvert une boutique dans le centre de la ville spécialisée dans le Pashmina et les tricots en laine cachemire en provenance du Népal : Ansari-Cachemire.

 

Le Pashm, la fibre à l'origine du Pashmina

La fibre de Pashmina trouve ses origines dans la région du Changhtang, dans la partie méridionale du Ladakh, au sud-est de la capitale Leh. C’est l'extension occidentale du plateau tibétain du même nom.

 

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Le Ladakh - @sushmita balasubramani

 

Deux groupes de Tibétains ont élu domicile au Ladakh, les Tibétains sédentaires, installés dans des villages le long des cours d'eau et les bergers nomades Changpa arrivés au VIIIe siècle après J.C. et dont on voit les tentes, installées au milieu de grandes étendues arides, à des dizaines de kilomètres du premier village. Ce sont ces derniers qui élèvent les chèvres Changthangi, aussi connues sous les noms de chèvre "Tibétaine" ou chèvre "Pashmina". Les bergers considèrent leurs chèvres comme un don des dieux et ont préservé jusqu'à nos jours la pureté de la race.

Ces chèvres vivent entre 4 500 et 5 000 mètres d’altitude et sont les seules capables de survivre à des températures allant jusqu'à moins 50 degrés Celsius grace à leur duvet dune extrême finesse mais aussi très compact. C’est ce duvet que les bergers nomades Changpa appellent le Pashm.

 

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Une chèvre Changthangi - @Indusgf

 

Après l’hiver, les chèvres se débarrassent naturellement de ce duvet en se frottant contre les rochers. Les bergers les peignent alors afin de récolter le duvet mais le font progressivement pour éviter que l’animal subisse un choc thermique. La fibre est ensuite vendue aux artisans de Srinagar dans le Cachemire qui la travaillent pour produire les fameuses étoles que l’on appelle Pashmina.

La fibre de Pashmina est splendide et le prix élevé du produit fini s’explique par la rareté de celle-ci.

 

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La fibre de Pashm brute et nettoyée - @Aaditya Kitroo

 

Le processus de fabrication d’un Pashmina

Un Pashmina est entièrement produit manuellement selon un processus précis et long et une répartition des tâches entre les femmes et les hommes de Srinagar, dans le Cachemire qui détiennent un savoir-faire ancestral.

 

1. Transformation de la fibre en fil par les femmes

La fibre de Pashm est d’abord nettoyée à la main par les femmes cachemiri. C’est un travail long et minutieux, il faut environ 8 heures pour nettoyer 50 grammes de fibres et il ne reste que 35 % de la matière initiale après cette opération. 

La qualité de la fibre est déterminée par sa finesse, sa longueur et sa couleur. Les deux premières caractéristiques ont un impact direct sur la sensation au toucher du produit fini.

Le fil est ensuite préparé par les femmes sur des rouets traditionnels et teint par les hommes avant tissage. Cela permet le maintien des couleurs lors de l’exposition au soleil. Un Pashmina ou un cachemire teint après tissage ou tricotage décolorera plus rapidement. 

 

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2. Tissage et broderie par les hommes

Deux à trois jours sont nécessaires pour la préparation des métiers à tisser en bois par des spécialistes. Les hommes tissent ensuite la fibre à la main. La confection d’une étole peut prendre de plusieurs jours à plusieurs mois en fonction du type de tissage et de la complexité des motifs. 

4 à 5 jours sont nécessaires pour tisser un Pashmina simple sans broderie.

Le produit fini est ensuite brodé à la main toujours par les hommes.

Plusieurs variété de motifs sont couramment réalisés par les artisans brodeur généralement avec la technique “Sozani” qui confère une réversibilité quasi-parfaite à l’étole ou châle, parmi lesquels : 

  • Hashidar : broderie uniquement sur la contour du Pashmina
  • Palledar: large broderie aux deux extrémités de la pièce
  • Jali: la broderie est constitué majoritairement d’arabesques, petites fleurs et bourgeons, le motif est aérien et évoluent gracieusement sur l’ensemble de la pièce
  • Jamawar: la broderie est dense et compacte et recouvre l’intégralité de la pièce (plusieurs mois, voir années sont nécessaires à la confection)
  • Kalamkari : le châle ou l’étole sont tissés, puis le motif est imprimé selon la technique de block print (impression avec des tampons de bois), et peint au stylet (le kalam), enfin il est brodé au point chainette. Une seule pièce nécessite plusieurs mois de travail.

Parfois, la broderie est réalisée avec du fil de soie pour un produit encore plus luxueux

Les châles Dorukha Kani ne sont pas brodés, les motifs sont tissés sur le métier et le produit fini est réversible, c’est la finition la plus luxueuse. Il faut plusieurs mois, voire années, pour confectionner une telle pièce.

 

Srinagar est la capitale du Pashmina et les artisans locaux possèdent un savoir-faire inégalé dans le tissage et la broderie de cette matière. C’est un patrimoine qu’il faut faire connaître.

 

Mais, le tissage du Pashmina est un travail long et ingrat et les jeunes cachemiri ont aujourd'hui tendance à quitter la vallée du Cachemire pour aller chercher du travail ailleurs. Ce sont alors les femmes qui prennent le relais pour la confection des châles, mais leur travail est moins valorisé que celui des hommes pour une qualité égale.

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@Meutia Chaerani / Indradi Soemardjan

 

Les motifs d’un Pashmina

Les motifs brodés ou tissés varient suivant les artisans et le marché auquel ils sont destinés.

La palmette (boteh)

Elle a été introduite au Cachemire par les Perses. C'était à l’origine un bouquet de fleurs peu gracieux qui a ensuite été retravaillé sous l’influence des Perses et des Français. Elle est aujourd’hui l’identification du travail cachemiri et c’est ce qu’on appelle le motif cachemire en France.

 

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Une palmette

La feuille de Chinar

Le Chinar ou platane d’Orient est l’arbre emblématique du Cachemire, mais ce motif est peu connu à l'extérieur de la région.

Le Jali

C’est un motif gracieux de fleurs qui montent tout le long de la pièce. Il est généralement très fin et délicat et recherché par les Français.

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Motif Jali envers et endroit

 

Le Pashmina au cours de l’histoire

Le Pashmina a été de tous temps prisé par les élites du sous-continent indien mais aussi en Europe. Les Moghols, les Afghans, les Sikhs et les Dogras qui ont régné sur le Cachemire ont tous apprécié et fait évoluer l’artisanat local. Introduit en France par Napoléon, le motif emblématique de la palmette est devenu à la mode en Europe.

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Une femme de Bombay avec un châle Pashmina

 

En Europe, le premier châle de type cachemire a été offert à Joséphine de Beauharnais par Napoléon au retour de sa campagne d’Egypte. La rumeur de l'époque disait qu’elle n’en aimait pas le travail.

 

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Joséphine de Beauharnais avec un pashmina

 

Mais, au cours du XXe siècle, l’arrivée massive de faux pashminas sur les marchés mondiaux, et en particulier dans les souks du Maroc et dans le grand bazar d’Istanbul ont porté atteinte au patrimoine textile de la Vallée du Cachemire. 

Fabriqués en Chine et proposés à des prix dérisoires, ces produits, souvent de mauvaise qualité, ne sont pas des Pashminas authentiques car ils ne contiennent pas de fibre de Pashm.

 

Comment reconnaître un Pashmina authentique ?

Sarah Ansari nous a confié les astuces pour déterminer si la pièce proposée comme un Pashmina est authentique :

  • Un Pashmina est tissé et brodé à la main, il n’est donc jamais parfait et contient toujours des zones plus denses et des fils plus grossiers que d’autres. Chaque pièce est unique.
  • La délicatesse et la finesse du travail se voient généralement à l'œil nu et le toucher se situe entre celui de velours et celui de la soie. Cependant, les pièces les plus travaillées peuvent perdre de leur finesse car l’armure doit être tissée de manière plus compacte afin de supporter le poids de la broderie.

 

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  • Si on retourne un châle brodé, on ne doit pas apercevoir de nœuds sur l’envers et les points doivent être très petits. Les brodeurs respectent la fibre lors de leur travail de broderie. Le motif brodé sera ainsi quasi-parfaitement réversible. 
  • Les châles ont rarement des franges, les bords étant généralement de coupe nette. Si les bords d’un Pashmina sont frangés, elles sont roulées à la main et sont donc de tailles différentes et imparfaites.

 

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  • Certains brodeurs signent leurs pièces avec leurs initiales et parfois même avec le numéro de pièce.

 

La fibre de Pashm est trop fine pour être tissée mécaniquement sauf si elle est associée à d’autres fibres comme le cachemire ou la soie qui sont plus résistantes.

 

Enfin, le dernier indicateur est, évidemment, le prix. En Inde aussi, le Pashmina est un produit de luxe, son prix sera à la hauteur de sa rareté.

 

Le travail de la fibre de Pashm des artisans cachemiri est remarquable et il est indispensable de le préserver.

 

 


Si vous habitez sur Lyon, n'hésitez pas à vous rendre dans la boutique de Sarah Ansari en centre ville : Ansari-Cachemire, 5, rue du Plat, 69002 Lyon.

Sinon, vous pouvez consulter le site : ansari pashmina et le compte Instagram.



 

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