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Moi, Myat Marlar Oo alias Charlotte Mason

Par Julie Das | Publié le 18/02/2018 à 20:00 | Mis à jour le 20/02/2018 à 02:53
Moi, Myat Morlar OO alias Charlotte Mason de Birmanie

Elle est née avec un nom prédestiné qui symbolise parfaitement son caractère de battante altruiste: Myat Marlar Oo signifie "la fleur noble et pure qui sort intacte de la bataille". Myat Marlar Oo a en effet bataillé toute son enfance pour faire face au rejet de l’ensemble des membres de sa famille à l’exception de son oncle et de sa mère. Toute sa jeunesse, elle a enduré des critiques incessantes liées à l’implication politique de son père Moe Kyaw Thu, dans le mouvement "anti-labour" des travailleurs en grève contre le régime militaire en place. 

En 2007, alors quelle n’a que 12ans, son père sort enfin de prison mais il meurt peu de temps après à la suite de ses tortures. Pour Myat Marlar Oo, c’est le début d’une phase émotionnellement difficile durant laquelle elle se rapproche de sa mère, maitresse de profession, qui la nourrit d’amour, d’affection et de courage. Myat Marlar Oo n’a pas froid aux yeux et malgré l’isolement familial et social, elle démontre déjà très jeune des habilités de leader avec la création "d’unions d’étudiants", dédiés à l’enseignement de l’anglais pour les plus démunis. Elle mobilise les troupes naturellement et avec son propre argent de poche, elle achète des livres d’anglais et part dans les monastères pour faire du soutien scolaire. Rien ne l’arrête dans ses actions et son dévouement. 

A l’âge de 16 ans, elle se cherche et comme elle n’a pas encore de vision sur son avenir, elle décide de réaliser la dernière volonté de son père et de se lancer dans des études d’ingénieure pendant 2 ans. Très vite elle réalise que ce cursus ne lui correspond pas humainement et que ce dont elle rêve c’est  de comprendre davantage son pays, ses lois, son passé, son esprit guerrier et c’est donc tout naturellement qu’elle s’oriente vers un cursus en Histoire. Ces quatre années à la faculté sont déterminantes pour son développement intellectuel. Elle est assoiffée de connaissances et suit en parallèle une formation offerte par "l’Open Myanmar initiative" avec Mr Ko Ko Gyi son fondateur, sur les thèmes de la constitution, les élections, la politique étrangère, la situation socio économique et les relations internationales.  Elle a la chance d’ y faire une rencontre significative avec une bénévole tchèque qui lui enseigne l’anglais et lui ouvre de nouvelles perspectives sur l’enseignement. Sa mère l’encourage aussi de toutes ses forces à se lancer! Elle se met à dévorer des livres en anglais, à rechercher des méthodes d’enseignement simples et adaptées aux jeunes birmans et grâce à internet, aux tutoriaux et à sa volonté de travailleuse, elle progresse très vite et devient presque bilingue en un an. 

En 2015, elle rejoint "The serenity initiative", une association dont le but est la défense des droits de l’Homme et le droit à la liberté d’expression dans les campagnes. La région de Sagaing est dans la ligne de mire et notre guerrière est envoyée sur le terrain pour discuter avec les paysans et leur parler de leur droits de vote et surtout l’importance de voter: c’est un franc succès puisque cette région rassemblera le plus grand nombre d’agriculteurs votant. Déterminée, mûre pour son jeune âge et à l’écoute de chacun, elle conseille de façon pragmatique les étudiants en difficulté et devient officieusement la conseillère morale des étudiants, en plus de toutes ses activités annexes liées à l’enseignement et à sa propre formation. Son énergie est débordante et ses convictions de changer la face de la Birmanie sont si intenses, qu’elle se sent parfois comme dévorée par les esprits qui l’entourent et la jugent. Elle est différente en effet. Et en 2016, c’est le début d’une phase de remise en question sur son rôle dans la société, sa raison de vivre et le sens profond de son existence. Elle amorce une dépression et a des envies suicidaires mais grâce à l’attention de sa mère et l’appui de ses amis, elle s’en sort et devient encore plus forte et plus engagée qu’auparavant. Myat Marlar OO "meurt" alors et renaît sous le nom de Charlotte Mason un 2 juillet. Puis, par le biais de Thway Mitta, une fondation qui gère la collecte de sang à Lehdan, elle obtient la possibilité d’utiliser une salle de classe et se lance comme enseignante indépendante pour les 16-22 ans. Toujours avec son argent de poche, elle achète des livres, crée un réseau sur internet et recrute plus de 100 jeunes prêts à apprendre l’anglais gratuitement. Elle met sur pied un cursus de 3 mois, monte des groupes de niveaux et accueille des jeunes de catégories sociales confondues qui veulent tout simplement se donner les moyens de mieux réussir grâce à l’apprentissage de l’anglais. Par le biais de Facebook, elle arrive même à trouver quelques bénévoles étrangers pour animer certains cours. Parmi ses bons élèves, certains ont trouvé des postes dans des grandes entreprises internationales et ont eu un vrai élan dans leur vie professionnelle. A leurs tours, ils reversent une petite partie de leur salaire au projet de Charlotte. Mais cela ne suffit pas et pour assurer ses cours gratuits, elle donne des cours particuliers rémunérés et fait des traductions de l’anglais aux birmans. Charlotte est constamment en mode "épargne". Contrairement à ses amis, elle ne dépense jamais son argent dans ce qu'elle pense superflu.

Aujourd’hui Charlotte a 22 ans, un esprit de guerrière, opiniâtre mais aussi dédiée au bien-être d’autrui. Forte d’un passé de fille de révolutionnaire, elle s’est donnée pour mission d’enseigner l’anglais dans un esprit libre, de se battre contre les inégalités sociales et raciales et contre toutes discriminations. Elle met également toujours l’accent sur la défense des droits de l’Homme, elle encourage sans relâche les jeunes à parler librement et agit sans cesse pour créer une communauté axée sur les principes de paix et sur l’entraide et la bienveillance. Charlotte est une autodidacte assoiffée de savoir et elle suit, à l’heure actuelle, des cours sur la participation des femmes dans la politique de 1879 à 1982 dispensés par la femme politique Nyo Nyo Thin qui a reçu son doctorat en droit de l'Université nationale japonaise de Yokohama et a fait des études postdoctorales au "Peace and Governance Program" de l'Université des Nations Unies de Tokyo.

Ses cours sont dispensés à Insein les samedis de 13 à 15heures et à Lehdan de 17 à 19 heures. Le curriculum est axé sur l’anglais de tous les jours, l’anglais commercial, les droits de l’homme et par le biais de chants engagés, elle souhaite abattre les taboos sociaux et la discrimination raciale.

Comment l’aider?
Devenir bénévole pour enseigner l’anglais. Promouvoir le projet auprès des citoyens et des entreprises. Récolter des fonds pour acheter le nécessaire à créer une salle de cours (des tables et des chaises, des manuels scolaires, un projecteur, un ordinateur…). Monter un événement caritatif et reverser une partie des fonds récoltés à son projet. Promouvoir l’information auprès de la communauté expatriée par le biais des réseaux sociaux.

Son plus grand rêve?
Ouvrir un grand ‘espace jeunesse’ à Insein pour tous les jeunes birmans de tous les milieux sociaux, sans barrière politique ni religieuse. Entraide, collaboration, partenariat, respect et bienveillance. Un lieu pour eux, pour échanger, réfléchir, débattre, parler sans taboo, apprendre, créer par l’art et la musique, faire du sport et au-delà de tout, tisser un lien social et communautaire entres les jeunes et les enseignants. A terme, elle aimerait ouvrir ce concept à l’international et faciliter les échanges avec des jeunes du monde entier!

 

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