Mohanjeet, la créatrice indienne qui a influencé la mode parisienne

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 27/01/2022 à 19:38 | Mis à jour le 28/01/2022 à 01:12
Mohanjeet une creatrice indienne à paris

Fin septembre 2021, Mohanjeet Grewal a fêté les 50 ans de sa boutique éponyme “Mohanjeet”, 21 rue St Sulpice dans le VIème arrondissement de Paris, ainsi que ses 91 ans. Cet événement a été célébré lors d'une soirée le 3 décembre 2021, à la résidence de l’Ambassadeur de l’Inde à Paris. Véronique Polès, amie de longue date de Mohanjeet, vous fait découvrir le parcours de cette Indienne qui a a su faire connaître en France et apprécié les matériaux et le savoir-faire des artisans indiens.

 

Mohanjeet, du Pendjab à Paris en passant par les Etats-Unis

Mohanjeet Grewal est née à Lahore aujourd'hui au Pakistan dans une grande famille Sikh, qui a fui en Inde lors de la partition en 1947. 

D’une nature très indépendante, elle étudie passionnément et passe son bac à 13 ans. Elle obtient un premier diplôme universitaire en philosophie et sa thèse porte sur un sujet d’une portée insoupçonnée à l’époque, La philosophie moderne à la suite de Descartes. Elle dévore Jean-Jacques Rousseau et Joseph Prudhomme sous la direction d’un maître brahmine érudit.

Mohanjeet est aussi très sportive et remporte plusieurs tournois de tennis.

Son père, directeur de l’éducation de la Principauté de Patiala dans le Pendjab, qu’elle qualifie de “premier féministe du monde”, envoie sa mère et ses sœurs à l’école et à l’université contre l’avis général perdant ainsi le soutien de sa famille.

Avec l’approbation de son père, Mohanjeet quitte l’Inde au début des années 50 pour aller étudier les sciences politiques à UCLA, en Californie. Elle y découvre les reportages sur le terrain lors de sa présidence du bureau des élèves et se lance dans une carrière de journaliste politique, tout d’abord au New York Herald Tribune puis au New York Times de 1956 à 1959. Puis, elle entre au service communication de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique basée à Vienne et ensuite à l’UNESCO à Paris pendant un an, tout en continuant à collaborer avec la presse écrite.

 

mohanjeet grewal à new york
Mohanjeet à New York


En 1962, dix ans après son départ de l’Inde, Mohanjeet y retourne pour accompagner Jackie Kennedy et redécouvre son pays. Mais le mode de vie excessivement codifié ne convient pas à sa nature indépendante. 

Ne trouvant pas sa place dans son pays, Mohanjeet quitte de nouveau l'Inde et décide de s'installer à Paris. Elle y poursuit ses activités de journaliste interviewant à plusieurs reprises Nehru, Indira Gandhi puis son fils, Rajiv Gandhi.

Ses affinités l’amènent à se lier d’amitié avec les acteurs de la vie intellectuelle parisienne. Ainsi, elle se rapproche de Jean Clémentin et Claude Angeli, cofondateurs du Canard Enchaîné, Claude Bourdet, cofondateur du Nouvel Observateur, Albert Paul-Lentin, grand reporter à Libération et cofondateur de Politique Hebdo, de Françoise Verny et bien d’autres.


 

Mohanjeet à Paris, le succès des tissus indiens alliés à des créations contemporaines

Mais, dès son installation à Paris, Mohanjeet se lance aussi dans la création de vêtements, bijoux et accessoires en utilisant les matériaux et le savoir-faire des artisans indiens. Elle ouvre une première boutique, La malle de l’Inde, rue du Bac en 1964, puis celle portant son prénom, Mohanjeet, rue St Germain des Prés en 1968 et enfin la boutique de la rue St Sulpice en 1971.  

Il ne lui a pas fallu longtemps pour devenir l'une des créatrices les plus recherchées de Paris. La presse célèbre immédiatement le talent de cette pionnière, ambassadrice de la mode indienne, et le succès est au rendez-vous.

Ses premiers clients et amis sont Romain Gary, Jean Seberg, Catherine Deneuve, Yves Saint Laurent, Jane Fonda…

 

couverture de ELLE avec une création Mohanjeet

 

1969 et 1970 sont les années où l'engouement pour les tissus et les modes indiens atteint son nadir, et Mohanjeet, situé dans la Mecque du monde de la mode, en tire le meilleur parti.

 

J'ai été la première à introduire le khadi et les imprimés vifs et contrastés du Rajasthan en Europe.

 

La créatrice a élargi l'idée de la mode à de nouveaux horizons culturels. Loin de tout exotisme bon marché, ils ont mis à l'honneur un savoir-faire culturel et un art de s'habiller.

 

Mohanjeet ne s'arrête pas aux matières et à la mode et ouvre une galerie d'art en 1993, Grewal Mohanjeet, dans laquelle elle expose de nombreux artistes indiens dont S.H. Raza et Satyajit Ray. La musique tient aussi une place essentielle dans l'univers de Mohanjeet et elle a souvent organisé des soirées-concert chez elle qui réunissaient les grands maîtres dont Ravi Shankar, Alla Rakha et Ustad Amjad Ali Khan.

 

Vêtements créés par Mohanjeet



Toute sa vie, Mohanjeet a souhaité montrer que le "Made in India" existait sous la forme la plus soignée possible, du filé, du tissé, du tressé, du brodé main, de la plus haute facture… et qu'il pouvait se porter n’importe où, n’importe quand, sur des jeans, sous des chapeaux feutrés, avec des talons aiguilles ou pieds nus.

 

Collection Mohanjeet

 

Pour Mohanjeet, ses pièces uniques et indémodables doivent remplir un rôle essentiel, celui d'habiller, la deuxième nécessité pour l'être humain après celle de nourrir : "Roti - Kapada - Makaan" dit-on en Inde (littéralement : le pain, l'habit et le toit). 

 

collection mohanjeet

 

 

Et pour découvrir tout l'univers de Mohanjeet, nous partageons avec vous un diaporama de photos, mis au point par Julien Nénault et par Mohanjeet elle-même, retraçant les moments clés de son parcours, diaporama qui a été projeté durant la soirée de célébration. Certaines de ces photos, notamment celles de célébrités, sont signées par les grands noms de la photographie de mode : Carine Roitfeld, Helmut Newton, Mary Russell, Kitty Russell, pour n’en citer que quelques uns, et ont été publiées par les grands magazines de mode : Vogue, Madame Figaro, Elle et bien d’autres.

 

Charlotte Gainsbourg par Carine Roitfeld
Charlotte Gainsbourg en Mohanjeet par Carine Roitfeld

 

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