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SERGIO CORONADO - Son opinion sur les élections colombiennes

Par Nicolas BAGGIONI | Publié le 14/06/2018 à 15:51 | Mis à jour le 15/06/2018 à 10:04
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Ancien député E.E.L.V. de la circonscription Amérique latine & Caraïbes, et bénéficiaire d’une bourse de recherche en sciences politiques à l'Université Externado à Bogota, Sergio Coronado est un observateur assidu de la vie politique du pays. Né au Chili, il voit dans les dernières élections à la fois une avancée démocratique et un risque pour la paix.

 

lepetitjournal.com : En quoi cette élection présidentielle est-elle inédite par rapport aux précédentes?

Sergio Coronado : Elle l’est à plusieurs titres. D’une part car c’est une élection après les accords de paix, et en temps de “paix”, même si nous savons que les violences n’ont pas disparu. Une Colombie sans le conflit c’est aussi une nouveauté, d’autant que l’ELN a aussi décidé unilatéralement un cessez-le-feu [pour les élections]. Les électeurs ont pu partout se rendre aux urnes. C’est une nouveauté que d’avoir l’ensemble du spectre politique représenté, avec les ex-Farc, reconvertis en parti politique qui ont tenté d’avoir un candidat avant de renoncer. C’est aussi une élection inédite car pour la première fois, un candidat avec un agenda réellement progressiste se retrouve au second tour. 

 

Pourquoi selon vous, le taux de participation est cette année plus élevé que lors des élections précédentes ?

Je pense que c’est principalement dû à la campagne de Gustavo Petro. Sa campagne s’est concentré sur les plus démunis, et sur les populations périphériques. Il s’adresse aux citoyens délaissés. Ceux qui ont toujours cru que voter était inutile, à cause des fraudes ou de la corruption. 

 

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Sergio Coronado a été député de la circonscription Amérique latine & Caraïbes et chercheur à l'Université Externado à Bogota 

 

Quel est le point fort d'Iván Duque ? Quel est celui de Gustavo Petro ?

Duque bénéficie d’un vote conservateur bien ancré en Colombie. Il a le soutien d’Alvaro Uribe [ancien président, 2002-2010], de l’oligarchie et des nouvelles élites régionales, souvent liées au paramilitarisme, de la classe politique traditionnelle, libéraux et conservateurs. Du coup, il bénéficie de ce que l’on appelle une “maquinaria” : un réseau d’élus et de notables qui maillent le pays et qui transforment le vote en opération clientéliste. Le soutien d’Uribe l’abîme, car on dit qu’il en est le pantin, mais cela le sert aussi : l’ex-président est encore très populaire dans le pays.  

Gustavo Petro, lui, se démarque en incarnant le changement. Il rompt avec le clientélisme traditionnel. Il est soutenu par un  mouvement populaire, et propose un programme basé sur le social. Il bénéficie aujourd’hui du soutien des forces sociales et politiques qui ont soif de changement. 

 

La gauche a réalisé un score historique au premier tour  [25.08%], y a-t-il un ras le bol de la droite en Colombie ?

Aujourd’hui, Gustavo Petro incarne l’espoir et la transparence, il soutient le processus de paix, son agenda parle de justice sociale et d’écologie. Il a mené campagne contre la corruption, jusqu’au coeur de l’appareil d’état. Rappelons qu’il est est le premier sénateur à dénoncer le scandale de la parapolitique dans les années 2000 [plusieurs personnalités politiques, proches de l'ex-président Alvaro Uribe Velez ont reçu de l’argent de groupes paramilitaires]. Ce n’est pas forcément que les citoyens en ont marre de la droite, mais dans un pays où les inégalités sont très importantes, les électeurs veulent une meilleure répartition des richesses. Il y a aussi la jeunesse colombienne qui elle, s’est davantage tournée vers Petro et Fajardo. Il existe aussi un ras le bol contre cette classe politique traditionnelle qui se succède au pouvoir depuis toujours

 

Pensez vous que le résultat du scrutin peut bouleverser les accords de paix signés en 2016 avec les Farc ? Iván Duque veut le réformer, est-ce qu'un retour à la violence est possible si une telle décision est prise ? 

Oui, clairement. En règle générale, l’Etat colombien a du mal à tenir parole. Il peine à assurer la protection des signataires des accords, et le soutien au processus de réintégration à la vie civile des ex-farcs. Les accords sont d’une grande fragilité alors que la Colombie a beaucoup à gagner avec des accords respectés : la “paix”  amène des investisseurs étrangers, et relance le tourisme. Même si la violence n’a jamais vraiment disparu et existe toujours dans les zones frontalières du pays. Nous savons que ce qui soude les “uribistes” c’est le refus de la paix.

 

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Crédits Damien Fellous / MIRA-V

 

Les inégalités sociales et territoriales sont très importantes en Colombie - quelles sont les propositions des candidats dans ce sens ?

Disons qu’Iván Duque souhaite d’abord créer de la richesse, en libérant les forces productives et le “ruissellement” fera le reste.

Gustavo Petro lui, veut s’attaquer en priorité aux problèmes sociaux, en améliorant les services publics. Par exemple, il dit pouvoir garantir une éducation gratuite pour tous,  et un meilleur accès aux soins médicaux. 

 

La Colombie est souvent citée comme le pays ayant une des plus importantes biodiversité au monde. L'environnement est-il un thème important de cette campagne électorale ?

En soit... non. L’environnement n’a pas été au coeur du débat présidentiel. Les programmes des deux candidats sont sur ce point très contrastés. Gustavo Petro est beaucoup plus engagé sur ce thème. Il souhaite par exemple interdire le fracking en Colombie, qui on le sait est une méthode d’extraction de gaz et de pétrole dévastatrice d’un point de vue écologique. D’ailleurs, de nombreuses associations de défense de l’environnement le soutiennent. 

 

Quel scénario imaginez-vous avec la victoire de Gustavo Petro ou d’Iván Duque ?

Si Iván Duque est élu, on risque de voir l’état de droit subir des attaques en règle, avec par exemple la suppression des Hautes Cours. Les minorités verront également leurs droits contestés, il y a en effet dans la camp d’Iván Duque un regroupement de forces réactionnaires et homophobes comme jamais réunies. Il devrait aussi “modifier structurellement” l’accord de paix, sans que personne ne sache réellement ce que cela signifie.

Ce qui est sûr avec Gustavo Petro, c’est qu’en tant que Président, le dialogue et la discussion seront de mise avec un congrès dans lequel il n’a la majorité. Et s’il veut mener à bien sa politique, la mobilisation de la société lui sera nécessaire.

Nicolas Baggioni

Nicolas BAGGIONI

Reporter & community manager pour Lepetitjournal.com - Journaliste multisupports, il maîtrise l'écriture, le son et l'image. Passionné de géopolitique et d'actualité internationale, il parcourt le monde à la recherche de nouvelles histoires.
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