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Naypyidaw: là où la jungle s’est transformée en capitale

Par Marie-Sophie Villin | Publié le 11/11/2018 à 15:00 | Mis à jour le 13/11/2018 à 09:54
Naypyidaw la capitale fantome de la Birmanie

Canberra, Astana, Brasilia… ou Naypyidaw. Dans certains pays, la capitale n’est pas la ville la plus connue. Ce n’est pas non plus la plus peuplée ou le centre économique du pays. C’est parfois une ville construite ex nihilo dans un espace nouveau, sécurisé, éloigné. En Birmanie, c’est l’histoire de Naypyidaw.

Elle est parfois appelée la ville fantôme. Ses larges autoroutes sont quasiment inempruntées. Des vaches et des buffles s’y promènent même paisiblement. Ses hôtels de luxe, immenses, sont généralement vides. Les rares clients : quelques hommes d’affaire, un ou deux touristes… 7 054 km² pour (officiellement) un million d’habitants, ces chiffres paraissent à première vue incompatibles. A Naypyidaw pourtant, ils deviennent réalité. Les rares voitures avalent les kilomètres, traversant la ville sans s’arrêter, à l’opposé du trafic automobile incessant de Yangon. Car non, la capitale de la Birmanie n’est pas Yangon. Economiquement Yangon est le centre du pays. Mais politiquement, c’est Naypyidaw qu’il faut regarder. 

De nombreux royaumes se sont formés au fil des siècles sur le territoire que couvre aujourd’hui la Birmanie : Bagan, Sagaing, Ava, Bago, Mrauk-U, Taungoo, Amarapura, Mandalay, Mawlamyine ou encore Yangon ont toutes été un jour ou l’autre la capitale d’un de ces royaumes. Depuis son indépendance, sa capitale a toutefois été Yangon. Du moins jusqu’en 2005. Le 7 novembre 2005, sans donner d’explications, le gouvernement délocalise en effet la capitale. Entre 2002 et 2012, une ville a été construite dans une zone auparavant occupée par le village de Pyinmana – nom donné à la nouvelle capitale au début – et par une dense jungle, pour un coût estimé à quatre milliards de dollars américains. Des villages entiers ont été effacés et leurs habitants relocalisés. Il paraît toutefois difficile d’imaginer que toute la conception et la construction de la ville ne se sont faites qu’en une décennie. Tout a été secret et il est donc impossible de savoir quand le projet a débuté. Le 27 mars 2006, à l’occasion du Jour des Forces Armées, une parade militaire de 12 000 personnes défile dans la nouvelle capitale. Son nom est dévoilé : Naypyidaw, soit “capitale royale” ou “siège du roi” en birman.

La raison de ce changement ? Elle est inconnue à ce jour. Pour certains, il s’agirait d’un caprice de celui qui dirigeait alors le pays, Than Shwe, sur les conseils de son astrologue. Pour d’autres, il s’agirait d’un choix stratégique, au vu des inconvénients que présente Yangon. Située sur la côte, elle est trop vulnérable aux possibles attaques militaires mais aussi, et c’est là la raison officielle, trop peuplée, trop congestionnée pour permettre l’expansion des bâtiments gouvernementaux. La localisation de Naypyidaw est en effet bien meilleure, entre Yangon et Mandalay et aux croisements des états de Shan, de Kayah et de Kayin et les divisions de Magwe, de Mandalay et de Bago. Tout a été fait pour essayer d’assurer la croissance économique de la ville et attirer les investisseurs. Jusqu’à récemment, toutes les chaînes d’hôtels désirant s’implanter en Birmanie devaient ouvrir leur premier complexe à Naypyidaw. Du jour au lendemain, tous les officiels du gouvernement ont dû déménager sous peine de suspension de salaire voire même de prison, selon des documents datant de 2006 et ayant été révélé par Wikileaks. Des départements comme l’autorité des Ports de Birmanie ont toutefois été relocalisés plus tard à Yangon, après qu’il fût estimé que leur bon fonctionnement ne pouvait être assuré depuis Naypyidaw. Aujourd’hui encore, de nombreux officiels et hommes d’affaires vivent à Yangon et font le trajet jusqu’à Naypyidaw plusieurs fois par semaine, en voiture ou en avion grâce à l’aéroport qui a ouvert en décembre 2011. La ville dévoilée en 2005 n’est guère accueillante. Elle manque en effet d’infrastructures de base comme des écoles ou des hôpitaux, n’offre pas assez de logements pour tous les fonctionnaires et souffre d’insalubrité, notamment avec le développement de cas de paludisme. Cela s’est aujourd’hui amélioré mais ce peu d’hospitalité détourne encore beaucoup de gens, locaux comme étrangers, de la capitale. Ainsi les ambassades se trouvent-elles à Yangon… malgré la demande d’Aung San Suu Kyi le 16 février 2018 de les déplacer à Naypyidaw.

Quel genre d’expérience offre la visite de Naypyidaw au simple touriste ? Mais pour commencer, y a-t-il seulement des touristes à Naypyidaw ? Les visiteurs occidentaux sont encore regardés avec beaucoup de curiosité où que ce soit dans la ville, même au marché Myoma, qui est sans nul doute l’endroit le plus animé de la ville. La capitale ne figure de plus que très rarement dans les récits de voyage en Birmanie et les tours opérateurs incitant leurs clients à la visiter ne sont pas légion. Pourtant, l’expérience en vaut la peine. Naypyidaw ne ressemble à aucun autre endroit en Birmanie. La ville est quasiment vide. Des immenses autoroutes, une comptant jusqu’à 20 voies – on dit qu’elle aurait été prévue ainsi pour permettre à un avion d’atterrir –, aux multitudes d’hôtels de luxe, impossible de ne pas se demander où sont les habitants. Les distances sont vertigineuses, il faut toujours au moins une demi-heure pour se rendre d’un point à l’autre. Rouler sur ces routes donne une impression étrange, presque hors du temps. La ville semble éteinte, comme abandonnée après avoir été longtemps occupée, alors que c’est tout le contraire : Naypyidaw peine à s’animer, ne tend qu’à attirer plus d’habitants et devenir enfin la capitale dynamique qu’ont imaginé ses créateurs.

Des attractions touristiques – certes peu nombreuses – existent pourtant. La pagode Uppatasanti est une réplique exacte (à quelques mètres près) de la pagode Shwedagon de Yangon. Sauf qu’elle a été construite en 2009 et ne possède donc pas l’histoire de son inspiratrice ou la dévotion qu’elle suscite. De vastes parcours de golf ont également été créés : ils sont quasiment inutilisés, c’est l’occasion de jouer dans des conditions exceptionnelles. Des musées comme celui des pierres précieuses ou celui des Services de la Défense offrent également une expérience inédite. L’accueil est chaleureux, la visite privée. Naypyidaw, ce sont aussi ces multitudes d’hôtels de luxe à prix bradés pour attirer les clients. La chambre au Hilton y coûte 90 dollars américains par nuit. Difficile de trouver un meilleur prix. A eux seuls, ces hôtels sont une attraction pour qui souhaite luxe, calme et volupté.

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