Pour la première fois, l’électricité est la priorité du budget birman

Par Lucya Pham | Publié le 24/11/2019 à 19:29 | Mis à jour le 24/11/2019 à 19:47
Photo : Branchement electrique dans l'entree d'un immeuble de Yangon
Branchement électrique dans l'entrée d'un immeuble de Yangon en Birmanie

Pour la première fois, l’électricité sera la priorité budgétaire du gouvernement fédéral. Le parlement a en effet approuvé des dépenses de plus de 4,7 milliards d’euros pour le ministère de l’Electricité et de l’Energie, à effectuer entre le 1er octobre 2019 et le 30 septembre 2020, soit l’année fiscale 2019-2020. C’est une augmentation de presque 28% par rapport à l’année précédente et ses 3,7 milliards de dépenses programmées.

La plus grande partie de cet argent servira au plan d’urgence à court terme prévu pour 2020. Le gouvernement souhaite générer 1,040 mégawatts d’électricité supplémentaire dès l’année prochaine afin d’essayer de faire face aux pénuries actuelles qui se traduisent par des coupures de courants quotidiennes dans certains quartiers de Yangon et de manière générale un approvisionnement erratique dans tout le pays, un problème économique et politique majeur.

Economique car sans électricité aujourd’hui, pas de chaîne du froid, pas d’industrie, pas d’investissements… et le manque total de fiabilité de l’approvisionnement en électricité en Birmanie est régulièrement cité par tous les analystes économiques comme une limite majeure au développement du pays.

Politique car le prix de l’électricité a subi une hausse violente en juillet 2019 créant une colère profonde des populations, qui s’est exprimée à l’époque à travers les réseaux sociaux. Si de fait l’électricité était alors facturée à un prix intenable tant il était bas au regard des coûts réels – même avec l’importante augmentation, elle est toujours subventionnée et vendue en deçà de son prix de production et d’acheminement – le fait que la hausse s’est faite brusquement, sans campagne d’explication, sans réelle communication a constitué un acte d’arrogance et une erreur de communication grave que le gouvernement pourrait payer au prix fort dans les urnes en novembre prochain lors des élections générales à venir. Surtout si la hausse des prix s’accompagne d’une hausse du nombre de coupures comme c’est le cas actuellement ! Parfaitement conscient de cet enjeu, le gouvernement a déjà lancé les appels d’offre pour que ces 1,040 mégawatts soient produits au plus tôt.

Mais les fonds ne sont pas destinés uniquement à des projets d’urgences. Tant les revenus supérieurs obtenus avec la hausse du prix de l’électricité que l’accroissement des dépenses autorisées dans le budget vont servir à investir dans des projets à long terme comme la construction de barrages hydro-électriques, le renforcement du réseau électrique et la connexion de nouvelles zones à la grille de distribution nationale.

Il est vrai que le gouvernement actuel doit faire face aux conséquences d’un sous-investissement de plusieurs années dans le secteur de l’électricité et que les besoins sont tels que des années et des années d’efforts vont être nécessaires, dans un pays dont l’état est encore trop faible pour collecter suffisamment d’argent afin de faire face à toutes les dépenses nécessaires et attendues de la population. Cela se sent d’ailleurs dans ce budget 2019-2020 où pour la première fois les besoins et les demandes des citoyens semblent passer avant les intérêts privés de quelques-uns.

C’est ainsi qu’outre le ministère de l’Energie et de l’Electricité, le ministère de la Planification et des Finance recevra la deuxième dotation budgétaire la plus élevée, avec 4,3 milliards d’euros. Autres gagnants de ce budget 2019-2020, le ministère de l’Education, avec une hausse de 19% par rapport à l’année dernière, soit environ 1,6 milliard d’euros à dépenser, celui de la Santé et des Sports, dont l’allocation augmente de 9% pour dépasser 700 millions d’euros, et celui des Transports et de la communication, qui bénéficie de 25% de fonds en plus, à plus d’un milliard d’euros. Seul ministère qui demeure en haut de l’affiche des dépenses sans être directement lié aux besoins des citoyens, celui de la Défense, en 3ème position, avec environ 2 milliards d’euros, soit à peine moins de 10% du budget annuel du pays, qui atteint 21 milliards d’euros pour 2019-2020.

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