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THIERRY MARIANI – "Du point de vue économique, il faut changer l’image de la Birmanie en France"

Par Lepetitjournal Birmanie | Publié le 29/10/2015 à 23:00 | Mis à jour le 22/10/2018 à 18:43
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Thierry Mariani, député élu de la 11e circonscription Asie-Océanie, était en visite en Birmanie la semaine dernière, sa première visite depuis son élection en 2012. Il fait le point avec nous sur la situation des Français de l'étranger là-bas

Que retenez-vous de votre visite à Rangoun les 21 et 22 octobre derniers?

C'était la première fois que j'allais en Birmanie. J'y suis allé avec nos deux Conseiller consulaires des Républicains, Marie-Laure Peytel et Michel Calvet. Eux y étaient déjà allés pour la campagne électorale des Conseillers consulaires.

Pour ma part, je n'y étais pas encore allé, mea culpa, ma zone est immense. Et puis quand j'ai été élu, il y avait moins de 300 français (250 en 2012), maintenant ils sont près de 800 [771 inscrits, ndlr]. C'est-à-dire que cette communauté a triplé en trois ans, il s'agit de la plus forte croissance d'expatriés de Français dans le monde.

A l'occasion de cette visite en Birmanie, nous avons pu rencontrer le nouvel ambassadeur, M. Richard qui vient juste de prendre ses fonctions. Nous avons fait le tour des différentes présences françaises dans le pays, service diplomatique et consulaire, notre présence économique, nous nous sommes rendus à la Chambre de commerce, nous avons vu les locaux de Business France, nous avons eu une longue discussion avec le conseiller économique.

Je ne vous cache pas que cette présence française est en train d'exploser : en un chiffre, nous vendons à peu près pour 100 millions d'euros de marchandises à la Birmanie, c'est sûr que c'est très peu par rapport à un pays comme la Thailande, mais c'est tout de même énorme. La Birmanie est un des pays au monde à la plus forte croissance, près de 8% sur les trois dernières années.

Nous avons rencontré l'ensemble des acteurs économiques, mais aussi les acteurs culturels, comme les responsables de l'Institut français et de l'école Joseph Kessel, l'école de la communauté française.

Que pouvez-vous nous dire sur l'école Joseph Kessel?

A l'origine, c'est une école d'entreprise qui est en train de se transformer en école de parents. L'école a été créée en 1995 et aujourd'hui il y a 65 élèves. Le projet de l'école est double : passer en filière bilingue (francais/anglais) et augmenter le nombre d'élèves pour atteindre un seuil de rentabilité satisfaisant.

Aujourd'hui l'école tient grâce à Total. Je crois qu'il faut tirer un coup de chapeau à cette grande entreprise française car le patron de Total signe pour l'école 400.000 d'euros d'efforts par an ? on critique souvent les grandes entreprises mais on oublie les bons côtés par moment, donc merci à Total.

Mais Total dit qu'il ne peut pas s'en occuper éternellement, d'autant que le nombre de ses expatriés diminue, et qu'à terme l'entreprise souhaite passer la main.

C'est donc certainement le plus gros défi pour la communauté française. Défi car, s'ils réussissent, cela signifie qu'il y a aura une scolarité possible pour les enfants expatriés. Du coup il pourra y avoir davantage de Français expatriés, et ainsi se dessine un cercle vertueux pour développer une présence française dans un pays.

Le nombre d'élèves stagne depuis trois ans. 2012-2013 il y avait 25 élèves. 2013-2014 ils étaient 61, en 2014-2015 ils étaient 58, 2015-2016 ils sont 65.

Un mot sur les acteurs français sur place ?

Leur message est d'abord qu'il faut changer l'image de la Birmanie en France. Les élections auront lieu le 8 novembre, si elles se passent correctement, elles pourraient contribuer à dédiaboliser le pays, à montrer qu'il y a des changements positifs.

L'opérateur historique, Total, est le premier opérateur dans le domaine pétrole et gaz du pays. Total a une vraie cote en Birmanie car ils ont su se maintenir là quand c'était difficile ? ce que nous n'avons pas réussi en Iran par exemple. Je pense que les autorités sont reconnaissantes à Total d'avoir toujours été présent et de ne pas s'être laissé influencer par les pressions américaines et autres.

Nous avons visité le chantier de Star City, projet Bouygues, avec 1.500 employés, un projet gigantesque d'ouverture de plusieurs milliers de logements réalisé avec un investisseur privé. Le plus grand projet en BTP, signé en avril 2013, de 90 millions d'euros. Un gros projet pour Bouygues. Il se passe bien et l'entreprise peut légitimement espérer s'en servir comme étendard pour décrocher d'autres projets.
Nous avons aussi visité les locaux de Lafarge. On voit bien que les choses frémissent.

Le message du point de vue économique, c'est qu'il faut dédiaboliser le pays et faire en sorte que les banques françaises soient moins frileuses car, comme très souvent dans notre pays, on ouvre le parapluie. Plusieurs entreprises françaises nous ont dit que très souvent elles ne pouvaient pas passer par les banques françaises. Car dès que l'on dit Birmanie, on leur dit d'aller voir ailleurs. Et donc le paradoxe. Comme elles nous ont expliqué, c'est qu'elles font des montages -tout à fait légaux- leur permettant de passer par des banques singapouriennes notamment qui n'ont aucun problème. La France s'auto-prive d'activité, c'est dommage.

La chambre de commerce franco-birmane est la première chambre de commerce en Birmanie. Et comme c'est la première, ils ont décroché l'appel d'offre européen pour la constitution de l'Eurocham [chambre de commerce européenne, ndlr], ce qui est positif car ? même si je suis personnellement réservé sur ce genre de structure ? il vaut mieux en être à l'origine ou en tout cas être bien présent lorsque cela se créé, cela permet d'en fixer les règles et les limites. Ils ont remporté l'appel d'offre, un bel appel d'offre puisqu'il s'agit d'un budget de 2,7 millions d'euros sur 5 ans.

Quelles sont les principales opportunités d'investissement ?

Les secteurs qui ont été signalés sont surtout l'agro-alimentaire, nous avons d'ailleurs vu un jeune ex-VIE qui vient d'être embauché par Limagrain.

Il y a des opportunités aussi dans l'éducation. Suite aux révolutions étudiantes, etc., l'enseignement a été sacrifié pour une génération et il y a un gros problème de formation professionnelle dans tous les domaines.

Dernier point, on nous a fait remarquer que la Birmanie avait les salaires les plus bas de la région, même plus bas qu'au Bangladesh, ce qui entraine un redéploiement dans le textile. Les entreprises commencent à se déplacer car la main d'?uvre est moins chère là-bas.

Quelles sont les difficultés particulières pour les expatriés en Birmanie ?

Pas de vrai problème, les gens sont plutôt heureux, l'activité économique est là. Le seul problème est la chèreté de la vie, beaucoup plus chère qu'en Thaïlande. J'ai été très surpris. Les prix que l'on nous a cités sont exorbitants, le prix des appartements notamment.

La préoccupation qui vient après est l'école, et sur ce point les choses progressent, d'autant que l'Ambassade s'en occupe avec le soutien des entreprises.

Un mot à ajouter ?

Je tiens à insister sur l'assiduité des deux conseillers consulaires qui m'ont accompagné. Je ne sais pas ce que font les deux autres [conseillers], mais Marie-Laure Peytel et Michel Calvet font honneur à leur engagement, puisqu'ils se déplacent sur les deux pays ? ce voyage leur a coûté trois mois d'indemnité.


Propos recueillis par Pierre QUEFFELEC (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) vendredi 30 octobre 2015
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