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La dangereuse course à la peau blanche en Birmanie

Par Marie-Sophie Villin | Publié le 05/09/2018 à 16:00 | Mis à jour le 05/09/2018 à 16:00
La dangereuse course à la peau blanche en Birmanie_1

C’est un signe de beauté, de richesse et d’élégance. Majoritairement des femmes, elles sont souvent très jeunes, parfois encore au lycée ; toutes ont en commun cet idéal de la peau blanche. Elles sont prêtes à tout pour cela, qu’importe le risque que cela peut représenter...

Elles sentent leur peau brûler, leur visage les démanger mais elles ne font rien. Elles font confiance aux indications du produit, qui disent qu’il faut le laisser reposer sur la peau un certain temps pour qu’il puisse faire effet. Puis après quelques applications elles remarquent des tâches plus sombres ou au contraire plus blanches. Ce n’est que là qu’elles s’inquiètent, arrêtent le traitement et courent chez le médecin. Ce scénario est classique, de nombreuses Birmanes sont passées par là et reconnaissent leur erreur.
L’erreur d’avoir voulu se blanchir la peau ? Non, plutôt celle de ne pas avoir pris soin de se renseigner suffisamment sur le produit qu’elles utilisent. Elles passent alors des produits birmans à des produits issu du marché noir venant de l’étranger, de Thaïlande ou de Corée du Sud, où le phénomène de blanchissement de la peau est également très répandu. Ces produits ne sont pas bien compliqués à trouver, il suffit de trouver une pharmacie tenue par un pharmacien peu scrupuleux. Elles consomment ces produits sans en parler autour d’elles : elles veulent que leur peau soit naturellement blanche et que leur proches l’imaginent comme telle. L’utilisation de produits de blanchissement  est souvent une honte, qu’elles préfèrent ne pas assumer. Le poids de la pression sociale les écrase. Elles veulent être blanches à tout prix : elles se sentent inférieures, moins pures, regardées de travers, blanchir leur peau leur semble être la seule solution pour y remédier. Ce qu’elles ignorent, c’est que les produits qu’elles utilisent ne sont pas approuvés. Pour tout produit commercialisé en Birmanie, il faut en effet un accord de l’Administration sur la Nourriture et les Médicaments (Food and Drug Administration, FDA), accord qui est en général délivré neuf mois après le début d’une procédure que nombreux jugent trop compliquée et préfèrent donc éviter. Même si cela signifie être dans l’illégalité et mettre en danger la santé de ses consommateurs.

Le mercure contenu dans la plupart de ces produits peut provoquer des éruptions cutanées, de la fatigue, des vertiges, une perte de poids et dans les pires cas occasionner des troubles du système nerveux, voire un cancer. L’alcool lui aussi contenu à fortes doses peut conduire à une déshydratation de la peau et ralentir le processus de renouvellement des cellules. Les stéroïdes ont pour conséquence une hypertension et la hausse du taux de sucre dans le sang. Une molécule que nombreuses s’injectent directement dans le sang est le glutathion. Il est à l’origine utilisé pour combattre de nombreux cancers car il accélère de nombreux processus corporels tels que la reconstruction de tissus. Il empêche aussi, par des effets secondaires, la production de mélanine qui noircit la peau. Et a donc des bienfaits de blanchiment. Mais utiliser une molécule seulement pour ses effets secondaires peut avoir de graves conséquences. Les réactions allergiques ou les overdoses de glutathion sont à craindre. La hausse soudaine de glutathion dans le corps peut en effet provoquer des effets tels que des maux d’estomac, de l’insuffisance rénale, un empoisonnement du sang ou encore une nécrolyse épidermique toxique dont les conséquences peuvent mettre la vie en danger.
La FDA n’a jamais accepté aucune technique de blanchiment de la peau passant par des injections : seuls des produits à prise orale ou à application cutanée ont été autorisés. Mais ce n’est pas suffisant pour calmer les ardeurs des plus tenaces. En outre, les produits n’étant disponibles que depuis quelques années, leurs effets sur le long terme ne sont pas encore connus. Ou plutôt chacun préfère les ignorer tant qu’il n’y a pas de certitudes.

Certaines préfèrent se tourner vers des centres spécialisés. Pour les docteurs en effet, si une personne désire réellement changer la couleur de sa peau, il lui faut un produit qui lui est personnellement adapté. Pour certains, les UV peuvent être préférables, pour d’autres une pilule. Rarement un produit à appliquer directement sur la peau. Les professionnels de la santé s’entendent de plus pour dire qu’il faudrait plus de prévention à ce sujet de la part du gouvernement, afin de faire prendre conscience à chacun qu’une peau foncée est aussi belle. Rien n’a encore été fait dans ce sens. Car pour le moment, même celles qui ont souffert des conséquences de leurs tentatives de blanchiment sont prêtes à recommencer, à essayer sans cesse de nouveaux produits pour trouver enfin celui qui leur donnera l’apparence qu’elles convoitent tant.

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